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  • : " On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 21:01
http://media.paperblog.fr/i/87/878716/yama-loka-terminus-L-2.jpeg

Technique 

Esthétique 

Emotion 

Intellect   

 


Ayant quasiment terminé d'écrire le formidable volume consacré au polar provençal pour les Moutons électriques (vous aurez le plaisir intense de le voir par milliers sur les tables des libraires en juin prochain), je retrouve du temps de cerveau disponible, et par voie de conséquence, des lectures pour le plaisir. J'avais justement avisé il y a quelques semaines un semi-poche dans un bac de soldés, et l'avais acheté aussitôt : c'est qu'il s'agit du meilleur recueil de nouvelles que j'avais lu ces dernières années tout simplement, j'ai nommé Yama Loka Terminus de Léo Henry et Jacques Mucchielli, paru chez les défuntes éditions L'Altiplano. L'occasion de le posséder enfin, et de le relire, était rêvée. Eh bien ça y est, c'est fait, et quelle (re-)claque !

 

Quelques mots donc sur ce formidable recueil de nouvelles. Le principe est simple : soit Yirminadingrad, ville imaginaire d'Europe de l'Est que nous allons explorer au moyen de plusieurs récits aux orientations narratives très diverses. Ces récits, mis bout à bout, forment une vision globale de la ville, explorée comme par une multitude de facettes. L'exercice n'est pas vraiment neuf, on a pu le voir à l'oeuvre par exemple dans La Cité des Saints et des fous de Jeff Vendermeer, ou encore de manière différente dans les Écrits fantômes de David Mitchell (rappelons pour la forme qu'il s'agit du meilleur texte écrit dans la galaxie depuis un grosse décennie).

 

Yama Loka, première chose, est fabuleusement écrit. Il y a un sens du rythme dans l'écriture, une capacité à varier les sonorités et brasser les émotions, qui donne une assise esthétique assez éblouissante. Ensuite et surtout, Henry et Mucchielli prouvent en 21 nouvelles (oups, pardon, trois fois sept) et autant de pistes explorées qu'il est interdit, de nos jours, pour un écrivain, de ne pas inventer de processus narratifs nouveaux : à chaque récit, ils créent un décalage, une variation dans le point de vue, un principe narratif, que sais-je encore, qui vient bouleverser la façon de raconter une histoire. Au bout de dix nouvelles, on se dit qu'ils ont épuisé les possibilités, qu'ils ne vont plus pouvoir se renouveler, mais si ! ça ne s'arrêtera jamais jusqu'à la fin, c'est une véritable explosion du modus operandi. Jugez plutôt : on va expérimenter le "point de vue multiple interne" (un récit avec plusieurs narrateurs dans un seul personnage), le récit en trois colonnes (une première pour la narration "objective", une seconde pour les dialogues, une troisième pour le discours indirect libre : de façon surprenante, ça fonctionne très bien, bon certes sur un court texte), les points de vue alternés avec points de rencontre, j'en passe énormément bien sûr car je ne vais pas tout décrire et vous laisser le plaisir de la découverte. Sachez juste que les deux auteurs trouvent des directions insoupçonnées, explosent les possibilités classiques.

 

Et tout ça au service d'un propos intéressant. Non pas parce que la ville de Yirminadingrad est prétexte à faire passer des "messâââges" mais parce que cette cité décrépite synthétise l'esthétique de l'urbanisme moderne, charriant la modernité sociale, architecturale, politique, philosophique qui la caractérisent. Je serais un tantinet plus circonspect quant à la dimension émotionnelle, qui réside dans des figures, des personnages, héritiers directs des anti-héros post-modernes, ce qui aurait tendance à globalement me gonfler un peu parce que ce type de littérature me semble un peu mort depuis les années 2000 (j'ai pourtant beaucoup de plaisir à lire des maîtres du genre, disons Chuck Palahniuk pour ne citer que lui). Tout ceci, bien sûr, n'occulte pas le fait que Yama Loka est un putain de grand bouquin, et si j'ai déjà eu l'occasion de dire du bien de Léo Henry à propos de sa nouvelle dans Escales sur horizon, j'attends avec impatience de lire ses prochaines oeuvres.

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Published by Nico - dans Du papier
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commentaires

nathalie 13/03/2010 20:40


en tout cas la couverture est sympathique !