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  • : " On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 12:35

http://pmcdn.priceminister.com/photo/snowpiercer-le-transperceneige-veritable-affiche-de-cinema-pliee-format-120x160-cm-de-bong-joon-ho-avec-chris-evans-tilda-swinton-song-kang-ho-jamie-bell-john-hurt-ed-harris-2013-963034699_ML.jpg

 

 

Technique 

Esthétique ♦♦

Emotion 

Intellect  ♦♦ 

 

 

 

 

Il peut arriver, dans des dimensions parallèles, qu'un cinéaste sud-coréen assez réputé (il paraît que The Host c'est très bien), tombe un beau jour sur une BD de SF française publiée en 1984 (Lob & Rochette, Casterman) et se dise que, tiens il en ferait bien un film. Je n'ai pas lu la BD mais ça ne saurait tarder. Il faut dire que le film m'a plutôt pas mal donné envie. Pour résumer, voilà (enfin ?) un simple bon film de SF à voir au cinéma, correctement pensé et réalisé. Ce n'est ni une suite de, ni une franchise, ni un concept, juste une jolie science-fiction franche et honnête. Le bonheur, ça tient pas à grand chose, des fois, hein, messieurs les gens qui font des films.

 

Au début du film, un carton nous annonce qu'un gaz réfrigérant lâché dans l'atmosphère un peu partout dans le monde dans le but d'atténuer l'effet de serre a un peu trop bien marché : la planète entière entre dans une ère glaciaire aux conditions franchement pas viables pour l'homme, y compris les esquimaus. Et là, ça me pose d'emblée un petit problème : y avait-il vraiment besoin d'un carton pour expliquer ça ? Les images elles-mêmes, avec la piste sonore d'émissions radio entrelacées qui expliquent la succession des événements, suffisaient amplement à la compréhension de la situation de départ. Bon, on va dire que c'est une dégueulasserie de producteur.

 

Donc, par la suite, on constate que le faible restant de l'humanité a trouvé refuge dans un train qui fait le tour du globe en un an pile. Ce train – le Transperceneige donc il s'appelle, vous suivez un peu ou bien ? – a été conçu par un certain Wilford, qui règne en maître sur ce microcosme mouvant abritant une organisation en castes : en queue du train, on trouve un peuple grouillant de parias qui cherche à se rebeller contre les wagons supérieurs, lesquels sont occupés par des personnes de plus en plus privilégiées, jusqu'à la loco habitée par Wilford lui-même. Évidemment, c'est la population de queue qui servira de point de vue aux péripéties, lesquelles sont tout simplement la narration d'une Révolution.

 

 

http://cdn-premiere.ladmedia.fr/var/premiere/storage/images/cinema/photos-film/photos-acteur/le-transperceneige-3662978/snowpiercer-le-transperceneige5/69175271-1-fre-FR/Snowpiercer-le-Transperceneige_portrait_w858.jpg

"Allô, allô... forte récompense..."

 

 

C'est donc une dystopie somme toute très classique dans la construction, les sources littéraires sont connues et on ne va pas les rappeler sempiternellement : on y croisera machinerie totalitaire, endoctrinement (dans une scène un poil démonstrative d'ailleurs), privilèges de l'oisiveté, du stupre et de la drogue, instrumentalisation, etc. Simplement l'originalité c'est cette situation dans le train, qui rend le déroulé des événements très visuel avec nécessairement une mise en scène spatiale particulière. Je vois bien l'intérêt que ça peut avoir dans une BD, et au cinéma idem. L'enjeu fondamental pour Bong Joon Ho, c'était donc de ne pas rendre trop linéaire la progression des personnages principaux (qui avancent de la queue vers la tête du train, niveau par niveau, selon une logique très vidéoludique), de ne pas subir l'horizontalité du train. Et c'est très réussi : le découpage brise les regards basiques, ceux anxieux mais déterminés des prolos en direction de l'amont, ceux méprisant et supérieurs des méchants en direction de l'aval, par un jeu constant de renversements d'axes et de plongées/contreplongées. Également, le cinéaste n'oublie pas de faire exister l'extérieur, le froid oppressant du vaste monde libéré de la présence humaine, sans cesse rappelé par le beau travail sur la lumière, à la fois porteur de crainte et d'espoir. 

 

 

http://www.6neweb.fr/wp-content/uploads/2013/09/le-transperceneige-image10-grand-format.jpg

Une petite plongée, une masse d'ennemis floutés, un héros dans la lumière... rho lo lo, qu'est-ce qu'y sont manichéens ces marxistes !

 

 

Il y a quelques scènes assez léchées esthétiquement, je pense notamment à celle de l'aquarium, d'autres qui se veulent être renversantes intellectuellement, comme le moment où on apprend la composition des barres de protéines que consomment les habitants de queue. Bon, tout bon lecteur de SF un peu averti, familiarisé notamment avec le concept d'arche (une population enfermée dans un véhicule et lancée dans un voyage sans fin, reportez-vous par exemple au Monde inverti de Priest ou à Croisière sans escale de Aldiss) connaît déjà les moments forts et peut même largement éventer la conclusion. C'est un système narratif très barjavélien (une histoire de SF vue comme excuse pour mise en perspective philosophique ou politique), très SF française années 1970-80, avec une morale, du marxisme et tout ça. Mais l'essentiel est ailleurs : la fiction est correctement pensée, la lumière est bien faite, il y a de la mise en scène et une direction d'acteurs au taquet, la réalisation remplit le cahier des charges, il y a de la captivation, de l'émotion, de l'humour, pas de fautes de goût, un duo de personnages très beaux (l'asiatique concepteur de la sécurité du train – inclusion transparente du cinéaste lui-même – et sa fille). Si on veut chipoter, disons que certaines scènes d'action à base de tremblements sont ratées, d'autres au ralenti mieux faites mais un peu attendues, et que globalement il y en a trop. Aussi j'aurais préféré que les plans pris de l'extérieur du train persistent à filmer une maquette, comme c'est le cas dans la toute première apparition de ce type, et pas du numérique comme par la suite.

 

Mais bon, en gros, ça va, on aura de justesse vu un bon film de SF au cinéma cette année.

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