" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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Technique ♦♦♦♦
Esthétique ♦♦♦♦
Emotion ♦♦♦♦
Intellect ♦♦♦♦
Non, la petite expédition Blair Witch ne fut pas la seule à filmer du paranormal en caméra amateur à l'épaule. Un jeune couple sympathique (encore que...), composé d'un trader et d'une étudiante, installés dans une chouette maison de banlieue américaine, se met en tête (surtout lui) de capturer sur image les phénomènes étranges qui ne manquent pas d'égayer la vie quotidienne de la jeune fille, encombrée d'un démon depuis ses huit ans. Nous spectateurs, regardons le montage final gracieusement offert par la police de San Diego, qui va restituer l'invraisemblable escalade de violence que constitue l'affrontement entre les jouvenceaux et leur bête noire.
Par le seul carton qui constitue la première image du film ("La police de San Diego vous montre le montage des images filmées...", etc.), la crédibilité est déjà absente. Comment croire une seconde que les flics allaient gentiment montrer toutes les images de l'activité paranormale, gracieusement montées et enrobées de fondus enchaînés, fondus au noir et passages en accéléré ? L'intention ne tient pas debout, et la tentative d'immersion sonne immédiatement factice. Qui pis est, elle est contredite d'entrée par le plan-séquence d'exposition, où le jeune homme nous explique maladroitement les enjeux de son investissement (il a acheté une chouette caméra avec lampe et surtout un puissant micro) et leur raison (balancer sur le net tout phénomène avéré, ce qui va largement dépasser ses espérances puisque la "créature" va prendre cet objet comme une provocation, un défi). La publication d'événements transcendants obsède le garçon ; la fille, elle, est plus réticente, elle cherche surtout à se convaincre du bien-fondé de ses intuitions. Nous, spectateurs, trop conscients – à cause du bête carton au début – d'être face à une fiction tournée comme un film de vacances, n'assistons finalement qu'à de très longs dialogues et, du fait-même de la parcimonie des moyens techniques, à une absence presque totale de mise en scène.
"Et là, juste à côté d'elle, l'effrayant démon-coussin la toise d'un air narquois..."
Non allez, je suis méchant. En fait, il y a une bonne idée : c'est la caméra montée sur trépied la nuit avec l'heure affichée en bas à droite ; accélérés au besoin, ces plans constituent un champ de possibilités de surgissement étendu. Peu exploité, malheureusement. Mais revenons au début : dès le premier plan-séquence, le film (par le biais du personnage du jeune trader) nous expose par avance le spectacle proposé – on sait à quoi l'on va assister, dès lors qu'on est au courant de tout l'appareillage mis à notre disposition, c'est à dire pas grand chose. Après, il est évident que le sujet du film n'est pas l'activité paranormale, puisque celle-ci est traitée de manière exactement semblable dans quantité d'autres films (jeu entre les étages, prégnance du hors-champs, utilisation des éclairages et des zones d'ombre, etc.), mais plutôt son mode de réalisation : Oren Peli veut prouver que la mise en place d'une narration n'est pas dépendante des moyens employés. C'est vrai : avec une baraque, quatre acteurs (sans compter le démon, haha), deux portes qui claquent et une photo brûlée, on peut faire un film. Mais le "faire" est-il vraiment l'intérêt, ou est-ce plutôt le résultat qui compte ?
De ce point de vue, Paranormal Activity fait pâle figure par rapport aux autres tentatives semblables que l'on a déjà vues, soit dans le sens du dénuement matériel (on peut ranger là quantité de films de série B des années 1940 à 1970, et parmi eux des chefs d'oeuvre, songeons simplement à Jacques Tourneur ou Massacre à la tronçonneuse), soit dans le sens du docu-fiction à tendance fantastique (Blair Witch bien sûr, mais encore Diary of the dead de Romero). Blair Witch constituait une oeuvre semblable, et résolument emblématique pour Peli, mais réussissait mieux son coup, parce que la dimension esthétique, par l'entremise notamment du décor naturel, et la mise en scène, grâce à la sensation de perte en forêt, étaient bien plus convaincantes. Paranormal Activity se fait visiblement un devoir de "faire mieux", en termes de rentabilité (ah ça c'est sûr qu'il a pas coûté cher le tournage), mais il aurait fallu "faire mieux", si tant est que ça ait du sens, en termes de fluidité narrative (ce qui manquait à Blair Witch) ou d'originalité des idées. Le pire, on l'a dit, c'est que le film n'est pas crédible dès le premier plan. Il le sera encore moins lors du dernier lorsque la fille, enfin possédée (il était temps), se jette non pas sur le corps de son cher et tendre, mais sur la caméra, autrement dit sur nous, notre point de vue. Mais pourquoi ? Stupide ! C'est un effet hyper facile, classique du cinéma d'horreur, qui cherche à nous tirer les quelques frissons qu'on a pas réussi à avoir dans l'heure et demi précédente ; et pire, ce plan clôt le film en accentuant son côté factice et artificiel, alors que honnêtement, y avait pas besoin : dès sa note d'intention, on le rappelle, le film nous serine avec acharnement qu'on peut faire une fiction avec trois fois rien. Mais avec son incipit et sa clôture, il nous sort de la fiction à cause d'effets primaires qui brisent le processus de "suspension d'incrédulité" (le processus qui fait que l'on "prête" notre croyance en la fiction pendant le temps de sa lecture). Ne restent que portes qui claquent et couvertures qui se retroussent, avec grand talent il est vrai.