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  • : " On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 20:25

http://braindamaged.fr/wp-content/uploads/2013/10/le-vent-se-leve-affiche-du-dernier-hayao-miyazaki-affiche.jpg

 

 

Technique  

Esthétique  

Emotion  

Intellect   

 

 

Ma chronique a beaucoup de retard ; j'ai vu ce film il y a maintenant quinze jours. Ma douce et moi sommes bien sûr allés le voir dès sa sortie en salles. Peu de cinéastes nous font déplacer ainsi, en urgence de plaisir ; Miyazaki en est. Il est même le roi du plaisir urgent. J'avoue pourtant avoir laissé traîner, tout simplement parce que j'ai un peu de mal à savoir comment aborder Le Vent se lève (aucun rapport avec la très chiante Palme d'or de Ken Loach au passage). C'est l'émotionnel qui reste de ce film, de prime abord. Et j'ai réellement du mal à développer un discours critique intéressant sur une oeuvre qui a avant tout été un dialogue. J'aurais tendance à mépriser l'idée que je vais énoncer, mais là je dois reconnaître que c'est un cas d'école : il y a des oeuvres qui ne révèleront leur génie que lorsqu'on connaît bien le corpus de l'auteur. Clairement, si vous n'avez jamais vu un Miyazaki et n'en avez rien à foutre, il y a peu de chance pour que vous voyiez l'intérêt de ce film, qui est si manifestement autobiographique et testamentaire que toutes ses autres qualités (pourtant nombreuses) s'en voient occultées.

 

 

 

http://a69.g.akamai.net/n/69/10688/v1/img5.allocine.fr/acmedia/medias/nmedia/19/00/17/49/20627518.jpg

 

L'inévitable parapluie.

 

 

Le Vent se lève est un biopic sur un jeune ingénieur aéronautique talentueux qui a conçu les avions de chasse Zéro pour l'armée japonaise pendant la Seconde Guerre Mondiale. Toute ressemblance avec l'histoire du père de Hayao est éventuellement pas du tout fortuite (je vous renvoie à sa page wikipedia, je vais pas tout vous expliquer non plus). Le personnage du film accumule néanmoins les ressemblances frappantes avec Hayao lui-même : cette évocation de sa très mauvaise vue dans son enfance, qui semble le condamner à ne pas réaliser son rêve professionnel ; son habileté au dessin (technique dans son cas, artistique certes dans le cas de Miyazaki) ; sa propension à la rêverie steampunk traversée de vaisseaux fabuleux ; sa volonté de se rapprocher de son modèle (un ingénieur italien dont je ne sais plus le nom d'un côté, peut-être Paul Grimault, ou Walt Disney, ou Tezuka de l'autre ?) ; sa détermination, enfin, et sa subordination totale à son art, même s'il alimente des commanditaires inavouables (l'armée dans un cas, peut-être Disney dans l'autre ? ou tout simplement le business/marketing).

 

 

 

http://4.bp.blogspot.com/-upP4gLM8SrQ/Um7e-pMFABI/AAAAAAAAC2Q/tWPdIyzJ55Q/s1600/le-vent-se-leve-miyazaki-5.jpg

 

 

 

Ajoutez à cela que le film est assez lent, peu spectaculaire, bourré d'ellipses et de non-dits, du coup très solicitant pour le spectateur qui doit sans arrêt boucher des trous temporels et comportementaux avec logique ou intuition, et vous comprendrez que Le Vent se lève n'a rien d'immédiat, qu'il n'emportera pas l'adhésion de tous les publics comme un Voyage de Chihiro par exemple. Pour autant, c'est un film d'une qualité technique proprement hallucinante. Le découpage des scènes est aussi limpide que sophistiqué ; on retrouve certes une manière de mettre en scène longuement mûrie dans le style Ghibli, notamment pour qui a déjà vu les films les plus "adultes" du studio (je pense par exemple à La Colline aux coquelicots du fiston). Mais il y a cette fois une dimension supplémentaire, une maturité ou plutôt une liberté, de ralentir la narration, user d'une mise en scène plus cinématographique,  surprendre avec des inclusions oniriques inattendues, bref en quelque sorte d'instiller tranquillement du Miyazaki dans une imagerie plus "Takahata" (Le Tombeau des lucioles). Le réalisme historique de l'histoire y contribue.

 

 

 

http://www.kanpai.fr/wp-content/uploads/2013/11/le-vent-se-leve-vol.jpg

 

 

 

Esthétiquement, c'est tout aussi bluffant. Des phares balayent les pavés de Berlin, le calme paysage japonais rural est secoué par les bourrasques, les machines volantes fendent le ciel, et pour ne rien gâcher l'animation est d'une fluidité comme rarement j'en ai vu dans un film d'animation. Bref, la perfection technique est doublée d'un goût délicat pour tout ce qui concerne couleurs et textures. Et puis c'est émouvant. Et intelligent. Et le plus terrible, lorsque le film s'achève, c'est qu'on sort de la salle avec la certitude qu'on vient bel et bien de voir le dernier Miyazaki. Il faut vivre une séance pour en être convaincu. On sait que plus jamais on ne vivra l'excitation d'une nouveauté, d'un plaisir certain, en anticipant la date de sortie française. C'est triste. Mais d'un autre côté, on pose un regard attendri sur les quinze dernières années, et l'on peut se féliciter d'avoir connu la sortie en salles de Mononoke, de Chihiro, les redécouvertes ébahies de Totoro, Kiki, Nausicaa et Laputa. Nous, petits trentenaires élevés au grain du Japon, avons connu ça. Putain de chanceux.

 

 

http://www.cineaddict.fr/wp-content/uploads/2013/11/Le-Vent-se-leve-.jpg

 

 

 

Sayonara.

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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 22:26

http://img.over-blog-kiwi.com/0/55/27/01/ob_67c175_le-hobbit-la-desolation-de-smaug-fr-final.jpeg

 

  

Technique    

Esthétique  

Emotion 

Intellect  ♦♦ 

 

 

 

Bon, on va torcher vite fait le petit Hobbit de papa Jackson. Comme dans le précédent volet, venu il y a un an délester nos bourses ventrues reçues de nos grand-mères, un début assez bien tenu précède un invraissemblable tunnel de clichés, de situations anticipées d'un quart d'heures, de guest-staring ridicule (Orlando, sors de ce film !) et d'interminaaaaables scènes d'action montées à la hache.

 

Et ce n'est rien comparé au problème qui prend le plus d'ampleur : Peter a complètement craqué dans la stricte adaptation du roman. Je vous renvoie à ma chronique sur ce dernier,  Le Hobbit est un roman très important car il opère au sein même de ses pages la subtile transition, ce glissement tout doux et tout mignon du conte anglais classique vers la fantasy, dont Le Seigneur des Anneaux allait devenir le parangon presque vingt ans plus tard. On a pu entendre râler contre les célèbres adaptations de la trilogie parce qu'elle ne respectaient pas strictement la lettre des romans, ajoutant une poignée d'elfes par-ci, retranchant un personnage par-là, mais tout cela me laisse indifférent : l'esprit était globalement respecté, le merveilleux cotoyait l'épique, et si Les Deux Tours puis Le Retour du Roi allaient s'enliser, c'était à cause de structures difformes (c'est à dire : des scènes d'action interminaaaaables) et de clins d'oeil censément humoristiques ou classieux qui nous expulsaient violemment de l'immersion (Gimli fait le bouffon, Legolas fait du surf, etc.) alors même que toute l'oeuvre de Tolkien repose sur la suspension d'incrédulité.

 

Dans La Désolation de Smaug, l'enlisement est très rapide car Jackson viole totalement le roman, aussi bien la lettre que l'esprit. Au niveau de la lettre : c'est pas compliqué, les trois-quarts des scènes que l'on voit ne sont absolument pas dans le roman. Ou alors pas comme ça du tout. Cela peut parfois avoir un certain intérêt (l'exploration par Gandalf du repère du Nécromant, l'identification de ce dernier à Sauron : soit !) ou au contraire mettre encore plus l'accent sur l'obsession de Jackson de transformer The Hobbit en une préquelle de Lord of the ring, ce que, je le rappelle, il n'est pas. C'est ainsi que se trouve également violé l'esprit : Jackson fait du Hobbit de la fantasy et n'y laisse que des parcelles de merveilleux. Même dans La Communauté de l'anneau il y avait un esprit "conte" bien supérieur. Enclavé dans un style, identifié par ce qu'il faut bien finir par appeler des tics, il ne parvient plus à nous enchanter. Comme l'an dernier, le premier quart du film a fait illusion avant que l'ennui puis l'énervement ne s'installent. Je ne parviens toujours pas à comprendre comment qui que ce soit ait pu croire que ce conte de 300 pages puisse se transformer en trois longs-métrages de plus de deux heures chacun.

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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 11:12

http://behindzescenes.files.wordpress.com/2013/11/gravity-banniere.jpg

 

 

Technique 

Esthétique 

Emotion 

Intellect  ♦♦ 

 

 

 

Ce devait être inévitable. Je craignais, si je ne voyais pas ce film pendant son exploitation en salles, sur grand écran, en 3D (oui, moi, en 3D !), de rater quelque chose, de ne pas pouvoir dire "j'y étais". Saloperie de consumérisme. La rumeur a fait son office et a murmuré des éloges inattendues. En plus, le film est signé Alfonso Cuaron, l'auteur du Harry Potter le mieux balancé (Le Prisonnier d'Azkaban). C'est ainsi que, secondé de l'extraordinaire Olivier, j'oubliai d'enclencher les phares de ma voiture et parvins néanmoins en un état de santé suffisant quoique précaire jusque dans un grand machin noir abritant des écrans multiples de la taille de mon appartement, mais aussi des pots de pop-corn de la taille de ma bite.

 

Comme je ne comptais pas vraiment le voir à la base, j'avais pu parcourir quelques papiers numériques ou glacés à propos de Gravity, ce que je ne fais habituellement jamais. Je tiens donc à apporter, avant toute chose, un correctif à une ânerie que j'ai lu de très maintes fois. Hum hum, allons-y :

 

Gravity n'est pas (du tout) un film de science-fiction.

Gravity est un film catastrophe.

 

Là, ça va mieux. Cela a son importance puisque nous parlons ici de genres, donc de structures narratives, et celle de Gravity, n'en doutez point, est infinement plus proche de films de Roland Emmerich (qui, je vous le concède, sont la plupart du temps aussi des films de SF), ou bien sûr du Apollo 13 de Ron Howard, que de Stanley Kubrick (bien que je le concède, le film de Cuaron donne un certain coup de vieux à la courte partie sur la Lune de 2001). Eh oui. En effet, Gravity raconte une mission spatiale qui tourne mal, comme dans Apollo 13. C'est à peu près tout pour le pitch. Bon, je détaille un peu : Sandra Bullock est une astronaute débutante qui accompagne le vieux briscard George Clooney lors d'une mission spatiale. Mais un nuage de débris en orbite autour de la Terre menace sérieusement leur intégrité physique ainsi que celle de leur navette. Comme prévu, les débris en question détruisent leur station et voilà que, survivant par miracle, ils dérivent dans l'espace et doivent essayer de se démerder pour rejoindre d'autres structures spatiales avec des réserves d'oxygène limitées et les déplacements flottants inhérents au vide sidéral.

 

 

http://www.cinemadauphine.fr/wp-content/uploads/2013/10/Gravity-4.jpg

 

 

Trois-quarts d'heure de film sont passés. En un plan séquence. Absolument fabuleux. Un faux plan-séquence bien sûr, on le suppose, il y a du cut invisible masqué en post-production numérique. Mais peu importe. La caméra épouse parfaitement les lents mouvements éthérés qui régissent les masses corporelles flottantes. Elle semble tout simplement faire partie du décor et se déplacer au gré d'une volonté flemmarde, par petites poussées. Elle est, pour parler joliment, infra-diégétique, du moins en donne-t-elle l'impression. Lointaine lors du premier plan, son ellipse croisant celle de la navette qui parvient doucement à notre rencontre sur fond sonore de dialogues radio qu'on se surprend à ne pas écouter plus que ça, obnubilés que nous sommes par la beauté de cette Terre négligemment jetée en arrière-plan, ces trajectoires amniotiques, cette plastique aussi nette que mouvante, semblable à un cauchemar lyrique. Parfois cette subtile caméra posera son champ dans un plan de semi-ensemble, parfois à l'intérieur du casque d'une astronaute à la dérive, nous faisant partager sa panique cloîtrée.

 

L'immersion est exceptionnelle. La captivation constante.

 

Oh miracle, la 3D sert quelque chose. Non pas pour faire "sortir" des objets de l'écran sans qu'on y voie un quelconque intérêt (même si ça arrive), mais réellement pour nous inclure dans cette échelle d'objets à l'intérieur du plan, puisque l'espace modifie considérablement notre perception des distances et de la vitesse. L'absence de sons autres que ceux des dialogues, associée à la sensation perturbante de vitesse aléatoire des corps contribue énormément à nous faire ressentir les impacts avec une violence incroyable. Des débris heurtent le paisible vaisseau, une main cherche à attraper une courroie afin de ne pas dériver dans l'espace vers une mort certaine, on n'entend rien d'autre que les halètements du personnage, il n'y a pas d'explosions, pas de ralentis ou de répétitions du plan trois fois sous des angles différents, et pourtant cela génère plus de violence que dans n'importe quel film de Michael Bay (caricature volontaire).

 

Ce que j'essaie de vous expliquer bien imparfaitement dans ces paragraphes c'est que la mise en scène, l'écriture du film, sont minutieux, captivants, exceptionnels. Les deux acteurs, sur lesquels j'ai beaucoup entendu gloser, sont tout à fait corrects et leur direction carrée. Bon après, passée la première heure, on note de petits agacements d'ordre "amerloque" dans le déroulé du film : on se rend compte que le scénario emprunte des passages obligés énervants, avec symbolique lourde (renaissance, cordons ombilicaux et liquide amniotique, tout ça), passages lacrymaux, etc. L'ensemble du fond, finalement, c'est le regard tour à tour paniqué, lucide ou combatif que pose un personnage principal et presque unique (Bullock) sur sa mort presque certaine et imminente. Et sa lutte pour ne pas céder au désespoir combinée aux hasards heureux qui contribuent à sa survie pour encore un souffle, un pallier, une heure. Ce qui est bien l'essence des films catastrophe. Eh bien je me demande si je n'aurais pas préféré que ces personnages s'en tiennent à leur cortex et n'aient pas d'histoire.

 

 

http://spinoff.comicbookresources.com/wp-content/uploads/2013/10/gravity2.jpg

 

 

Les plans restent séquences mais leur durée diminue au fut et à mesure qu'on approche du dénouement (c'est sans doute un effet voulu mais qui ne me convainc pas spécialement), des ellipses s'installent (il eut été foutrement culotté d'être d'un bout à l'autre dans une continuité temporelle parfaite, mais pas crédible scientifiquement), et une putain de musique d'ascenseur se met à nous emmerder de plus en plus. Ce jusqu'à une conclusion un peu too much niveau vraisemblance. D'autant plus dommage qu'un gros effort avait été fait jusque là pour appuyer l'immersion sur un naturalisme plein de crédibilité scientifique.

 

 

Toutefois, ne vous méprenez : ce film vaut d'être vu en salles, sur très grand écran et en 3D tant que ça vous est encore possible, ne serait-ce que pour sa dimension technique. Vraiment, tout le reste n'a que peu d'importance. Là où Avatar me paraissait être un succès planétaire fallacieux basé sur la méconaissance du grand public pour la science-fiction, Gravity est sans doute amené à rester une vraie référence, et probablement l'aboutissement d'un certain genre filmique. 

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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 12:35

http://pmcdn.priceminister.com/photo/snowpiercer-le-transperceneige-veritable-affiche-de-cinema-pliee-format-120x160-cm-de-bong-joon-ho-avec-chris-evans-tilda-swinton-song-kang-ho-jamie-bell-john-hurt-ed-harris-2013-963034699_ML.jpg

 

 

Technique 

Esthétique ♦♦

Emotion 

Intellect  ♦♦ 

 

 

 

 

Il peut arriver, dans des dimensions parallèles, qu'un cinéaste sud-coréen assez réputé (il paraît que The Host c'est très bien), tombe un beau jour sur une BD de SF française publiée en 1984 (Lob & Rochette, Casterman) et se dise que, tiens il en ferait bien un film. Je n'ai pas lu la BD mais ça ne saurait tarder. Il faut dire que le film m'a plutôt pas mal donné envie. Pour résumer, voilà (enfin ?) un simple bon film de SF à voir au cinéma, correctement pensé et réalisé. Ce n'est ni une suite de, ni une franchise, ni un concept, juste une jolie science-fiction franche et honnête. Le bonheur, ça tient pas à grand chose, des fois, hein, messieurs les gens qui font des films.

 

Au début du film, un carton nous annonce qu'un gaz réfrigérant lâché dans l'atmosphère un peu partout dans le monde dans le but d'atténuer l'effet de serre a un peu trop bien marché : la planète entière entre dans une ère glaciaire aux conditions franchement pas viables pour l'homme, y compris les esquimaus. Et là, ça me pose d'emblée un petit problème : y avait-il vraiment besoin d'un carton pour expliquer ça ? Les images elles-mêmes, avec la piste sonore d'émissions radio entrelacées qui expliquent la succession des événements, suffisaient amplement à la compréhension de la situation de départ. Bon, on va dire que c'est une dégueulasserie de producteur.

 

Donc, par la suite, on constate que le faible restant de l'humanité a trouvé refuge dans un train qui fait le tour du globe en un an pile. Ce train – le Transperceneige donc il s'appelle, vous suivez un peu ou bien ? – a été conçu par un certain Wilford, qui règne en maître sur ce microcosme mouvant abritant une organisation en castes : en queue du train, on trouve un peuple grouillant de parias qui cherche à se rebeller contre les wagons supérieurs, lesquels sont occupés par des personnes de plus en plus privilégiées, jusqu'à la loco habitée par Wilford lui-même. Évidemment, c'est la population de queue qui servira de point de vue aux péripéties, lesquelles sont tout simplement la narration d'une Révolution.

 

 

http://cdn-premiere.ladmedia.fr/var/premiere/storage/images/cinema/photos-film/photos-acteur/le-transperceneige-3662978/snowpiercer-le-transperceneige5/69175271-1-fre-FR/Snowpiercer-le-Transperceneige_portrait_w858.jpg

"Allô, allô... forte récompense..."

 

 

C'est donc une dystopie somme toute très classique dans la construction, les sources littéraires sont connues et on ne va pas les rappeler sempiternellement : on y croisera machinerie totalitaire, endoctrinement (dans une scène un poil démonstrative d'ailleurs), privilèges de l'oisiveté, du stupre et de la drogue, instrumentalisation, etc. Simplement l'originalité c'est cette situation dans le train, qui rend le déroulé des événements très visuel avec nécessairement une mise en scène spatiale particulière. Je vois bien l'intérêt que ça peut avoir dans une BD, et au cinéma idem. L'enjeu fondamental pour Bong Joon Ho, c'était donc de ne pas rendre trop linéaire la progression des personnages principaux (qui avancent de la queue vers la tête du train, niveau par niveau, selon une logique très vidéoludique), de ne pas subir l'horizontalité du train. Et c'est très réussi : le découpage brise les regards basiques, ceux anxieux mais déterminés des prolos en direction de l'amont, ceux méprisant et supérieurs des méchants en direction de l'aval, par un jeu constant de renversements d'axes et de plongées/contreplongées. Également, le cinéaste n'oublie pas de faire exister l'extérieur, le froid oppressant du vaste monde libéré de la présence humaine, sans cesse rappelé par le beau travail sur la lumière, à la fois porteur de crainte et d'espoir. 

 

 

http://www.6neweb.fr/wp-content/uploads/2013/09/le-transperceneige-image10-grand-format.jpg

Une petite plongée, une masse d'ennemis floutés, un héros dans la lumière... rho lo lo, qu'est-ce qu'y sont manichéens ces marxistes !

 

 

Il y a quelques scènes assez léchées esthétiquement, je pense notamment à celle de l'aquarium, d'autres qui se veulent être renversantes intellectuellement, comme le moment où on apprend la composition des barres de protéines que consomment les habitants de queue. Bon, tout bon lecteur de SF un peu averti, familiarisé notamment avec le concept d'arche (une population enfermée dans un véhicule et lancée dans un voyage sans fin, reportez-vous par exemple au Monde inverti de Priest ou à Croisière sans escale de Aldiss) connaît déjà les moments forts et peut même largement éventer la conclusion. C'est un système narratif très barjavélien (une histoire de SF vue comme excuse pour mise en perspective philosophique ou politique), très SF française années 1970-80, avec une morale, du marxisme et tout ça. Mais l'essentiel est ailleurs : la fiction est correctement pensée, la lumière est bien faite, il y a de la mise en scène et une direction d'acteurs au taquet, la réalisation remplit le cahier des charges, il y a de la captivation, de l'émotion, de l'humour, pas de fautes de goût, un duo de personnages très beaux (l'asiatique concepteur de la sécurité du train – inclusion transparente du cinéaste lui-même – et sa fille). Si on veut chipoter, disons que certaines scènes d'action à base de tremblements sont ratées, d'autres au ralenti mieux faites mais un peu attendues, et que globalement il y en a trop. Aussi j'aurais préféré que les plans pris de l'extérieur du train persistent à filmer une maquette, comme c'est le cas dans la toute première apparition de ce type, et pas du numérique comme par la suite.

 

Mais bon, en gros, ça va, on aura de justesse vu un bon film de SF au cinéma cette année.

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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 18:16

http://mondesfrancophones.com/wp-content/uploads/2009/04/louise-michel.jpg

 

Technique 

Esthétique ♦♦♦

Emotion 

Intellect  ♦♦ 

 

 

 

 

Il existe dans nos vies un entourage amnésique. Ce sont des personnes que vous ne citeriez jamais comme faisant partie de vos amis ou de vos connaissances, vous peinerez à les reconnaître en les croisant dans un magasin malgré un bref regard mutuel et scrutateur, et pourtant, vous les voyez tous les jours, leur parlez tous les jours. L'entourage amnésique s'incarne classiquement en un chauffeur de bus ; une guichetière ; une patronne de café ; ou, comme dans le présent cas, le rouquin vaguement métrosexuel qui échange ses salades de pâtes au jambon cru-basilic contre mes tickets restaurants.

 

Donc, le type de la boulangerie où je mange tous les midis m'a fait passer un film en DVD, parce que j'avais eu le malheur de discuter un peu trop fort et véhémentement de ma passion cinématographique avec un collègue de travail tout en saisissant distraitement mon plateau-repas. "J'ai entendu que t'avais jamais vu Louise-Michel la dernière fois ; alors je te l'ai apporté, tu me le rends quand tu veux, tu verras, c'est barré, moi j'aime beaucoup."

 

Si encore l'offrande avait pris la forme d'un film que je rêve de voir depuis longtemps, genre ce Voyage au Centre de la Terre que j'ai vu une fois et que je ne retrouverai jamais, ou encore les premiers Jacques Tourneur, les derniers Chaplin ou le film caché de Kubrick, je n'aurais pas dissimulé ma joie. En l'occurence, j'ai bredouillé dans l'embaras et accepté le cadeau d'un "film français social barré underground" comme seuls Kervern et Delépine (mais aussi parfois Dupontel) savent les faire. J'avais déjà vu Avida, un des premiers long-métrages des gugusses de Groland : un noir et blanc étonnamment léché, un surprenant surréalisme, un goût immodéré pour les freaks, une absence de balises et beaucoup de spontanéité, bref, c'était à la fois déroutant et un peu obsédant.

 

 

 

http://culturelb.files.wordpress.com/2011/07/louise-michel-1.jpg

 

 

 

Pas grand chose de mieux à dire sur Louise-Michel, si ce n'est qu'il n'y a plus de noir et blanc, que l'image est moins belle et l'échantillonage sonore raté. Le son, c'est vraiment le gros défaut du film, alors qu'Avida se portait fort bien d'un relatif silence émaillé par fort peu de dialogues (dans mon souvenir) ; dans Louise-Michel, hormis les tirades de Bouli Lanners, qui sont très drôles parce qu'il est très fort, tous les dialogues paraissent vraiment avoir été écrits quatre minutes avant la prise. En soi, ça ne me gène pas, je comprends même bien que cette désinvolture soit une vraie posture pour les deux cinéastes, mais le contraste entre la spontanéité de Lanners et la mécanique grippée des phrases annonées par tous les autres acteurs, professionnels ou non (et j'inclus Yolande Moreau) m'a dérangé profondément. Même chose en ce qui concerne le décalage entre une certaine qualité de mise en scène, quelques cadres étudiés, des plans-séquence fixes parfois beaux et drôles, et le quasi amateurisme de la bande-son.

 

Il y a quelques passages vraiment très forts (il faut voir ce plan en caméra portée style Aronofsky lors duquel Moreau court face écran en avalant l'espace en travelling arrière) et, tout du long, une tonalité qui sied fort bien au propos : ce peuple d'inculture, composé d'ouvriers, de paumés et de tarés, ce peuple qui existe en vrai, qui n'a pas de portable, qui habite des taudis étouffants, qui survit grâce au système D, à l'extrême limite de la folie, trouve parfaitement son incarnation dans la mise en scène et l'esthétique suintantes, oppressante, inconfortable, de Kervern et Delépine. Certainement, ils font totalement le film qui convient à cette histoire (une histoire de vengeance contre un patron véreux), et totalement l'histoire qui convient à ce duo de personnages, dont les prénoms accolés font référence à une figure historique notoirement militante et radicale. Mais curieusement, je n'y ai pas pris un pied intégral.

 

Militant dans le fond, radical dans la forme. Que rajouter à cela ?

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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 09:27

 

 

Technique ♦♦

Esthétique ♦♦

Emotion 

Intellect   

 

 

 

 

Cela fait longtemps maintenant que je rêve d'un peu de temps (et, restons pragmatiques, de finances adéquates) pour rattraper mon retard culturel (oui, vous avez bien lu, ça paraît incroyable) en matière de cinéma de science-fiction. Notamment les vieux classiques. Je connais assez bien - comment être honnête en restant modeste - la SF sur écran des années 1990 et 2000, voire même cette période qui démarre en 1968 avec cette bonne vieille Odyssée de l'espace et s'étend jusqu'au dernier Star Wars en 1983 (comment ça il y en a eu d'autres ?), mais je maîtrise moins celle d'après-guerre et avant-Kubrick. Esentiellement américaine donc, ce me semble, et un peu russe, mais Tarkovski c'est très chiant. Cet accident, je commence à le réparer grâce à l'acquisition, il y a peu, de quelques galettes prétendues essentielles que je découvre progressivement. Première étape, Planète Interdite, 1956, techniclor et cinémascope, archi-classique.

 

Résumons brièvement : des militaires dans un vaisseau spatial sont envoyés sur une planète aux caractéristiques proches de la Terre, pour y prendre les nouvelles d'une mission précédente qui n'a plus donné signe de vie depuis 19 ans. Débarqués sur place dans leur belle soucoupe à liserés rouges, ils n'y trouvent qu'un rescapé, un homme un peu mystérieux, type "savant occultiste", qui se livre à des expériences douteuses et s'est construit une chouette baraque avec sa fille (qui se révèle donc être le seul organisme de sexe féminin sur la planète, ce qui semble la prédestiner au viol collectif) et le sémillant robot Robby, une IA douée d'une force démesurée. Mais on apprend que tous ses potes de la mission susmentionnée ont péri quelques temps après la colonisation et il y aurait comme un mal étrange qui justifierait le titre du film.

 

 

 

 

 Un concurrent sérieux, mieux gaulé qu'un humain. No way.

 

Bref, si vous y voyez des échos de 2001, Star Trek ou encore Alien, c'est normal, c'est bien pour ça que Forbidden Planet est dit "culte" : pour son influence sur des oeuvres majeures plus modernes. Si ce film est ainsi un mythe, ce n'est que rétrospectivement, car s'il faut parler de ses qualités intrinsèques, euh, comment dire... Bon, il y a Robbie. A part l'androïde femelle de Metropolis, c'est sans doute le premier robot à très forte personnalité de l'histoire du cinéma à rester dans les annales. Son design, ce décalage subtil, dans les dialogues, entre la question que lui pose un personnage, le pianotage cliquetant de ses pistons céphaliques et le surgissement de sa voix monocorde, sont un vrai plaisir, et le rendent effectivement inoubliable. J'ai d'ailleurs souvenir, à présent, de l'avoir vu cité dans plusieurs films ou séries, je repense notamment à une apparition au début de Gremlins de Joe Dante, du moins je suis quasi sûr que c'est lui.

 

Il y a aussi une esthétique pas dégueu dans sa tentative de provoquer le sense of wonder (décors peints, luminosités de la planète), une scène très belle lorsque le "monstre" psychique surgit et que le combat s'engage à coup de blasters, et puis... et puis voilà. Pour le reste, n'ayons pas honte de le dire, c'est globalement très chiant. Planète interdite a beau avoir été réalisé par un immortel (cf. patronyme), la mise en scène est désespérément figée, la direction d'acteurs arthritique et le rythme mal étudié. A l'époque, on devait pouvoir se contenter de miser sur des dialogues aux termes exotiques ("blaster", "laser", "robot"), ce qui n'est pas honteux (Star Wars l'a utilisé tant et plus), et aussi sur quelques effets spéciaux excitants venant courronner une situation globale dépaysante (exploration spatiale). Mais la paresse du film ne survit pas à l'inquisition d'un regard moderne. Aussi, reconnaissons bien volontiers à ce film son statut de classique en ce qu'il a influencé le futur cinéma de SF, mais n'en faisons pas un chef d'oeuvre ou un parangon.

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 17:33

 

 

 

 

 

Technique 

Esthétique 

Emotion 

Intellect  ♦♦ 

 

 

Et moi qui prenais Clive Barker pour un nouvelliste d'horreur, le Stephen King britannique en plus punk. Mais il cachait bien son jeu, le bougre : il a aussi fait des films ! Et au moins un bon, donc, puisque Hellraiser a été une vraie bonne surprise. Et un film culte aussi, d'après les échos que j'ai eus. Je le crois volontiers.

 

Un type acquiert dans un bouge mystérieux d'Orient un cube de la taille d'un Rubik's Cube, mais avec moins de couleurs et surtout des gravures mystérieuses (il y a beaucoup de trucs mystérieux dans ce début de film). Le type, qui est lui-même mystérieux (car barbu et au passage quasiment mon sosie : même élégance sinueuse, même visage amical barré par une paire de sourcils animaux), ramène le cube chez lui (on saura plus tard que c'est dans une maison abandonnée qui appartient à sa famille) et se livre à un rituel mystérieux (eh oui, encore) qui "ouvre" le cube, lequel, on le devine, est en fait une clé ouvrant un passage vers un autre monde. Le beau barbu se trouve donc projeté dans un univers parallèle très sale et méchant et dégueulasse. Et mystérieux.

 

Cut.

 

Un couple un peu tendu emménage dans la maison en question. Après le rituel, devine-t-on. L'homme est en fait le frère du type barbu mystérieux. Et la femme – manifestement névrosée – a eu une aventure avec ledit barbu dans le passé (apprend-on grâce à un flashback). Alors qu'elle visite le grenier (je vous passe les détails), elle est agressée par une créature humanoïde aux chairs apparentes qui se trouve être le type barbu, autrement dit son ex-amant, duquel elle est encore fascinée, parvenu à échapper au monde de merde dans lequel il subissait des expériences atroces perpétrées par des créatures démoniaques. Mais il a besoin de sang humain pour revenir pleinement et reconstruire son corps. Elle va donc devoir tuer pour lui. Les meilleures scènes du film : lorsque cette femme doit séduire des hommes pour les attirer dans le grenier et les défoncer à coups de marteaux, puis qu'à force elle manie ce processus avec la force de l'habitude, c'est saisissant. C'est le triangle amoureux classique : le mari est gentil et prévenant mais peu stimulant, tandis que son petit frère est dangereux, inquiétant (en plus d'être un monstre) mais diablement attirant. Vers la fin du film, son emprise sur la nana sera totale et Barker opère un subtil basculement de point-de-vue en direction de la fille (genre jeune adulte courageuse) du gentil mari.

 

 

Voilà en gros ce qu'il se passe dans Hellraiser. Le scénario est à la fois classique et piqueté d'originalités. La réalisation est correcte, elle sent bien son époque au niveau photo et décors. Au niveau de la mise en scène, Barker choisit de "flouter" tout le début du film avec des juxtapositions de scènes et d'images peu évidentes, desquelles il est difficile de retirer des liens logiques. Mais c'est bien normal : c'est la perte de repères qui correspond au personnage psychotique et ésotérique du type barbu mystérieux (je me rappelle pas son nom décidément). Alors du coup ça peut donner des choses assez belles ou assez confuses selon les moments. Le coeur du film (avec l'introduction des deux personnages point-de-vue, le couple) est beaucoup plus formalisé et reprend les codes classiques de l'horreur (qu'est-ce qui se cache en contre-champ ? quel est ce bruit à l'étage ?). Ce qui fait vraiment la différence, dans Hellraiser, c'est la qualité des effets spéciaux. Et là je vous arrête tout de suite : je ne parle pas de réalisme. Le réalisme des sfx dans un film, je n'en ai strictement rien à paner, et je pense que le cinéma fantastique, de SF et de fantasy a beaucoup souffert d'être réduit à ça pendant très longtemps (sur le mode : "ce film est pourri" "ouai mais t'as vu le vaisseau comme il est bien fait" "on s'en fout"). Par contre la beauté des éléments fantastiques dans Hellraiser est déterminante et elle dépend directement de la qualité artistique des maquillages, déguisements et effets.

 

 

 

 

En l'occurrence, à l'exception des décharges de lumière jaune ou violette qui parcourent le cube lorsqu'il s'ouvre, tous les éléments fantastiques sont merveilleusement beaux dans ce film. À commencer bien sûr par la monstruosité décharnée qui se dissimule dans le grenier. Sa reconstitution progressive est remarquablement rendue (os, puis organes, système nerveux, recouvrement des sensations, puis des émotions, ensuite chair et la peau viendra en tout dernier), on le perçoit à la fois comme redoutable, vicieux, manipulateur et... vulnérable. Eh oui, car les effrayants cénobites (ceux qui habitent dans le monde du cube) sont à sa poursuite. Et alors eux, on ne les voit pas beaucoup, mais c'est un vrai festival de freaks, un condensé de Jérome Bosch, du manga Berserk et de la cantina de Star Wars. Vous n'avez qu'à jeter un oeil à l'image au-dessus. Ils sont merveilleux, et la film vaut le coup pour leur seule apparition. Mais pas seulement : Hellraiser est vraiment un classique justifié du cinéma d'horreur, même s'il doit beaucoup à sa galerie de portraits et à quelques scènes clé.

 

 

 

 

 

 

 

 

Technique 

Esthétique 

Emotion 

Intellect  ♦♦ 

 

 

J'aime de moins en moins Woody Allen au fur et à mesure que les années déposent sur mon crâne tondu une poussière d'argent. Comme tout le monde, j'ai eu ma petite période de fascination devant Manhattan. Je continue à dire, aujourd'hui si mature et exigeant, que Dieu Shakespeare et moi est le bouquin le plus bidonnant de la création. J'estime toujours que les citations du juif new-yorkais valent celles de Jésus et Oscar Wilde réunies. Et pourtant, plus je regarde ses films (souvent lors d'un passage télévisuel, comme dans le présent cas), moins je comprends qu'on puisse qualifier ce mec de génial, voire même de talentueux ; et plus je m'emmerde.

 

Nous avons là un triangle amoureux (c'est là le rapport, unique d'ailleurs, avec Hellraiser ci-avant). Un prof de tennis devient ami d'une famille richissime. Notamment du fils. Il séduit sa soeur, une nana simple et jolie, mais aussi un peu nunuche et prévisible. Il est cordialement accueilli dans ce foyer d'adoption, mène un train de vie qu'il n'aurait jamais soupçonné. Mais contracte un désir violent à l'endroit de la promise du frère, Scarlett Johanson, bombasse caractérielle qui laisse entrevoir une méchante torture intérieure.

 

L'idée du film c'est que des événements infimes peuvent amener à transformer des existences entières. C'est le fameux plan sur la balle de tennis qui rebondit sur la partie supérieure du filet et dont la trajectoire retombante demeure suspendue, incertaine : de quel côté du terrain va-t-elle rebondir ? Ceci étant, on se fait chier grave. Le personnage principal est très bien mais Scarlett pas du tout (je reconnais adorer sa plastique, par contre je trouve qu'elle joue comme une chiure dans tous ses rôles), Woody déroule un fil et nous balance des grosses ellipses (heureusement !), de quelques jours jusqu'à plusieurs mois, pour ne nous faire assister qu'aux moments-clé qui en révèlent juste assez sur la progression des personnages.

 

Il faut reconnaître que c'est assez bien construit, très fluide, que les dialogues sont bien écrits, que cela se suit sans déplaisir. Mais c'est d'un prévisible ! Il n'y a réellement aucune surprise, et comme il n'y a pas vraiment de mise en scène non plus, on a rapidement fait le tour des points d'intérêt. Il y a une dernière partie plus inattendue qui relance péniblement la machine en poussant le perso principal vers des extrémités qu'on ne soupçonnait pas. Mais c'est tout. Et c'est trop peu.

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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 10:43

http://www.filmotheque.fr/fichiers/005006-OS5VG.JPG

 

 

 

Technique 

Esthétique ♦♦

Emotion 

Intellect  ♦♦ 

 

 

Depuis peu possesseur d'un DVD en promo d'Isao Takahata, le comparse de Miyazaki aux studios Ghibli, je l'enfournai ainsi que ma compagne (ne voyez aucune ambiguité dans cette formulation) par un paisible soir de grand vent.

 

Annonçons d'emblée la couleur : je suis largement moins amateur des petites histoires réalistes de Takahata que des épopées fantastiques et autres contes merveilleux du grand Hayao. Pompoko, par exemple, j'avais trouvé ça assez chiant. Bon, Le Tombeau des lucioles, d'accord, difficile de ne pas trouver ça bouleversant. Mais justement un peu trop lacrymal. Kié est pour l'instant le film d'Isao que j'ai préféré, d'une bonne longueur. On reste pourtant en terrain balisé : Japon réaliste, urbain mais périphérique, époque difficile à déterminer (années 1960 ?), la seule concession à une petite touche d'imaginaire réside dans les deux personnages de chats très cartoonesques et rigolos. Sempiternellement, c'est une histoire de famille.

 

Kié n'est pas tant une peste que ça, c'est surtout une gamine que la situation familiale a rendu particulièrement dégourdie, autonome et courageuse. Elle vit avec son père Tetsu, un bon à rien propriétaire d'un restaurent que Kié gère en fait quasiment seule, avec un coup de main des grands-parents désespérés par leur fils. Maman est partie depuis belle lurette, dépassée par les frasques de son mari addict au jeu, menteur, irréfléchi et la bagarre facile.

 

 

http://static2.dmcdn.net/static/video/063/145/43541360:jpeg_preview_large.jpg?20120405133552

 

 

Le film est fractionné en sketches burlesques très délimités, mais pour autant, une linéarité se dégage, on progresse dans le temps, et les rapports entre les personnages évoluent. L'enjeu déterminant dans Kié, c'est l'équilibre à trouver entre la radicalité des attributs masculins traditionnels (qui sont l'apanage de Tetsu : violent, sanguin, pas fiable) et des attributs féminins (la maman : douce, réservée, angoissée). Kié, influencée par ses deux parents, trouve une voie médiane qui lui permet de tracer le sillon d'une personnalité propre. Et elle cherchera bien sûr à réaliser le rêve de réunir à nouveau ses parents, dans une meilleure compréhension mutuelle basée sur la compromission et la communication.

 

La construction un peu "facile" en épisodes permet à une logique feuilletonnesque de se mettre en place, et l'attachement envers tous les personnages est profond. La réussite vient surtout de ce personnage principal qui ne se retrouve jamais effacé par des secondaires très bruyants, charismatiques, hauts en couleur. C'est de l'anti-Tintin : Kié parvient à exister encore mieux que ses comparses pourtant très typés. L'animation (due à Yoichi Kotabe, déjà à l'oeuvre sur Horus prince du soleil, un très beau film) est réussie malgré la pauvreté, l'austérité volontaires des situations et des décors. Le découpage est tellement fluide et limpide que les échanges dialogués laissent impeccablement leur humour s'exprimer, de manière simple et lisse, sans effets exagérés. Il y a même un effort de mise en scène constant, notamment une volonté de ne pas laisser le cadre s'appauvrir en laissant des actions anodines se dérouler en arrière-plan, voire hors-champ (brochettes qui grillent, chat empaillé posé dans une posture glorieuse, foule qui passe dans une fête foraine...).

 

La petite peste a réussi à me réconcilier avec un certain cinéma d'animation japonais intimiste. Brave enfant.

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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 20:31

http://www.cinetransat.ch/2009/wp-content/woo_custom/17-Chat-noir-chat-blanc.jpg

 

 

 

Technique 

Esthétique 

Emotion 

Intellect  ♦♦

 

 

Ca ne fait pas de mal de rappeler, de temps en temps, que Emir Kusturica est un des plus grands cinéastes mondiaux des vingt dernières années. C'est ce que j'ai pu me remémorer, hier soir, à l'occasion d'une petite soirée DVD improvisée, en revoyant pour la cinquantième fois Chat noir, Chat blanc. Et là je vous arrête tout de suite : je ne parle pas et ne parlerai jamais de Kusturica en termes politiques. J'ignore bien trop de choses sur le conflits des balkans, la Bosnie et tous ces trucs-là pour juger de la position du réalisateur serbe. Tout ce que je sais, c'est qu'il y a une question de religion, qu'il est politiquement ancré (sa demeure est, paraît-il, un bastion paumé de l'altermondialisme), et que ses plus farouches opposants français sont BHL et Finkielkraut. Ce qui me le rend nécessairement sympathique.

 

Chat noir, Chat blanc a pour moteur le bordel. La surcharge pour principe. La diégèse est continuellement envahie à tous les niveaux et quasiment sans répit – à l'exception de morceaux de plans lors desquels, pour une seconde, le silence et l'immobilité s'installent ; c'est très rare et ça revêt du coup une grande valeur émotionnelle. Mais le reste du temps, tout concourt à tonitruer avec bonne humeur : la musique sans arrêt, du manouche presque sans interruption ; les animaux, sans arrêt, modèles d'imprévisibilité, des oies, des cochons, des poussins, des chèvres, et bien sûr deux chats, un noir un blanc, qui servent de fil d'Ariane géographique (tandis qu'un porc en train de bouffer une carcasse de voiture sert, lui, de fil temporel) ; des acteurs, sans arrêt, avec une légion de figurants qu'on devine recrutés sur place (le film mélange allègrement acteurs professionnels et amateurs) ; secondaires ou pas, les personnages en font tout le temps des tonnes, beuglent, dansent, conduisent, courent, selon des trajectoires rectilignes qui embarquent volontiers la moitié du décor avec eux ; le mouvement, sans arrêt, et si on est dans un dialogue champ/contrechamp qui fige (pour une fois) les personnages dans des plans rapprochés simples, vous pouvez être sûr qu'un truc bouge métronomiquement en arrière-plan (un manège, un train, un bateau, des machines d'usine, des types en train de danser) ; on retrouve très souvent dans le film des mouvements de balancier de haut en bas qui concourent, comme tout le reste, à ne jamais nous installer dans le confort d'un cadre fixe, à briser la rigidité de tout plan qui ne s'accompagnerait pas d'un travelling ou d'un déplacement de caméra.

 

 

http://www.kulturagenda.be/admin/dbproxy.php?table=rubric_article&column=image&id=529

 

 

 

Mais bien entendu, le bordel pour lui-même ne nous entraînerait que dans une consommation vomitive de son et d'image. Kusturica fait du bordel ordonné. Désolé pour l'oxymore, je ne peux pas l'exprimer autrement. Oui, certes, tout bouge, tout envahit, tous nos sens sont sollicités, les informations fourmillent et l'humour omniprésent se diffuse, mais la mise en scène est si millimétrée et la structure si rigoureuse qu'il pourrait bien se passer n'importe quoi dans le cadre, la cohérence resterait tout aussi présente, les liens logiques tout aussi justes. Kusturica évite l'effet "succession de gags" et linéarise le métrage grâce à un scénario fort bien foutu, mais aussi en installant un principe esthétique récurrent qui tient dans le simple choix d'un type de plan : la contre-plongée. Chaque scène aura son plan en contre-plongée (souvent sublime), qui rompt la routine de l'échelle de plans et, tout à la fois, fonctionne comme un rappel des précédents, donnant ainsi du liant à l'ensemble (même fonction que pour les chats et le porc bouffeur de bagnole). Et pour ne pas s'arrêter là, Kusturica fait se succéder un grand nombre de genres par de simples touches esthétiques et structurelles : gangsters, western, grunge, burlesque, et par dessus tout le conte de fées. Le tout avec une mise en scène proprement incroyable.

 

Aurez-vous compris qu'avec sa petite histoire de gitans bordéliquement installés au bord du Danube, Kusturica nous a donné un chef d'oeuvre ? N'en doutez pas une seconde, et si vous ne connaissez pas ce grand cinéaste, je vous en prie, ayez l'obligeance de ne pas sortir de chez vous.

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 19:26

http://cinerevelation.free.fr/Photos%20ocean11.jpg

 

 

 

 

Technique ♦♦♦

Esthétique ♦♦♦♦

Emotion ♦♦♦

Intellect  

 

 

 

Salut à tous. Je vais faire court, non pas par flemmardise, non non du tout, mais plus simplement parce qu'il n'y a pas grand chose à dire sur ce film de Soderbergh et surtout parce que la batterie de mon ordi portable (j'aurais dû dire laptop, c'est plus hype) n'est plus qu'à 32 % du coup j'ai plus beaucoup de temps.

 

Vous savez pas de quoi que ça cause ? C'est pas compliqué, c'est un baraquage de casino entrepris par George Clooney et Brad Pitt avec une bande, et en tout ils sont onze et Clooney s'appelle Daniel Ocean, d'où le titre. Le film n'est pas vraiment inoubliable. Déséquilibré dans sa construction, esthétiquement quelconque, réalisé avec assez peu d'élégance. Souvent mal joué paradoxalement, alors que 50 % de l'intérêt supposé repose sur la distribution. Soderbergh construit son film de la manière suivante : il prend très peu de temps (allez montre en main cinq minutes) à poser l'enjeu du film (faire le plus grand braquage de casino de l'histoire des opportunistes), puis présente chaque personnage en mode "galerie de portraits", cinq minutes chacun, introduits soit par Pitt soit par Clooney qui sont les deux acteurs/personnages point de vue privilégiés. Ensuite, tout le jeu, et c'est ce qui cause le déséquilibre, c'est de retarder les révélations sur le casse pendant la phase d'élaboration, jusqu'au casse lui-même. Ainsi, la première partie nous montre de tout petits éléments qui ne suffisent pas à nous rendre l'extravagance du vol crédible. Mais la seconde partie se sert des rares informations qui nous ont été divulguées sur le plan pour mieux nous le rendre plus extravagant, et moins cohérent encore. Du coup, elle est beaucoup plus surprenante. Point de vue scénario, hein, parce que la manière reste accadémique, voire même limite expédiée. Il y a des blagues un peu tout le temps pour maintenir l'attention, parfois c'est drôle mais enfin ça ne suffit pas. Même, ça transformerait presque cette histoire de braquage (donc l'histoire de l'élaboration d'une stratégie) en film à sketches potache. Je le répète : seule l'exécution proprement dite se révèlera un tantinet prenante.

 

 

 

http://images.susu.org/unionfilms/films/backgrounds/hd/oceans-eleven.jpg

 

 

Néanmoins, je reconnais au film une double lecture sympathique. Le personnage le plus important dans tout ça, c'est finalement la cible du braquage : le propriétaire du casino, Terry Bennedict. Accessoirement, il se révèle le meilleur acteur du film, et je soupçonne Soderbergh, qui ne m'a pas l'air stupide, d'avoir fait volontairement cabotiner à mort les eleven dans sa direction d'acteurs pour mieux l'accent sur le visage granitique, imperturbable (sauf lors de sa défaite, parce que bien entendu le coup réussit) de Andy Garcia. Sa démarche robotique. Ses trajectoires inhumaines. Car bien sûr, il est une allégorie : il représente le capitaliste. La bandes des eleven, dès lors, est un groupe anticonformiste qui refuse de laisser gagner la banque, qui refuse de consommer l'opium du peuple, qui préfère aller se servir là où le Capital dort : dans la chambre forte – comparée à celle d'un silo nucléaire – qui contient les recettes astronomiques d'un lieu de divertissement décérébrant. Avec leurs spécialités, leurs techniques de pointe, leur courage, leur audace, et surtout leur fraternité, ils parviennent à récupérer leur dû d'individu exploité. On pourrait néanmoins penser que cet acte de rébellion masque un conformisme sous-jacent : celui de s'en mettre plein les poches individuellement par appât du gain. Mais la morale est sauve dans la conclusion, puisqu'on découvre que le cerveau de la bande, Clooney, ne se battait pas tant pour les millions que pour récupérer son amour perdu, et même Brad Pitt fait une dernière apparition où il explique drôlement avoir tout claqué dans une chemise et, on le devine, quelques milliers de burritos. Subitement, Ocean's eleven, d'un film de divertissement aguicheur, devient ce genre d'oeuvres que j'appellerais "dénonciatrices décontractées". Soderbergh ne s'embarrasse pas trop d'adopter un ton juste ou de saupoudrer des indices sur l'ambition intellectuelle de la chose, il ne s'embarrasse même pas, à vrai dire, de faire un bon film, ce qui est plus embêtant, il se contente d'illustrer le comique de la situation : onze types rigolos niquent la gueule du système. Et quand ils ont réussi, ils se retrouvent devant des fontaines jaillissantes qui éjaculent métaphoriquement à leur place.

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