Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le Massacre
  • Le Massacre
  • : " On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
  • Contact

Recherche

21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 19:39

Réunir le recueil de nouvelles Le Diable est au piano de Léo Henry (chez La Volte) et le film Les Amants passagers de Pedro Almodovar en un même texte me fait un peu le même effet que si j'écrivais une thèse sur l'intertextualité dans la fiction en basant toute ma démonstration sur la série Un, dos, tres. Mais on va faire avec.

 

 

http://www.lavolte.net/wp-content/uploads/LA-VOLTE-le-diable-est-au-piano-C11-565x768.jpg

 

 

 

 

Technique 

Esthétique 

Emotion 

Intellect  

(le point en moins sur l'émotion, c'est pour une petite poignée de nouvelles qui m'ont un peu moins captivées)

 

Sur les vingt nouvelles, neuf ne sont pas inédites, mais à part les deux publiées dans Fiction et celle dans l'anthologie de Serge Lehman Retour sur l'horizon chez "Lunes d'encre", je ne les connaissais pas. Fort bien, donc. J'étais tout à fait prêt et idéalement frétillant au moment d'aborder ce recueil.

 

Quelle claque !

 

Léo Henry est actuellement mon auteur de langue française préféré. Tout simplement. Ce type écrit comme un dieu. Un dieu malade, une ombre dépressive qui traverse un champ éthylique, mais un dieu tout de même. À la limite il n' y aurait pas grand chose à ajouter. D'ailleurs je ne vais pas ajouter grand chose. Disons simplement que, comme rappelé par l'anthologiste Richard Comballot en fin de volume, il y a trois parties en icelui. D'abord des nouvelles qui s'amusent avec l'histoire et la fiction, qui mélangent avec bonheur des personnages réels souvent écrivains avec des personnages de fiction, en une manière de cross-over. Ou de convocation magique. Cela peut évoquer une forme de novellisation, mais dont l'écriture aurait été terriblement soignée et la cohérence surveillée. "Révélations du prince du Feu", qui ouvre le bal, est une merveille favellesque forgeant une amitié samba entre Corto Maltese et Blaise Cendrars. "Quand j'ai voulu ôter le masque, il collait à mon visage" prend la forme d'un essai littéraire cuisiné à l'ésotérique, qui démontre la parenté mystique entre Poe et Pessoa. "Je suis de mon enfance comme d'un pays", un peu mineure, fouille les sources du petit personnage fourailleur de volcans qui allait transformer la littérature jeunesse par l'entremise d'un pilote surnommé Saint-Ex. Je n'ai rien compris à "L'invention de Guthmann". "Indiana Jones et la phalange du Troisième Secret", où le fouetteur de serpents fait équipe avec Orwell période espagnole, est un pur délire caricatural et anxiolytique. "Kiss kiss bang bang", un équivalent bondien, très bien aussi. "Fragments retrouvés dans une poubelle..." est le premier véritable retour de gifle depuis la première nouvelle, du génie en brouillon avec un modus operandi style work in progress doublé de renversement de situation, triplé de pastiche kafkaïen dont le chef d'oeuvre La Métamorphose se trouve être à la fois sujet et objet du texte. Vous n'avez rien compris à cette phrase, mais retenez juste que c'est brillant.

 

On attaque ensuite une partie un peu plus ingrate, débarrassée de références, un peu brute, des textes courts, avec une idée directrice très nette, du fantastique intersticiel, une écriture moins limpide. "Un festin de pierre", c'est beau. "Soixante dix-huit pin-up", ma petite chouchou du recueil. "À bord du Gergelim" une courte scène de thriller qui, en dix pages, vaut sans doute mieux que tout Tom Clancy et Dean Koontz réunis. "Nataraja" est peut-être la seule du bouquin que j'ai survolée. Pas accroché par l'ambiance mystico-hindoue. "L'Envers du diable" est une assez jolie parabole sur l'acte créatif, on dirait un peu du Stephen King bien écrit, la construction de l'intrigue m'a rappelé La Peau sur les os ou un vieux film de Tourneur dont je ne sais plus le titre. "Arbre sec, arbre seul", mouai, on dirait du Calvo mais mois bien. "Le supplément au Bibliophage" semble être, je ne saurais dire pourquoi (les dessins d'accompagnement ?) la plus ambitieuse du recueil, c'est beau, c'est borgésien, mais je sais pas, il m'a manqué quelque chose, du liant, un peu de roquette dans le hamburger. Ensuite, bon, on la connaît, elle a déjà été suffisamment récompensée, adulée, "Les Trois livres qu'Absalon Nathan n'écrira jamais" est un putain de chef d'oeuvre, c'est le plus beau pastiche de Borgès que j'ai lu de ma vie. Et je vous prie de croire que j'aime Borgès.

 

C'est ensuite qu'on attaque une ultime partie un peu plus prospective, on y retrouve du Yama Loka Terminus, mais aussi et surtout du Rouge Gueule de bois, du futur moche et sale, une écriture sèche et évasive. Bon, d'abord, "Goudron mouillé, prière dérisoire", ne se cache pas de plonger en plein Yirminadingrad (la ville de Yama Loka, suivez un peu bordel) en compagnie du défunt Jacques Mucchielli, coauteur de ce livre merveilleux. Un texte bouleversant, mais peut-être qu'un néo-lecteur de Léo Henry s'en foutra. Puis les quatre dernières, je suis passé un peu plus vite, c'est pas ce que je préfère du sieur Henry, ces mots barbelés parcourus d'argot fantasmé, je le préfère limpide à la belle écriture discrète, c'est comme ça. Une tendresse particulière, néanmoins, pour "Sur le chemin du retour", une sorte de suite possible ou probable au film Jarhead, une histoire de guerre absurde car adolescente.

 

J'aime pas faire mon prescripteur, mais pour conclure je ne peux que dire : lisez ceci, mes bons amis.

 

 

http://fr.web.img5.acsta.net/r_160_240/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/95/27/47/20467504.jpg

 

 

 

Technique ♦♦♦

Esthétique ♦♦♦

Emotion ♦♦

Intellect  ♦♦

 

Bon et puis deux mots, mais vraiment deux, sur le dernier Almodovar. Je ne suis pas un grand amateur du movidesque espagnol, et ce n'est pas Les Amants passagers qui arrangera mon kharma. C'est une sympathique comédie dans un esprit proche de Femmes au bord de la crise de nerf mais en moins bien, donc un huis-clos dans un avion qui subit une avarie, bonne excuse pour le croisement d'une dizaine de personnages et la mise en place d'une ambiance burlesque à souhaits.

 

L'idée, c'est que tout le monde picole, gobe et nique un maximum entre des interminables tunnels de dialogues en champ/contrechamp, quelques échappées en extérieur pour de brefs intermèdes psychiatriques dont on a rien à péter. Il y a quelques jolis plans par ci par là, quelques rires sporadiques, une super chorégraphie sur I'm so excited. Et au moins un acteur fantastique à sauver, Javier Camara. Et un sosie de Luis Figo. Voilà voilà.

Partager cet article

Repost 0
Published by Nico
commenter cet article

commentaires

Cachou 25/04/2013 19:30

Si si, c'est fait ici ^_^: http://www.les-lectures-de-cachou.com/le-diable-est-au-piano-leo-henry/

Nico 25/04/2013 11:12

Tu n'a pas encore parlé de ce bouquin sur ton blog non ? C'est pour quand ? Hâte de voir ce que tu en as pensé.

Cachou 23/04/2013 20:29

"Un texte bouleversant, mais peut-être qu'un néo-lecteur de Léo Henry s'en foutra"
Nan nan, pas du tout, c'était mon premier Léo Henry, je ne connaissais l'autre auteur que de nom et pourtant j'ai été profondément émue par cette nouvelle. Qui m'a empêché de pouvoir plonger dans
les textes la suivant d'ailleurs...