" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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Retour à la réalité lors de cette cession BD globalement très mauvaise, mais assortie de deux pépites néanmoins. On va encore dire que c'est par pure provocation, mais c'est encore un titre sur le foot qui remporte la BD de la semaine. Que voulez-vous, Football dans l'ombre des étoiles (Pauwels, Dufranne & Noé, Soleil, T1)(♦♦♦♦) est objectivement meilleure que les autres. Trois footballeurs professionnels se trouvent mêlés à une action de jeu particulièrement violente : un défenseur serbe, un gardien français et un milieu de terrain argentin. Ce sera l'occasion, en flashback et selon une alternance de trois ou quatre planches chacun, de revenir sur leurs carrières depuis leur club formateur jusqu'à ce moment précis (on ne saura le dénouement que lors du troisième et dernier tome). Le dessin est pas dégueu, dans un style réaliste, et surtout l'idée est brillante, qui consiste à montrer des destins de sportifs extrêmement différents et pourtant interconnectés par les dessous du business et la violence globale qui entoure le jeu. À défaut d'être formellement renversant, ce premier tome sonne juste et passionnera notamment les footeux. Tout aussi bon mais avec moins de foot dedans (donc moins intéressant par la force des choses), L'île aux cent mille morts (Jason & Vehlmann, Glénat)(♦♦♦♦) est une chouette réussite, narrant l'aventure d'une jeune fille pragmatique partie à la recherche de son père disparu et échouant sur une île où une école forme des bourreaux ! Tout est extrêmement stylisé, du dessin aux grands à-plats de couleurs jusqu'au découpage ultra-linéaire, figeant neuf cases égales par planche et ménageant une chute ou un gag dans chaque dernière case. De la bonne BD simple et rigolote comme on les aime.
Ensuite, euh, ouhlala. Sherman (T1 et 2, Griffo & Desberg)(♦♦♦♦), série lancée par le Lombard (il y aura six tomes en tout) en grande pompe comme une sorte de "classique instantané", avec de très belles couvertures certes, ne parvient qu'à être un énième polar naturaliste moderne, prenant place dans l'Amérique d'avant-guerre. Intrigues politiques et familiales sont au menu d'un scénario déjà vu mille fois, et seule l'ambiance assez particulière (du film noir avec des couleurs chaudes pourrait-on dire) présente un quelconque intérêt. Ensuite, film apprécié oblige, je me suis penché sur la BD du Green Hornet (Kevin Smith, Panini)(♦♦♦♦). L'occasion de découvrir une histoire et une tonalité totalement différentes de l'adaptation de Gondry, et un résultat qui, au final, est parfaitement efficace et honnête, mais aussi parfaitement convenu.
Pour finir deux horreurs du neuvième art qui vous convaincrons, j'espère, que l'on est parfois mieux chez soi à nourrir son chat que chez son libraire préféré. Le Chant d'Excalibur (Arleston & Hubsch, Soleil)(♦♦♦♦) est la 3012e variation de fantasy sur la légende de la Table Ronde, et autant dire qu'on ne s'est pas foulé côté scénario chez M. Arleston : prenez une nana jolie mais farouche, une quête, une épée légendaire, des ennemis et des personnages rigolos, pouf, emballez, vous avez une nouvelle série chez Soleil. Le dessin est d'une laideur époustouflante, à peu près au niveau des illustrations qu'on trouve dans les fascicules thématiques chez les marchands de journaux, du type "Une journée au Moyen-Âge pour 2,90 euros". Quant à Elementr (Mayen, Bouveret & Tribout, Vents d'Ouest)(♦♦♦♦), il devrait convaincre Vents d'Ouest de ne pas se lancer dans le manga, visiblement ce n'est pas du tout leur truc, il faut continuer à faire des machins d'humour pas drôle pour offrir à nos grands-parents les gars. Réalisé par trois français, ce premier tome témoigne d'une maîtrise dans l'indigence que même la pléthore de shonen contemporains qui sortent toutes les semaines ne peuvent lui contester. Le dessin est d'une intolérable laideur, scolaire, sans nuances ni élégance, la narration barbante au possible avec un découpage souvent très mal maîtrisé, le tout au service d'une histoire d'aventure fantastique encore totalement aseptisée. Tous les clichés qui rendent 90 % des parutions de nouveaux manga imbitables sont également au rendez-vous. À vouloir reprendre tous les ingrédients du shonen moderne (et laissez-moi vous dire que ce n'est pas une garantie de qualité), mais en ne retenant que la partie purement théorique du travail, et sans même disposer de la maîtrise technique nécessaire pour ce type de produit déjà sans intérêt, nos trois auteurs hexagonaux ne pouvaient obtenir que cette soupe malodorante. Lisez plutôt Pluto, vous verrez la différence.