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" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

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Semaine anti-capitaliste en BD (août 2010 II)

 

 

 

 

Rictus et libations : fournée intéressante aux intonations variées qui vient conclure une période d'intense félicité, alors même qu'un séjour à Saint-Maime dans le Luberon – plus belle région du monde pour ceux qui ne savaient pas – a achevé de me projeter tout guilleret vers un automne dévastateur.

 

La grande découverte de la semaine nous vient d'Argentine en la personne de Liniers, qui signe le second tome de Macanudo (chez La Pastèque)(), un recueil de strips. En une ligne et quelques cases toutes habilement composées de dessins très soignés au graphisme splendide, une étrange poésie se greffe sur un humour tendre et bancal. Des personnages récurrents aux univers très éloignés (une fillette avec son chat, un robot sentimental, des pingouins, des lutins...) font saillir tour à tour l'absurde, la mélancolie, l'humour salace (il faut à ce titre découvrir Oliverio l'olive !), dans un style néanmoins unifié et très délicat. C'est une petite merveille qui va m'encourager à acheter bien vite le premier volume, à parcourir encore bien des fois celui qui repose sur ma table de chevet. Je me savais sensible à la BD argentine (étant très fan, évidemment, de Mafalda) et au "regard sud-américain" de manière générale ; me voilà confirmé dans une de mes "tendances".

 

Cette superbe entrée en matière n'empêche pas d'embrayer avec du très bon, puisque voilà deux BD de style "indé étasunien" de fort belle facture. D'abord Dungeon Quest de Joe Daly (L'Association)(), que je souhaitais m'envoyer depuis longtemps. En décalant l'univers du jeu de rôle dans un environnement réaliste mais avec un traitement totalement irrationnel, Daly propose un modus operandi très original à la transcription graphique intéressante à défaut d'être renversante. L'imaginaire envahit peu à peu le réel à mesure que la diégèse est dévorée par une structure ludique (on voit fréquemment des "fiches de personnages" qui présentent les nouveaux équipements qu'ils acquièrent ou l'évolution de leurs capacités). Il semble que l'exercice soit essentiellement satirique puisque ce système d'accumulation capitalistique propre au RPG est tourné en ridicule par les dialogues, les objets et les situations. À poursuivre donc, puisque le deuxième volume a d'ores et déjà été publié. Voici ensuite le nouveau Crumb paru chez le très recommandable éditeur Cornélius, dont on a déjà parlé par l'entremise d'une excellente BD de Daniel Clowes. Bon, je vais être tout à fait honnête : le style de Crumb, c'est pas ma grande passion. Des traits drus et secs qui rendent compte de la dégueulasserie du monde, dans un genre quasiment naturaliste et obsessionnellement centré sur les banlieues américaines les plus crades possibles, celles d'où il vient, laissant la part belle au texte autobiographique. En l'occurrence, Harv & Bob (), comme son titre l'indique, est un recueil des dessins réalisés par Robert Crumb à partir des scenarii de son ami Harvey Pekar, lequel s'y met volontiers en scène pour raconter des épisodes de son existence, souvent des morceaux assez banals et fades, et voulus comme tels. Je reconnais volontiers à Crumb une très belle qualité de dessin, quoi que ici très linéaire dans le style, et à Pekar une capacité à intéresser à partir de situations très intimes. Pour le dire autrement : c'est excellent, mais ça ne me secoue pas plus que ça.

 

À côté de ça, quelques BD pas mal. Libérale attitude (Pluttark)() a réussi à bien me faire marrer, sur le thème pourtant éculé, et déjà traité avec talent par de grands dessinateurs, des dérives du capitalisme. On est ici davantage dans du gag bien troussé que dans du frontal type Reiser, mais quelques essais touchent juste. L'absence de style graphique risque néanmoins de condamner l'auteur à l'anonymat. On a ensuite un gentil manga, Liar Game (Shinobu Kaitani)() de type "défi psychologique" dont le modèle serait Deathnote ou Doubt : une jeune fille naïve se trouve embrigadée malgré elle dans un jeu pervers et s'adjoint les services d'un as de l'arnaque. Derrière cette attaque maline, une fois de plus, du fric qui corrompt les individus, les oppose et empêche la solidarité, un découpage un peu trop rapide dont le bouclage "sériel" est trop visible : on sent qu'on nous balance l'idée en vitesse en attendant de voir si ça prend. L'énième série d'espionnage que je découvre aujourd'hui, Black op (signée Labiano et évidemment Desberg, impliqué dans toutes les séries de ce genre : IR$, Cassio, etc.)(), est la première qui parvient à vaguement m'intéresser, malgré un dessin inerte. Peut-être le scénario était-il simple et clair, pour une fois, ce qui a suffi à mon bref bonheur. Pas réussi par contre, et ce n'est pas une première, à entrer dans un comics pour sa part hyper alambiqué : The Losers (Andy Diggle & Jock)() a réussi à me perdre au beau milieu des foultitudes de personnages, d'onomatopées, de plongées et contre-plongées, de trahisons, d'implications politiques et stratégiques. Une profusion sensiblement diluée dans un dessin volontairement simplifié au niveau des textures, ce qui ne l'empêche pas d'être globalement laid. Pour être raccord avec le thème de cette semaine, il me semble néanmoins que le sous-texte est vaguement anti-gouvernemental américain, ou alors j'ai rien compris. C'est possible, d'ailleurs.

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