Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le Massacre
  • Le Massacre
  • : " On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
  • Contact

Recherche

14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 10:36

Après un mois d'absence dû aux vacances, la fatigue, le pas-le-temps, etc., me voici de retour tout ragaillardi par les premières chaleurs et une poussée d'hormones. Cet article sera donc placé sous le signe du rattrapage du temps perdu (mais ne rêvez pas, j'ai pas lu de Proust). Au menu donc quelques bouquins, quelques relectures de BD, et deux films. On va commencer par les films d'ailleurs, c'est plus racoleur.

 

 

http://a405.idata.over-blog.com/625x932/2/62/96/52/Cameron/Titanic-copie-1.jpg

 

 

Titanic (James Cameron, 1997)

♦♦

 

Technique 

Esthétique ♦♦

Emotion 

Intellect  ♦♦

 

Tout le monde en a ras le cul de ce film parce que son succès a été immense et fulgurant, mais pas immérité. C'est même sans doute le meilleur film de James Cameron. Le sujet du Titanic se prête parfaitement à un traitement romantique et c'est donc une bonne idée d'avoir marié film sentimental et film catastrophe (même si l'astuce vient d'un autre film dont Titanic est le remake, je ne sais plus le titre mais j'ai vu ça il y a un sacré bail, c'était la même histoire en moins bien). Réalisation hollywoodienne majestueuse à part quelques fautes de goût : par exemple tout le monde s'extasie sur la scène de "Je vole" à la proue du bateau ; mais quand Kate Winslet (évidemment sublime et parfaite, au passage) ouvre les yeux, Cameron ne nous cadre que de la flotte au lieu de nous montrer l'horizon. Une façon de dire que l'avenir des personnages est au fond de l'eau ? C'est rigolo mais moche.

On peut évidemment reprocher au film d'avoir un coeur captivant encadré par deux parties, à l'époque contemporaine (l'expédition pour fouiller l'épave du paquebot, tout ça), qui n'ont d'autre utilité que de montrer la machinerie technologique mise en oeuvre pour préparer le film. Cameron adoôôore mettre en avant ses trouvailles techniques au sein-même de la diégèse, rien d'étonnant donc. Ca rajoute un peu de profondeur à l'intrigue et des allers-retour temporels, donc un peu de construction, par contre les passages avec Rose devenue Mamie Rosie sont pas beaux et chiants. Et il y a Bill Paxton, quoi, merde.

Mais ne boudons pas notre plaisir : c'est très émouvant et très bien fait, la partie "catastrophe" étant nettement plus intéressante et captivante à mon goût, en gros tout ce qui vient après la scène de baise dans la voiture. La première moitié n'est néanmoins pas exempte de beaux passages : je pense notamment à la scène où le paquebot démarre et où on a un aperçu des machines, les travailleurs de l'ombre, puis les passagers sur le pont faisant leurs adieux, la masse populaire divisée en castes (première à troisième classe) et enfin le capitaine prenant un café, le dirigeant qui domine tout ce monde et l'amène à sa perte. Titanic mérite franchement d'être le grand film de cloture du XXe siècle cinématographique.

 

 

http://www.actualitte.com/images/actualites/dark-shadows.jpg

 

 

Dark Shadows (Tim Burton, 2012)

♦♦

 

Technique 

Esthétique 

Emotion ♦♦

Intellect  ♦♦

 

On peut donc le dire officiellement : Tim Burton renoue enfin avec ce qu'il sait faire de mieux : du gothique rigolo, comme au bon vieux temps de Edward aux mains d'argent, Batman ou Beetlejuice. Comme d'habitude, le personnage central incarné par Johnny Depp symbolise les pensées secrètes du cinéaste. Ici, c'est un vampire qui revient d'outre-tombe après deux siècles de néant pour redorer le blason familial. Autrement dit : "J'ai fait de la merde depuis dix ans mais les affaires reprennent." Bien loin d'égaler les chefs d'oeuvre d'antan, Dark Shadows signale néanmoins le retour d'une certaine intégrité pour Burton, une honnêteté intellectuelle doublée d'une réalisation bien foutue. La photo est parfaite, les couleurs parfaites, il y a même une vraie utilisation du montage, donc de la mise en scène, et pour couronner le tout le film est assez drôle. Notamment, il y a une des scènes de baise les plus marrantes que j'ai jamais vu.

Bien sûr, à part l'esthétique, rien n'excelle et des fautes subsistent, par exemple au niveau de la construction scénaristique. Le personnage de la jeune gouvernante, qui après une courte exposition en forme de conte gothique nous sert de point-de-vue, est littéralement expulsée pour mieux laisser la place à l'entrée fracassante de Johnny Depp, et la promesse d'une relation intéressante entre elle et le petit garçon ne sera jamais suivie d'effet, puisqu'elle ne sera tout simplement pas traitée. On pourra regretter une tonne de facilités ici et là, et se réjouir d'une tonne d'idées sympathiques. Burton ne parviendra vraisemblablement plus jamais à nous surprendre, mais il a au moins veillé à nous faire plaisir, ce qui n'était plus arrivé depuis Big Fish (inclus), c'est à dire un sacré bail.

 

 

Des romans :

 

 

http://www.lelitteraire.com/IMG/jpg/nabokov.jpg

 

 

Le Don (Vladimir Nabokov, 1938)

♦♦

 

Technique 

Esthétique 

Emotion 

Intellect  ♦♦

 

J'ai attaqué mon Pléiade Nabokov par son dernier roman russe, et autant dire que ça valait le coup d'oeil. Nabokov, ce n'est donc pas seulement Lolita. Le Don est certes plus difficile, plus aride que son chef d'oeuvre américain, il n'en conserve pas moins cette superbe esthétique, cette écriture pétaradante et drôle qui caractérise le bon vieux Vlad. L'idée n'est pas dégueu non plus : sous couvert d'une lente histoire habitée par la focalisation foisonnante dans le personnage principal, Nabokov livre une manière d'autobiographie dont le sujet est son propre talent ! Rien que ça ! Il s'amuse notamment à brouiller le point de vue narratif, alternant hasardeusement entre la première, la troisième et même la seconde période, ce qui fait que l'on mélange allègrement personnage, auteur et narrateur. C'est fabuleux. Et rigolo.

Évidemment, je n'ai pas retrouvé la fascination totale qu'exerçait Lolita. Il manque au Don la manifestation d'un peu d'intérêt pour le lecteur. L'exercice peut parfois sembler solitaire, expérimental, hautain, guindé. Il n'en reste pas moins que la fiction est extrêmement élaborée, d'une ambition dépassant les frontières du simple "racontage d'histoire", et d'une qualité technique exceptionnelle ; oh, il se regarde un peu écrire et se satisfait de son brio, le Vlad, mais enfin, il est délectable de le regarder se regarder dans le miroir.

 

 

 

http://www.lavolte.net/gfx/books/elliot_du_neant_couv.jpg

 

 

Elliot du néant (David Calvo, 2012)

♦♦

 

Technique 

Esthétique 

Emotion 

Intellect  ♦♦

 

Je m'exprimerai plus longtemps sur le Calvo nouveau, un peu passionnant, un peu raté, dans le prochain Fiction.

 

 

 

Un doc :

 

 

http://extranet.editis.com/it-yonixweb/IMAGES/RL/P3/9782221128183.jpg

 

 

Datavision (David Maccandless, 2012)

♦♦

Une initiative intéressante de l'Anglais Maccandless : des miscellanées graphiques. Il prend des sujets divers (alimentation, énergie, argent, guerre...) aux impacts infimes (composition de cocktails, de cafés...), importants (intelligence des animaux, taux de lectorat d'une population...) ou prépondérants (dépenses militaires, production de carbone, montée des eaux...), et il les met en situation grâce à des shémas colorés, la plupart du temps pour montrer des quantités par rapport à d'autres, et ainsi créer une mise en perspective. Certaines propositions sont édifiantes, abasourdissantes, ou parfois rigolotes ou simplement plus quelconques. L'idée de proposer quelque chose de visuellement quantifiable à l'époque où l'on est noyé sous le flot d'informations débitées par le net, c'est assez brillant. Après, le choix d'aller glaner ses sources uniquement sur le net est plus discutable. Tout comme celui d'insister sur des sujets qui vont prioritairement dans le sens de son discours. Par exemple, il semble particulièrement obsédé par l'environnement et l'écologie, c'est très bien, mais du coup beaucoup de pages sont orientées en fonction de son angle d'approche. Une preuve de plus que l'information juste est impossible à fournir. Du moment qu'une personne, un journaliste, un artiste, se trouve derrière le fait, eh bien il n'est plus... factuel. Je vous renvoie à McLuhan : le medium, c'est le message. Le medium de Maccandless est pour le moins original, il n'empêche qu'il est le message, il ne le livre pas de façon pure parce qu'il choisit les éléments de comparaison, et, pire encore, décidé arbitrairement des sources.

 

 

Des BD :

 

 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/1/7/6/9782849610671.jpg

 

 

 

Pinocchio (Winshluss, 2008)

 

Technique 

Esthétique 

Emotion 

Intellect  

 

J'ai profité d'une soirée libre pour relire, comme je le fais une fois par an, ma BD préférée. Cette adaptation par Winshluss du conte de Collodi est juste parfaite. C'est d'une beauté, d'une intelligence, d'un humour... je ne saurais le décrire avec les mots justes. Il faut le lire, c'est tout. À l'ambition esthétique démesurée et réussie (techniques de dessin disparates et superbes, stylisation élégante des personnages et des décors) s'ajoute une maîtrise fabuleuse du langage BD, qui réussit à se passer quasiment de dialogues tant la narration coule paisiblement. Les péripéties focalisées sur divers personnages démarrent, s'arrêtent, se croisent, sans transitions et pourtant avec une logique qui donne une somme aussi complexe que claire. Y compris les parties en "strip indé" qui racontent Jiminy Cafard, allégorie très claire de l'auteur, élisant domicile à l'intérieur de la tête du "robot" Pinocchio ; on a l'impression qu'on est en dehors de la diégèse, tout nous le suggère (dessin noir et blanc, tonalité tranchante, histoires indépendantes), mais en fait non, comme tous les matériaux narratifs, on va rejoindre à un moment la trame principale en s'y fondant par une fusion parfaite. Enfin, il faut souligner l'humour et l'ambiance délicieusement trash de cette relecture : ça balance dans le drame, le sang, le sexe et le sale, et pourtant le rire est constant jusqu'aux brusques suspensions dramatiques élégamment imbriquées. Pinocchio pour moi, c'est plus qu'une lecture, c'est un moment, traversé d'un plaisir anticipé mais certain de la première à la dernière case. Si seulement je pouvais l'oublier et la redécouvrir complètement, quel bonheur ce serait. Je lis heureusement ce sentiment dans l'oeil de tous ceux à qui je l'offre, une fois leur lecture terminée. Merci à eux.

 

 

http://www.boblastic.com/photos/Comics/tonychu.0.jpg

 

 

Tony Chu (John Layman & Rob Guillory, 2010)

♦♦

 

Technique 

Esthétique 

Emotion 

Intellect  ♦♦

Et nous finissons ce tour d'horizon vite fait par cette sympathique BD que m'a offert un cher ami (Alex, tu me coûtes très cher). Tony Chu est un détective cannibale qui a une vision de l'existence entière de tout aliment qu'il porte à sa bouche. D'où son boulot. On est dans un environnement vaguement science-fictif dans lequel règne une prohibition alimentaire sur les poulets (lol). Comme dans tout cette veine contemporaine de BD américaine noire et décontractée (The Boys, 100 bullets...), la réalisation est tout à fait correcte, un trait exagéré mais pas jusqu'à l'absurde, coloré sans que ça altère la noirceur, sans grande personnalité et efficace. Le ton aussi drôle que dark est parfaitement délayé dans un scénario béton écrit par un type sûr de lui, le découpage et la construction suivent la mécanique par une fabrication rigoureuse. On pourrait appeler ça, disons, un violent délassement.  

Partager cet article

Repost 0
Published by Nico
commenter cet article

commentaires