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  • : " On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 16:27

http://img.filmsactu.net/datas/films/d/j/django-unchained/xl/django-unchained-affiche-50238a5d66d87.jpg

 

 

 

 

 

Technique 

Esthétique 

Emotion 

Intellect  ♦♦

 

 

 

 

 

 

Eh bien enfin ! Pour la première fois depuis environ un an, je sors de la salle de cinéma satisfait. Je m'y attendais un peu, notez bien. Toute la question est là, d'ailleurs. Tarantino est-il en train de réussir quelque chose de rare dans le cinéma et l'art de masse en général, à savoir appliquer un style inimitable à chaque oeuvre tout en ne lassant pas ? Ou se répète-t-il un peu ? Est-il l'égal d'un Hitchcock, un autre cinéaste très estimé par moi-même dont on peut dire pour chaque film : "j'ai vu un Hitchcock" plutôt que "j'ai vu tel ou tel film" ? On peut dire la même chose de quelques autres artistes, souvent américains, qui ont su adapter leur production artistique à une logique presque feuilletoniste : "j'ai vu le dernier Woody Allen." Mais lui je l'aime moins.

 

Sauf que Hitchock a su conserver une identité tout en ménageant de grandes variations. Psychose n'est pas Vertigo n'est pas Fenêtre sur cour n'est pas La Mort aux trousses. Pour ne citer que les plus célèbres. Et ce sont tous des chefs d'oeuvre. Chez Tarantino, les variations me paraissent moins frappantes, surtout depuis les trois derniers films, et ce ne sont pas des chefs d'oeuvre. Le problème réside peut-être dans le fait que son chef d'oeuvre, c'est Kill Bill, oeuvre matricielle qui contient à peu près son cinéma passé et présent. Je ne vais donc pas en faire des tonnes sur les qualités de Django. Vous les connaissez ou anticipez, elles sont incontestables et habituelles : c'est une photo souvent belle, sauf quelques intérieurs nuit éclairés "à l'artisanale" sans que, bon, ce soit du Barry Lyndon, mais pour le reste ça peut devenir magnifique : la scène inaugurale découpée par la lumière, les extérieurs jour refroidis par la clarté hivernale, etc. ; le montage est chiadé, nous en reparlerons ; les dialogues sont incroyablement savoureux ; la direction d'acteurs parfaite ; la manière est perpétuellement obsédée par le plaisir, même régressif (surtout régressif) du spectateur.

 

 

 

http://www.blackfilm.com/read/wp-content/uploads/2012/04/Django-Unchained-28.jpg

 

 

 

Parlons donc de ce qui chiffonne un peu, sinon ce serait trop facile. Django raconte l'histoire d'un tueur à gage en plein Far West (1858), joué par Christoph Waltz, ex-dentiste peut-être vaguement inspiré du Doc Holliday de OK Corral mais affublé d'une origine allemande et d'une aristocratique gouaille qui va comme un gant à l'acteur. Il libère un "boy", un esclave noir (Jamie Foxx) qui doit lui rendre un menu service. Puis il le prend sous son aile et décide de l'aider à libérer sa femme détenue dans une plantation par un négrier (Di Caprio). Premier bémol : le film est tellement écrit pour les lignes de texte de Waltz qu'il souffre un peu de son absence, notamment lorsqu'il meurt aux trois quarts du film (je vous avais dit que ça spoilait sur Le Massacre ?). On peut prendre, par exemple, cette scène burlesque à la base assez drôle de la cavalcade pré-Ku Klux Klan, qui finit par tirer à la ligne à cause d'une trop grande longueur et d'une comparaison involontaire mais inévitable et défavorable par rapport aux envolées du personnage principal. Une scène néanmoins emblématique pour évoquer une des petites innovations techniques de Tarantino, du moins je n'ai pas souvenir d'avoir vu dans ses autres métrages cette manière de faire : un montage qu'on va qualifier d'"analeptique" car j'adore employer des nouveaux mots. Ca veut dire en termes intelligibles que Tarantino juxtapose l'élaboration et l'exécution d'une action. Là, par exemple, le montage est alterné entre le moment burlesque – la préparation de l'attaque à cheval avec sa longue blague au sujet des sacs mal troués – et l'attaque elle-même (menée au son du Requiem de Verdi, ça aussi c'est très drôle). Il nous fait ça deux ou trois autres fois, et ça fonctionne bien.

 

Mais pour le reste, et c'est un problème que j'ai déjà pu relever dans d'autres logiques feuilletonistes par le passé (je veux parler des studios Pixar), le système est tellement rodé qu'il finit par se voir. Il y a une mise en situation assez courte démarrant par un point de vue inattendu, puis la lente instauration d'un dialogue, soit mis en opposition parallèle (champ/contrechamp) soit circulaire (caméra flottante et tournante), soit gelée par des ralentis ; la tension et l'angoisse s'accentuent au fur et à mesure du dialogue systématiquement écrit à double sens, ou à sens détourné : on parle de quantités de choses éloignées de l'enjeu majeur, que l'on connaît, et dont on attend l'évocation. Tout l'intérêt est de ne pas savoir comment va se dénouer cette scène, même si l'on s'en doute. Il y a alors deux options : par la violence brutale et incontrôlée (assez souvent) ou par l'apaisement tout aussi brutal. Parfois, la seconde option masque en fait la première : l'accalmie semble marquer la fin de la scène, mais en fait non, le dialogue reprend, suivi par des actes encore plus violents. Cette manière de retarder les conclusions, d'allonger les scènes, d'étirer les plages de dialogues, Tarantino le fait depuis toujours, mais depuis Boulevard de la mort, il a abandonné les récits destructurés pour faire quelque chose de plus linéaire au niveau temporel. Finies les brillantes construction éclatées de Pulp Fiction et Jackie Brown. Du coup, on prend conscience, trop à mon goût, d'assister à une dizaine de moments clés tous tournés selon ce même schéma. L'idée du montage analeptique amène un peu de variation. Mais juste un peu.

 

Django ressemble aussi aux deux films précédents en ce qu'il choisit un sujet sensible provoquant une réaction simple et forte (misogynie, puis nazis, puis esclavage) et tape un grand coup de pied là-dedans. Tout en prenant des libertés délibérées avec l'Histoire, et là je parle plus particulièrement de Django et Inglorious Basterds. Mais il s'en fout, bien sûr que la Seconde Guerre Mondiale ne s'est pas achevée comme ça, bien sûr que les trois personnages principaux n'auraient jamais existé dans le Sud américain esclavagiste du XIXe, mais l'essentiel est de proposer un dénouement défoulatoire, plein de feu, de sang, de bruit et de phrases sentancieuses. Tarantino n'a jamais fait dans la subtilité intellectuelle du reste. Pour le négro libéré de sa servitude, c'est un vrai plaisir de buter des blancs pour de l'argent. Nulle rédemption suite à ses meurtres, nulle sagesse du prétendu inférieur face à ses bourreaux. Tout ça pour dire que Django c'est très bien, c'est d'un niveau qu'on ne voit pas si souvent, ça canarde avec beauté, l'esthétique du duel au pistolet est visitée de quantité de manières différentes, ça apporte au western des choses qu'on ne lui connaissait pas (de l'humour par exemple), mais disons que c'est le troisième film d'un certain cycle (avec, vous l'aurez compris, Boulevard de la mort et Inglorious Basterds), qui fait un peu ronronner le système Quentin, dont a du mal à extraire des scènes marquantes, et qui à mon sens, malgré le plaisir qu'il nous procure, est le moins bon de sa filmographie.

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