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  • : " On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 21:07

http://www.manga-news.com/public/images/vols/billy-bat-jp-1.jpghttp://www.manga-news.com/public/images/vols/billy-bat-kodansha-2.jpghttp://bdi.dlpdomain.com/album/9782505014133-couv-I258x392.jpghttp://www.mollat.com/cache/Couvertures/9782505014140.jpghttp://www.moustique.be/a/view/q75/w600/h/334701/thermae-romae.jpghttp://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/9/0/1/9782203049109.jpghttp://www.bdnet.com/img/couvpage/30/9782820700308_cg.jpg

 

 

 

 

Le mois d'avril est un mois de merde. On ne sait jamais bien de quoi le climat fera notre week-end, on hésite sur le nombre de couches de vêtements à porter lorsqu'on sort fumer sa clope sur le balcon, le chat tremblotte, perturbé par le vent, et l'on est continuellement malade. Aussi est-il difficile d'affirmer qu'avril est propice à la bande dessinée. Il faut juger sur pièce. Prendre, découvrir, dégluttir, glapir. Mais aux toilettes ou sur la chaise de jardin, cette lecture ? Incertain, c'est sur la valeur sûre du manga que j'ai rabattu mes attentes. J'ai donc emprunté trois débuts de série en deux tomes chaque fois, ainsi qu'une petite gourmandise qui se révéla être une grande surprise. Sans plus attendre, les verdicts.

 

 

Je vais manquer d'originalité, mais Naoki Urasawa, après avoir trusté les hits du Massacre pendant des mois avec Pluto, gagne à nouveau la palme de la semaine grâce à sa nouveauté Billy Bat (T1 et T2, Pika)(). Si l'on s'arrête au dessin, on est en terrain très balisé : c'est réalisé avec la maestria et la sûreté technique habituelles de l'auteur : des visages européens aux expressions limpides, un style assez réaliste, des cases nettes aux décors précis. Ca ne déborde pas de folie, mais c'est parfait. C'est au niveau de la narration qu'Urasawa réserve ses surprises ; en effet, on lit d'abord les aventures proprement dites de Billy Bat, un héros détective chauve-souris plutôt rigolo et stylisé (limite "Ichy & Scratchy"). Mais après quelques pages, on "sort" de ce niveau diégétique pour émerger dans un autre, beaucoup plus réaliste comme décrit précédemment, et dans lequel Kevin Yamagata, américain d'origine japonaise, est l'auteur de la BD Billy Bat, au succès grandissant. Sauf que ce gentil bédéaste s'aperçoit qu'il a peut-être piqué l'idée de son personnage-phare quelque part, au Japon. Alors il y va. Et bien sûr, un peu comme dans Monster, il bascule dans une intrigue thriller qui le dépasse complètement. En dehors de l'efficacité du suspense, ce qui fonctionne à fond dans Billy Bat c'est l'intrusion ponctuelle du niveau de diégèse "stylisé" dans celui "réaliste" : le personnage vient rendre visite à son créateur pour l'orienter et le prévenir de certains événements tragiques. Là se loge la folie de l'oeuvre, son imaginaire, son surréalisme. Et même mieux : en plus de naviguer dans l'espace au gré de l'intrigue, la trame narrative navigue aussi dans le temps. Ainsi, sans prévenir, on va se retrouver lors du second tome en plein balbutiement de la chrétienté, au temps de Jésus, et le personnage ricannant de Billy Bat semble encore y avoir son importance. On se met à penser aux saga ésotériques franco-belges de type Décalogue ou Histoire secrète, sauf que, bien sûr, l'intelligence de la structure scénaristique de Urasawa rend Billy Bat infiniment plus intrigant. C'est du niveau de Monster, tout simplement, et même un peu d'audace en plus.

 

 

D'audace, Inio Asano n'a pas manqué au moment de trouver l'idée directrice de Bonne nuit PunPun (T1 et T2, Kana)(). L'histoire est pourtant hyper classique, c'est des écoliers qui font des conneries et le personnage principal est très réservé et vit ses premières amours, ses émois, ses défis, la cruauté des gosses de son âge. Sauf que ce personnage, c'est PunPun : une sorte d'oiseau croqué infantilement en quatre traits et un point. Véritablement exclu de l'espace diégétique anguleux et réaliste qui l'environne, jusque dans les dialogues, puisque PunPun ne s'exprime pas dans les phylactères comme tout le monde, mais par des encadrés. Eh bien de cette idée simple émerge une émotion folle. Bon, il faut dire qu'il y a aussi un vrai boulot de réflexion sur le découpage, souvent audacieux avec de belles échelles de plans, beaucoup d'humour, pas mal de situations non-sense, bref ce n'est pas un manga bas de gamme ni simpliste. Et la stylisation de PunPun crée une distance, et cette distance nous le rend puissamment empathique. C'est super bien pensé, vraiment. Et avec des couvertures trop fortes en vernis sélectif.

 

 

Enfin, avec un peu plus de réserve, un autre début de série original : Thermae Romae (Mari Yamazaki, T1 et T2, Casterman)() n'est pas aussi bien réalisé que les deux précédents, loin de là, mais il puise dans son thème central surprenant l'essentiel du plaisir. L'histoire est centrée sur les bains (!) : les thermes, les baignoires, les hammams, tout ce dans quoi l'on se fout pour se délasser et qui soit plutôt aqueux. Le tout à l'époque romaine. Le personnage principal est architecte et il cherche à innover dans le domaine des thermes, sous le règne du gentil empereur Hadrien. Et il se trouve qu'il voyage dans le temps et se retrouve dans notre belle ère contemporaine chaque fois qu'il est immergé sous l'eau... du coup il en profite pour piquer des idées aux Japonais d'aujourd'hui. Derrière l'énormité jamais explicitée de ce magnifique deus ex machina se dissimule bien sûr une excuse visant à décliner les délectables qualités des inventions thermales de tous ordres. C'est au moins autant informatif que narratif. Fort heureusement, Mari Yamazaki cherche à rendre ça drôle, ce qui réussit pas toujours mais parfois, et du coup ça dégage une sorte de spontanéité sympathique. Bon, rien qui n'explique non plus comment de machin a pu devenir une des meilleures ventes actuelles en manga...

 

 

Enfin, j'attire tout particulièrement votre attention sur le délicieux Monsieur Strips (Yassine & Toma Bletner, Alter Comics)(). Un bon gros recueil de strips en trois cases qui était apparemment publié sur internet au départ. Il y a vraiment une histoire – un fabriquant de pâtes fait appel aux deux auteurs pour faire un strip par jour sur les paquets alimentaires – mais ce n'est qu'une excuse pour développer des running gags en pagaille, autour d'une vingtaine de séries aux styles bien définis (dessin réaliste ou moins, photo-montages, techniques diverses...) et aux concepts très rapidement lisibles. Bon, dès le départ, j'adore le strip : la simplicité de la bande, les restrictions techniques dues au format et au faible nombre de cases, l'obligation de créer des personnages marquants et efficaces à la fois. De manière générale, c'est le compromis parfait entre narration et immédiateté. Je ne vous ferai pas l'affront de vous rappeler les grandes séries du genre (allez, si : Snoopy & the peanuts, Calvin & Hobbes, Mafalda, et j'ajouterai le beaucoup moins célèbre Macanudo de l'Argentin Liniers). Monsieur Strip joue parfaitement le jeu et m'a fait crever de rire. Un point c'est tout.

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Published by Nico - dans De la bulle
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