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" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

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Semaine logique en BD (août 2010)

 

 

 

 

La chaleur accable, la lourdeur s'abat, les BD meurent. Le mois d'août, c'est vraiment la faible saison pour l'art séquentiel imprimé, et qu'il est difficile alors de faire preuve d'un quelconque enthousiasme. Pourtant, c'est dans une insubmersible bonne humeur que je sélectionnai quelques volumes, faisant appel à ma raison plutôt qu'à des débordements absents. Ainsi, pas de comics, beaucoup de manga, et quelques déceptions.

 

Pour d'authentiques raisons patrimoniales, c'est Le Roi Léo (Osamu Tezuka)(), réédité chez Kaze, qui sera distingué en tête d'affiche. Tout premier "story-manga" de l'histoire, c'est-à-dire avec un héros récurrent, paru pour la première fois en 1951, Junguru Taitei – titre original – jette les premières lignes de la révolution tezukienne d'après-guerre dans la BD nippone. Découpage cinématographique, utilisation d'une échelle de plans particulièrement radicale héritée des salles obscures, influencée par Disney (qui lui en sera fort redevable par la suite, ne serait-ce qu'avec le long-métrage Le Roi Lion) mais aussi – c'est ici criant dans certaines cases – par Tex Avery, cette oeuvre transpire d'inventivité et par moments de beauté, surtout au niveau du dessin des personnages animaux. Pour autant, elle n'est pas renversante non plus : le propos est assez niais, tout comme la présentation des péripéties, on baigne en pleine imagerie colonialiste et le scénario navigue à vue. Quelques images détonnent néanmoins et préparent au grand "style Tezuka" : on est ainsi surpris de voir des personnages mourir violemment, ou encore le jeune Léo revêtu pendant tout un épisode de la dépouille de son défunt père !

 

Toujours dans le manga, quelques sympathiques découvertes : les deux premiers tomes de Bakuman (Tsugumi Oba & Takeshi Obata)(), signé par les auteurs de la très bonne série Deathnote, parangon du manga que l'on pourrait qualifier "de défi psychologique" ou "de thriller ludique". Ici, rien à voir, on a une belle originalité sur le pitch : c'est un manga sur les manga. Pour être exact, c'est l'histoire de deux collégiens qui décident pour diverses raisons de réaliser le meilleur manga possible. Non dénué d'une composante shojo-teen un peu chiante, avec amourettes et vie lycéenne, Bakuman est néanmoins passionnant dans l'optique d'une meilleure compréhension des coulisses de la création de bandes dessinées au Japon. L'intrigue est classiquement construite sur le modèle du shonen (avec apprentissage par étapes, progression, obstacles) mais avec une transposition audacieuse à l'univers de la création artistique et les enjeux qui la sous-tendent (place du lectorat, pression éditoriale, etc.).

Encore deux premiers tomes, mais d'un grand classique cette fois-ci : Battle Royale (Masayuki Taguchi & Kouchun Takami, auteur du roman éponyme et antérieur, publié en France chez Calmann-Levy)(). Si vous avez vu le film, vous connaissez l'histoire par coeur, et je vous renvoie à la chronique de ce dernier pour en prendre connaissance. L'adaptation est plutôt réussie et fidèle, avec un dessin parfois efficace, en tout cas toujours spectaculaire, versant volontiers dans le gore le plus abject, parti pris qui aura ses détracteurs et ses adeptes. Personnellement, je m'en fous, et je trouve surtout la mise en scène réussie, sans rien de vraiment inventif toutefois. N'oublions pas, en tout cas, quelle incroyable fiction a inventée Takami, en ce qui me concerne une des plus belles idées de SF des années 1990.

 

La BD européenne n'est pas en reste, ne vous inquiétez pas. Elle débarque de Grèce sous la forme de Logicomix (Alecos Papadatos & Apostolos Doxiadis)(), qui doit bien être la première fiction grecque que j'ai jamais lues. Multiplement porté aux nues par des critiques de tous les continents, genre le New York Times ou d'autres trucs très sérieux, Logicomix relate en fait l'histoire de la logique, discipline mathématique née finalement assez récemment au XXe siècle, cristallisant l'intrigue autour de la vie d'un de ses plus farouches théoriciens, Bertrand Russell. Alors là, vraiment je ne comprend pas pourquoi un tel bordel a adoubé ce titre. Pour intéressant que soit le propos de cette oeuvre (l'histoire des sciences a souvent tendance à m'absorber), sa tenue en tant que bande dessinée est proprement catastrophique. Le dessin est moche, la mise en scène sans aucune beauté, et que dire de cette manière bêtifiante d'accueillir le lecteur avec un personnage introductif direct (c'est du genre : "eh, viens, gentil lecteur, ouh la la tout ce qu'on va apprendre dans cette jolie BD !"). Quel besoin également d'en faire des tonnes sur l'élaboration de l'ouvrage que l'on tient entre les mains ? C'est qu'on multiplie les allers-retours entre niveaux de diégèse (l'un dans le contemporain de la réalisation, l'autre dans la réalité de Russell en conférencier, un autre encore en flashback de sa vie) sans que cela ait une quelconque pertinence. Ce qu'il en ressort, c'est que cette équipe ne savait pas comment présenter sa BD, et ça se voit. On comprend le parti-pris (impossible de trouver une logique dans l'histoire de la logique, qui est aussi une histoire de folie, de chaos), mais en attendant, la construction est mauvaise !

 

Enfin, Moi, Dragon (Juan Gimenez)(), premier tome d'une saga espagnole de fantasy, aligne beaucoup de poncifs au milieu d'un dessin intéressant, laissant apparaître son inachèvement jusque dans des "décors blancs" sporadiques (personnages au premier plan, et rien au second, souvent en contre-plongée) qui font ingénieusement respirer la mise en page, dans un genre qui souffre parfois d'un remplissage trop touffu. Pourquoi pas. Et Arcanes (Pécau & Campoy)(), un thriller fantastique hyper chiant sur fond de CIA (comme dans 14356 nouveautés BD par an) et de méthodes de divination secrètes. Impossible d'aller au bout, l'histoire sans intérêt et le dessin ultra-formaté ayant achevé de rendre illisible un pitch qui ne m'accrochait pas dès le départ. Mon ordre alphabétique survivra néanmoins, et on passe la semaine prochaine à la lettre B comme Black op. Encore du thriller pourri, yihaa !

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