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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 11:12

http://behindzescenes.files.wordpress.com/2013/11/gravity-banniere.jpg

 

 

Technique 

Esthétique 

Emotion 

Intellect  ♦♦ 

 

 

 

Ce devait être inévitable. Je craignais, si je ne voyais pas ce film pendant son exploitation en salles, sur grand écran, en 3D (oui, moi, en 3D !), de rater quelque chose, de ne pas pouvoir dire "j'y étais". Saloperie de consumérisme. La rumeur a fait son office et a murmuré des éloges inattendues. En plus, le film est signé Alfonso Cuaron, l'auteur du Harry Potter le mieux balancé (Le Prisonnier d'Azkaban). C'est ainsi que, secondé de l'extraordinaire Olivier, j'oubliai d'enclencher les phares de ma voiture et parvins néanmoins en un état de santé suffisant quoique précaire jusque dans un grand machin noir abritant des écrans multiples de la taille de mon appartement, mais aussi des pots de pop-corn de la taille de ma bite.

 

Comme je ne comptais pas vraiment le voir à la base, j'avais pu parcourir quelques papiers numériques ou glacés à propos de Gravity, ce que je ne fais habituellement jamais. Je tiens donc à apporter, avant toute chose, un correctif à une ânerie que j'ai lu de très maintes fois. Hum hum, allons-y :

 

Gravity n'est pas (du tout) un film de science-fiction.

Gravity est un film catastrophe.

 

Là, ça va mieux. Cela a son importance puisque nous parlons ici de genres, donc de structures narratives, et celle de Gravity, n'en doutez point, est infinement plus proche de films de Roland Emmerich (qui, je vous le concède, sont la plupart du temps aussi des films de SF), ou bien sûr du Apollo 13 de Ron Howard, que de Stanley Kubrick (bien que je le concède, le film de Cuaron donne un certain coup de vieux à la courte partie sur la Lune de 2001). Eh oui. En effet, Gravity raconte une mission spatiale qui tourne mal, comme dans Apollo 13. C'est à peu près tout pour le pitch. Bon, je détaille un peu : Sandra Bullock est une astronaute débutante qui accompagne le vieux briscard George Clooney lors d'une mission spatiale. Mais un nuage de débris en orbite autour de la Terre menace sérieusement leur intégrité physique ainsi que celle de leur navette. Comme prévu, les débris en question détruisent leur station et voilà que, survivant par miracle, ils dérivent dans l'espace et doivent essayer de se démerder pour rejoindre d'autres structures spatiales avec des réserves d'oxygène limitées et les déplacements flottants inhérents au vide sidéral.

 

 

http://www.cinemadauphine.fr/wp-content/uploads/2013/10/Gravity-4.jpg

 

 

Trois-quarts d'heure de film sont passés. En un plan séquence. Absolument fabuleux. Un faux plan-séquence bien sûr, on le suppose, il y a du cut invisible masqué en post-production numérique. Mais peu importe. La caméra épouse parfaitement les lents mouvements éthérés qui régissent les masses corporelles flottantes. Elle semble tout simplement faire partie du décor et se déplacer au gré d'une volonté flemmarde, par petites poussées. Elle est, pour parler joliment, infra-diégétique, du moins en donne-t-elle l'impression. Lointaine lors du premier plan, son ellipse croisant celle de la navette qui parvient doucement à notre rencontre sur fond sonore de dialogues radio qu'on se surprend à ne pas écouter plus que ça, obnubilés que nous sommes par la beauté de cette Terre négligemment jetée en arrière-plan, ces trajectoires amniotiques, cette plastique aussi nette que mouvante, semblable à un cauchemar lyrique. Parfois cette subtile caméra posera son champ dans un plan de semi-ensemble, parfois à l'intérieur du casque d'une astronaute à la dérive, nous faisant partager sa panique cloîtrée.

 

L'immersion est exceptionnelle. La captivation constante.

 

Oh miracle, la 3D sert quelque chose. Non pas pour faire "sortir" des objets de l'écran sans qu'on y voie un quelconque intérêt (même si ça arrive), mais réellement pour nous inclure dans cette échelle d'objets à l'intérieur du plan, puisque l'espace modifie considérablement notre perception des distances et de la vitesse. L'absence de sons autres que ceux des dialogues, associée à la sensation perturbante de vitesse aléatoire des corps contribue énormément à nous faire ressentir les impacts avec une violence incroyable. Des débris heurtent le paisible vaisseau, une main cherche à attraper une courroie afin de ne pas dériver dans l'espace vers une mort certaine, on n'entend rien d'autre que les halètements du personnage, il n'y a pas d'explosions, pas de ralentis ou de répétitions du plan trois fois sous des angles différents, et pourtant cela génère plus de violence que dans n'importe quel film de Michael Bay (caricature volontaire).

 

Ce que j'essaie de vous expliquer bien imparfaitement dans ces paragraphes c'est que la mise en scène, l'écriture du film, sont minutieux, captivants, exceptionnels. Les deux acteurs, sur lesquels j'ai beaucoup entendu gloser, sont tout à fait corrects et leur direction carrée. Bon après, passée la première heure, on note de petits agacements d'ordre "amerloque" dans le déroulé du film : on se rend compte que le scénario emprunte des passages obligés énervants, avec symbolique lourde (renaissance, cordons ombilicaux et liquide amniotique, tout ça), passages lacrymaux, etc. L'ensemble du fond, finalement, c'est le regard tour à tour paniqué, lucide ou combatif que pose un personnage principal et presque unique (Bullock) sur sa mort presque certaine et imminente. Et sa lutte pour ne pas céder au désespoir combinée aux hasards heureux qui contribuent à sa survie pour encore un souffle, un pallier, une heure. Ce qui est bien l'essence des films catastrophe. Eh bien je me demande si je n'aurais pas préféré que ces personnages s'en tiennent à leur cortex et n'aient pas d'histoire.

 

 

http://spinoff.comicbookresources.com/wp-content/uploads/2013/10/gravity2.jpg

 

 

Les plans restent séquences mais leur durée diminue au fut et à mesure qu'on approche du dénouement (c'est sans doute un effet voulu mais qui ne me convainc pas spécialement), des ellipses s'installent (il eut été foutrement culotté d'être d'un bout à l'autre dans une continuité temporelle parfaite, mais pas crédible scientifiquement), et une putain de musique d'ascenseur se met à nous emmerder de plus en plus. Ce jusqu'à une conclusion un peu too much niveau vraisemblance. D'autant plus dommage qu'un gros effort avait été fait jusque là pour appuyer l'immersion sur un naturalisme plein de crédibilité scientifique.

 

 

Toutefois, ne vous méprenez : ce film vaut d'être vu en salles, sur très grand écran et en 3D tant que ça vous est encore possible, ne serait-ce que pour sa dimension technique. Vraiment, tout le reste n'a que peu d'importance. Là où Avatar me paraissait être un succès planétaire fallacieux basé sur la méconaissance du grand public pour la science-fiction, Gravity est sans doute amené à rester une vraie référence, et probablement l'aboutissement d'un certain genre filmique. 

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