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  • : " On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 15:23


Si vous êtes marseillois ou aixais, vous n'avez pas pu ignorer ces derniers temps qu'une fôrmidâble exposition s'y tramait du côté du musée Granet. On y est allé, bras dessus bras dessous moi et ma douce, parce qu'on aime pas rater les expo-phares (!). La dernière qu'on avait vue, sur l'humour, à Marseille, était même franchement bien, avec la découverte d'un excellent photographe par exemple, Gilbert Garcin.

Ici c'est du grand classique : Cézanne et Picasso. L'un est la caution artisitique d'Aix-en-Provence, à égalité avec Zola, le second une valeur sûre de l'achalandage touristique en France comme en Espagne, et même plus loin. Qu'ils aient l'un et l'autre été de purs génies ne suffit pas : pour trouver un rapport de cause à effet qui justifierait l'achat du ticket d'entrée, les gens de Granet ont déterré tous les rapports possibles et imaginables entre les deux peintres, qui se sont côtoyés, le second (Picasso) reconnaissant même un statut de maître ou de mentor au premier (Cézanne). Tout cela est fort juste, mais alors, et là je dois reconnaître que la remarque n'est pas de moi mais de ma dulcinée, pourquoi ne pas avoir étendu l'idée à Matisse, ou à d'autres encore qui ont tissé l'écheveau de relations qui mena de la picture provençale cézanienne au cubisme période bleue picassien ? Las, les deux têtes d'affiche suffisent à vendre.

D'ailleurs, le prix d'entrée calme d'emblée les ardeurs, et même sous un soleil à pic près de la place des Quatre Dauphins, on est refroidis par les 10 euros nécessaires à pénétrer dans l'arène, 9 pour les tarifs réduits, et aucune réduction pour les étudiants en art (les adhérants Fnac, eux, ne payent que 8...) ! Bref, ne chipotons pas pour quelques malheureuses pièces frappés, et introduisons-nous dans l'enceinte : c'est un vrai parcours du combattant, et encore, on est arrivé dans la période très creuse où les gens boivent des schweppes agrumes sur le cours Mirabeau. D'abord, une nana en bleu nous accueille pour vérifier nos billets, et que l'on est dans la bonne cession horaire (car oui, il y a des cessions horaires). Ensuite il faut s'emberlificoter dans un réseau de rubans de file d'attente, et on ne peut pas passer tout droit comme dans Shrek. Ensuite, une fois entrés, un type fouille notre sac, un autre étiquette et conserve notre bouteille de Liptonic bourrée de thé à la menthe glacé. Après, il y a le portique détecteur de métaux. Enfin, on commence à apercevoir des tableaux au milieu de la foule de gens et des vigiles et gardiens de musée au moins aussi nombreux. Rapidement, on pige : les oeuvres viennent dans leur majorité de collections privées, les assurances coûtent bonbon, et on l'apprendra plus tard, un vol a d'ores et déjà été commis.

Sinon, l'expo proprement dite : on l'a vu, le sujet, un brin putassier, rassemble deux oeuvre au forceps. Pour le reste, la présentation est très art contemporain, avec textes gravés sur les murs, comme à la Biénale. L'éclairage est très bon, très doux, et la plupart des tableaux ne sont pas sous vitres, donc pas de reflets, c'est vraiment très chouette. Si la mise en perspective ne m'a pas toujours parue pertinente (il y a d'ailleurs aux trois quarts de Picasso, assez peu de Cézanne), quelques toiles sont bien sûr sublimes. Moi qui ait toujours été relativement emmerdé par les Sainte-Victoire de Cézanne, j'ai été saisi, mais vraiment, par ses portraits. voyez plutôt, et désolé pour la médiocrité des images.




A gauche Cézanne, à droite Picasso. C'est de loin le contraste qui m'a le plus saisi, et comme je suis loin d'être spécialiste du pictural, je laisse ma douce m'expliquer certaines choses, et j'en garde une impression. La façon qu'a Cézanne d'à peine marquer la toile, qui se voit par endroits, est simplement sublime, de même que les minuscules touches de vert et de bleu qui parsèment la veste du personnage, c'est de l'accidentel obsessionnel, donc forcément ça me plaît. Si c'est le décor qui contamine le personnage chez l'aixois, l'objet  contamine la figure chez l'espagnol, en l'occurence la fumée de la pipe. C'est très beau. Encore mieux, toujours chez Cézanne, et toujours avec la même idée :

 



Et cette façon de laisser le travail inachevé, la carte se mêlant à l'aléa d'une composition pas terminée, c'est grand. Il y aussi du très classique, parfois très beau : des Estaque de Cézanne, du cubisme et encore du cubisme de Picasso, mais surtout de splendides portraits de sa femme Jacqueline, période bleue ou période catalane, ou encore période aixoise lorsqu'il s'installa au château de Vauvenargues, pile devant la Sainte-Victoire.

Sinon, on a pu ensuite descendre au sous-sol pour voir l'expo Métamorphoses autour de Picasso. Autant à l'entrée du musée c'était Alcatraz, autant là c'est le Futuroscope ou la Cité des sciences. Cette volonté de techniciser une exposition, obsession tout droit venue de l'art contemporain, retire toute émotion aux oeuvres. En collant l'oreille dans la cavité d'un mur en PVC, on écoute une nana soporifique réciter un poème de Prévert comme si c'était une liste de courses, il y a aussi la version espagnole qui est plus pêchue mais là je comprends rien, on gigote devant un écran qui reproduit vos mouvements en traits qui se veulent "picassiens", enfin on se pose sur un siège pour regarder des extraits au ralenti du Mystère Picasso de Henri-Georges Clouzot. Moi j'ai envie de dire : autant regarder, chez soi, le film de Clouzot, c'est un doc extraordinaire !

 

Bref, c'est avec impatience que nous allâmes dévorer une très grosse glace sur le Cours Mirabeau, et ce fut bon quoi que bourratif.

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Published by Nico - dans De la toile
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