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" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

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Wunderbar (Wonderful – David Calvo, 2000)

 

 

Technique

Esthétique

Emotion ♦♦

Intellect 

 

 

Retour aux sources des éditions Bragelonne, suite et fin. À l'occasion des rééditions joliment présentées des ouvrages publiés lors de leur première année d'activité, je me refais un petit rafraîchissement de SF française. Je n'ai pas encore lu tout Calvo, écrivain un peu délétère que j'apprécie beaucoup, mais pas loin. À mon sens, David a atteint son summum avec Minuscules flocons de neige depuis dix minutes, ou encore avec sa nouvelle de Retour sur horizon coordonné par Serge Lehman (de mémoire, ça s'appelait je crois "Je vous prends tous un par un"). Wonderful est beaucoup moins réussi que ces textes plus récents. Pour autant, c'est un premier roman bien foutu qui porte déjà en substance un style Calvo, certes encore un peu lisse et inabouti.

 

La première chose à dire, c'est que je comprends mieux la petite mythologie qui a pu entourer David Calvo et Fabrice Colin à leurs débuts. À vos souhaits, massacré ici il y a peu, et Wonderful, publiés la même année chez le même éditeur, semblent incontestablement être les deux facettes d'une même sensibilité. La suite des carrières respectives des deux auteurs ont pourtant confirmé l'existence de deux styles complètement différents, mais en s'arrêtant à cette année 2000, une troublante confusion vient nécessairement à l'esprit. En effet, dans Wonderful, nous sommes encore à Londres, et encore à l'aube d'une apocalypse inéluctable : c'était le débarquement du Prince des ténèbres chez Colin, l'effondrement d'une Lune fractionnée chez Calvo. Pour schématiser, nous assistons à deux fins du monde cristallisées en un parcours initiatique, mais dans deux genres différents : la fantasy d'un côté, la science-fiction de l'autre. Encore plus troublant : les deux récits basculent sensiblement (et se rejoignent donc) dans un registre onirique au fur et à mesure de la progression de l'intrigue. En plus, les récits sont très similaires dans leur construction : alternance de points-de-vue (trois ou quatre maximum) de plus en plus resserrés, alternance rigoureuse de l'humour, de la narration et du poétique, croisement progressif des intrigues, etc.

 

D'un point de vue strictement formel, on constate même des défauts semblables : le trait (humoristique, dramatique, poétique) est un peu forcé par moments, et en dehors de ces quelques tentatives maladroites, on baigne dans une certaine platitude ambiante. L'écriture de Calvo, néanmoins, m'a paru de mieux en mieux tenue au fil du roman, parvenant à acquérir un début de maturité, une constance dans l'inventivité, au cours d'un dernier tiers d'ouvrage bellement mené. Ensuite, l'histoire m'a paru plus belle, plus poétique, quoi que par moments lourdement symbolique, dans Wonderful : cette fin du monde en marge d'une ambiance victorienne quasiment steampunk picote comme il faut. Dans la construction comme dans la présentation d'un bouleversement planétaire à l'aune de l'intime, on pense à du Robert Charles Wilson en moins crispé, moins sage. J'aurais plus de réserves concernant la solidité des personnages. À l'exception peut-être de Loom, personne principal et point-de-vue, les caractères sont dessinés au forceps à défaut d'une écriture suffisamment maîtrisée, je pense notamment au sempiternel duo de "méchants rigolos", Floatsam et Jetsam, qui ne m'ont jamais vraiment amusé. En toute partialité, je continue donc à considérer que le plus beau texte de David Calvo est celui sur le jeu qu'il a rédigé avec Fabrice Colin pour le Yellow Submarine n°134. Point barre, et j'assume.

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