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  • : " On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 19:33

http://www.lyricis.fr/wp-content/uploads/2012/01/Chronicle-Affiche-France.jpg

 

 

 

 

Technique ♦♦

Esthétique ♦♦♦

Emotion 

Intellect  ♦♦♦

 

 

 

L'inextinguible Mika, dit "homme de mélisse", sis près d'un barbecue à Gardanne, m'a passé un film en DVD pour que je lui dise ce que j'en pense. Me voilà partagé entre l'envie d'arborer un sourire courtois et la nécessité de rendre compte avec l'objectivité qui caractérise Le Massacre (i.e. une objectivité subjective) des défauts qui émaillent le métrage. Je pourrais faire simple avec la sentance suivante : Chronicle, c'est une excellente idée de départ seulement effleurée par le cinéaste (Josh Trank, que je ne connais absolument pas). Mais détaillons.

 

Un ado américain solitaire, étouffé par l'autorité d'un père chômeur et la maladie de sa mère, se rend à une teenage party débile, traîné là par son cousin. Ce dernier, accompagné d'un troisième larron – most popular guy du lycée, mais noir, si si ça existe – découvre un trou étrange pratiqué dans le sol à quelques encamblures de la festive baraque. Les trois descendent dans le trou et sont ébaubis d'y découvrir des cristaux luminescents qui semblent palpiter d'un pouvoir biologique... pouvoir qui va les contaminer.

 

 

http://www.kungfu-fans.com/wp-content/uploads/2012/02/Watch-Chronicle-2012-Online-DVD.jpg

 

 

Sur ce, cut, car il faut le préciser, tout a été filmé caméra épaule par l'ado solitaire, qui trimballe son appareil partout. Dès le début, on sait donc dans quelle branche cinématographique on se trouve : c'est celle de la "fiction amateur" comme j'aimerais l'appeler. Oh bien sûr, ça commence à dater : de Blair Witch à Paranormal Activity pour le film d'horreur, de Diary of the dead à Rec pour le film de zombies. Sauf que là, c'est le super-pouvoir qui est filmé avec ce réalisme de caméra DV, cet amateurisme, cette posture étonnante du cameraman comme personnage de l'intrigue. C'est ce qui différencie cette forme très moderne de ce qu'a pu faire Greengrass dans Bloody Sunday par exemple, où la caméra est certes "flottante", "documentaire", "portée", mais sans que le cadreur soit identifié : elle reste anonyme.

 

Ici non : il est bien clair que le principal "réalisateur diégétique" est l'ado timide (même s'il y aura des exceptions, des points de vue divergeants, que rien n'explicitera à aucun moment ; mais après tout tant mieux, au moins le film ne commet pas l'erreur fatale de Paranormal Activity ). Après le cut susmentionné, il va commencer à filmer ses exploits ainsi que ceux de ses deux potes – principalement de la télékinésie, qui deviendra de plus en plus effrayante à mesure qu'ils s'exercent et exploitent leur talent dans divers domaines. Très vite, il ne lâche plus sa caméra et inaugure la très bonne idée du film : il se sert de son pouvoir télékinésique pour porter à distance la caméra et ainsi effectuer en permanence des prises de vue audacieuses, surtout des plongées, des flottements rotatifs, des angles improbables (au-dessus du vide...). Ainsi la réalisation nécessairement tremblante ou figée de la fiction amateur peut-elle proposer une palette beaucoup plus complète par la grâce d'un élément du scénario. Très, très futé.

 

 

http://www.cineaddict.fr/wp-content/uploads/2012/07/Chronicle.jpg

"Et il trouva enfin sa voie... concasseur."

 

 

Mais ce qu'il y a de terrible, c'est que le cinéaste ne va pas faire grand chose de son excellent principe narratif. Soyons honnêtes : il est très sympathique, parfois spectaculaire, souvent rigolo, de voir ces trois ados découvrir les nouvelles applications potentielles de leur pouvoir, d'autant que les effets spéciaux sont parfaitement intégrés dans les imperfections techniques de la caméra DV, mais ce que je regrette, c'est que sur un film aussi court (1h15) l'auteur ménage une grosse moitié de déblatérations adolescentes sans grand intérêt. Parce que le fond n'apporte rien à la question du pouvoir : n'importe quel épisode de Spiderman le fait aussi bien, et un film que j'ai revu récemment,  Les Indestructibles, le fait même cent fois mieux. Ne reste donc qu'un scénario moyen, une image fatalement atone, mais un très bon quart d'heure d'action lors duquel l'idée de réalisation est démultipliée par les points de vue innombrables de la sphère privée interconnectée (smartphones et caméras d'individus disséminés autour de l'action, aux images montées après coup – là encore, aucune explication de qui réalise le montage mais tant mieux), et un plan final baclé.

 

J'exagère un peu en disant qu'il n'y a rien d'autre. Franchement, il y a de belles petites idées de mise en scène un peu tout le temps (la première scène où l'on voit le pouvoir, la première scène de vol...), mais ça reste au stade du gadget. Ce film méritait un développement beaucoup plus important, une esthétique plus travaillée et des personnages plus cohérents – parce que là, il faut reconnaître qu'on a parfois du mal à les suivre, sans parler des personnages secondaires dont l'utilité accessoire est trop flagrante. Chronicle ne peut pas être un modèle ou parangon parce qu'il est devancé par Blair Witch de quinze ans, mais au moins, il aurait pu avoir l'ambition d'être un des meilleurs films récents de science-fiction – ce qu'il ne fait qu'effleurer. 

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