Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

Publicité

Beuaaaargl (Jusqu'en enfer - Sam Raimi)

 

Technique ♦♦

Esthétique

Emotion

Intellect 

Moi et ma douce projetions de longue date une sortie au ciné dans un bon gros complexe multi-polarisé pour avoir la joie de nous asseoir dans des grandes salles climatisées avec plein de fauteuils, une énorme boisson et un gros pop-corn qui crisse sous les dents. Le mieux, c'était alors d'aller y voir un bon blockbuster avec une affiche mochissime et la promesse de plein de frissons diaboliques. L'évidence ramène son gros cul : nous irons voir Jusqu'en enfer, en bon anglais Drag me to hell (joignez-vous à moi pour assassiner les types dont le boulot est de rendre moche les titres traduits en français, pour les films aussi bien que pour les bouquins), de Sam Raimi.
 
Alison Lohman, qu'on a déjà vu dans Big Fish (elle jouait la meuf de Ewan McGregor), est une jeune employée de banque tout ce qu'il y a de mignonette. En plus, elle a un mec sympa qui collectionne des pièces, une jolie maison de banlieue comme il y en a dans environ neuf films américains sur dix. Seul bémol : au boulot, elle n'entre pas vraiment dans les petits papiers de son boss, qui lui préfère un vil chinois pour le poste convoité d'assistant de direction (oui il n'y a que deux employés dans la banque), tout ça parce qu'elle n'est pas assez agressive avec les clients. Justement, un jour se pointe une vieille roumaine (enfin je crois qu'elle est roumaine) en irrégularité grave avec la banque : elle a dû contracter trop de prêts, ou mal les rembourser, en plus elle est borgne et moche avec un dentier sorti d'un musée des atrocités, enfin bref on va lui confisquer sa maison. Alison, qui s'appelle en fait Christine dans le film, a bien compris qu'il lui fallait être inflexible si elle veut emprunter l'échelle du succès hiérarchique. Donc elle ne cille pas et lui refuse toute aide. Mal lui en prendra, car comme toutes les vieilles roumaines, la vieille roumaine lui jette un sort.
 

  

Au fond je suis sûr qu'elle est très gentille.

 

Enfin bref, vous avez pigé la ficelle : Christine est maudite et des trucs bizarres se manifestent autour d'elle. Pendant tout le film d'ailleurs, les ficelles vont rester très grosse. Drag me to hell est un film qu'on pourrait dire de sursaut plus qu'un film d'horreur : un gros visage baveux surgit dans le champ, après que son apparition ait été préparée pendant une bonne grosse minute par un regard évocateur de l'actrice vers le contrechamp, puis donc un gros bruitage vous explose à la gueule (en plus le son dans la salle était horriblement fort) tandis qu'une bouche mal dentée grimace tout ce qu'elle sait grimacer, souvent dans un nimbe numérique très laid, comme le sont tous les effets spéciaux du film. C'est le même truc environ trente fois dans le film, sans presque de variations, à part quelques emprunts pas très heureux à L'Exorciste. Du reste, Raimi de nous laisse quasiment aucun répit : les scènes de respiration, si essentielles dans les films d'épouvante, celles qui permettent de préparer lentement la montée de la tension, sont ici expédiées pour laisser la place à un incessant concours de sursauts qui se succèdent comme un long hoquet. Tout est déjà, pour ainsi dire, contenu dans la toute première scène, en forme de flashback de tout le reste de l'histoire, et qui finalement ne sert à rien, ou presque, sauf balancer de l'effet spécial bien gras.
 
Pour autant, Raimi réussit à nous embarquer de A à Z précisément où il veut, et Drag me to hell est en ce sens un vrai tour de force. Ne pas oublier bien sûr d'où vient le bonhomme : Evil Dead, le gore dégoulinant. Ici, ça ne commence pourtant pas du tout comme ça : cadrage très sage plein de plans américains et gros, montage discret, extérieurs pastels tout gentiment éclairés, intérieurs lisses de la banque : on est en plein film de "terreur" pour fifille du genre "oh mon Dieu, le Diable est dans ma culotte". Bref, du grand public, du série A avec son scénario calibré et ses flammes et démons vite torchés sous Photoshop.
 
Sauf que, oui sauf que, nous voilà finalement pris à la gorge par une scène de bagarre dans une bagnole étonnamment iconoclaste et violente, alors qu'on attendait un climax un peu plus tard. Mais non, comme je l'ai dit, Raimi ne laisse pas de répit : avec en tout et pour tout quatre décors, oui quatre, dans tout le film, l'horreur ne s'arrêtera quasiment jamais, et les prémices de petites musiques angoissantes retentiront toutes les trois minutes chrono. Mais surtout, le film est de plus en plus trash, de plus en plus drôle (la scène de spiritisme avec la gueule de la chèvre posée sur la table, non mais franchement c'est trop), de plus en plus imprévisible, et la mise en scène de même : nous avons pourtant été "prévenus" par cette mouche grossièrement numérisée qui s'est "posée" sur l'objectif de la caméra : un premier clin d'oeil qui annonce un basculement progressif et très calculé, très malicieux, vers des plans obliques, de la profondeur de champ, de l'image floue : en bref, de l'invention, du débridé, de la série B !! Il y a d'ailleurs une très jolie succession de plans de plus en plus rapprochés sur le visage tremblant de l'actrice, comme dans Les Dents de la Mer.

 

 
Candy au pays de Carrie.

D'ailleurs, pour en rajouter une couche, le scénario de Drag me to hell ressemble beaucoup à celui d'un film de Jacques Tourneur dont je ne sais plus le titre mais où il était question d'une malédiction qui se transmettait par un morceau de parchemin (tout lecteur qui m'enverra le titre de ce film gagnera un schweppes agrumes gratuit). Jacques Tourneur, le chantre de la série B, celui-là même qui tournait ses film fantastiques avec les bouts de décors des gros budgets hollywoodiens. Tout est lié : Raimi s'est amusé à tracer une grosse fausse piste avec son actrice poupinne qui se transforme en même temps que le film part en roue libre. La scène vers la fin où Christine parvient jusqu'à un cimetière en carton-pâte (qui s'appelle Darkwood ou un truc dans le genre), puis s'enfonce dans la boue en creusant pour déterrer une tombe, c'est de l'or en barre : du fantasme masculin avec nichons qui saillent, de l'horreur en plastique avec un cadavre à la rigidité étudiée. Bref, mon avis c'est que Raimi se "rachète" de la trilogie arachnéenne souvent très putassière qu'il vient de livrer (gros succès public, énormes blockbuster, tout ça), en attirant dans la salle les amateurs de Spiderman pour finalement leur servir, au fur et à mesure de la projection, un basculement total vers sa première amour : le gore de série B, un petit film d'horreur qui devient subitement sympathique avec sa façon de quitter un académisme (celui du gros budget) pour en gagner un autre (celui des mécanisme éprouvés de la série B d'horreur).
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
F
sinon, l'affiche est tout de même toute pourrite... mais la fin est vrai simpa enfin pas pour tout le monde.
Répondre
N
Oui ! C'est bien ça : "night of the deamon" ! Pour la récompense, non : c'est schweppes agrumes ou rien.
Répondre
O
J'apprécie pas pas particulièrement le schwepps, en revanche je kiffe les devinettes. En ce qui concernce Jacques Tourneur, "Rendez vous avec la peur" me semble convenir. Enfin, moi, j'dis ça...
Répondre
O
J'apprécie pas pas particulièrement le schwepps, en revanche je kiffe les devinettes. En ce qui concernce Jacques Tourneur, "Rendez vous avec la peur" me semble convenir. Enfin, moi, j'dis ça...
Répondre