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" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

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Semaine gros niveau en BD (avril 2011 II)

 

 

 

 

 

 

 

 

Que du lourd, cette fois-ci, dans la sélection bédéastique du moment. C'est l'occasion d'entrer directement dans le vif du sujet. Il n'a pas été facile de départager tous les gentils artistes séquentiels qui s'étalaient sous mes yeux, mais c'est tout de même une évidence que de récompenser Yoshihiro Tatsumi pour Une vie dans les marges (Cornélius)(). Il faut dire que, dès le départ, le sujet me passionne : en une ample autobio marinée dans un style faussement simplet, le fondateur du gekiga (que l'on peut grossièrement définir comme le "manga pour adultes", "manga indé", apparu dans les années 1950) fait preuve d'une grande fluidité dans la narration. Le Japon de l'époque nous apparaît, superbement, en filigrane : l'explosion du style Tezuka, la rencontre avec le maître, les premiers pas dans l'édition, le tout assorti d'une intrigue familiale émotionnellement forte. Pour ne rien gâcher, les excellentes éditions Cornélius ont cru bon d'enfermer l'oeuvre dans un beau grand format cartonné, pourvu d'un double ruban marque-page, pour notre plus grand plaisir.

 

D'autres découvertes tout à fait recommandables par ailleurs. La nouvelle série Alter ego (Renders, Lapière, Reynès & Benéteau, Dupuis)(), contrôlée par Pierre-Paul Renders, dont les deux premiers tomes sont parus ("Camille" et "Fouad") propose une science-fiction politico-écologique fort intéressante, au concept original : chaque épisode (six en tout) sera consacré à un personnage de l'intrigue), et la série dans son entier pourra être lue dans n'importe quel ordre, dessinant ainsi une foultitude de constructions potentielles. Dans les faits, c'est bien découpé. Le dessin est très quelconque, mais le scénario véritablement prenant. Pour qualifier ensuite Mémoires d'un guerrier (Jean-Louis Marco, Gallimard)(), j'emprunte un terme lu je ne sais plus où : c'est de la "fantasy crépusculaire", à l'image du "western crépusculaire". Avec son dessin écorché plein de traits (à défaut de textures...), à la jolie colorisation d'ambiance bleu-vert, ce récit d'aventures morbides en flashback provoque un ressenti rarement vu sur les sentiers balisés de la fantasy. Tout est âpre et rude, le merveilleux est gangrené par sa propre décrépitude.

 

On peut signaler assez positivement la tentative de coup de pied au cul de la bit-lit opéré par Stephen King et ses acolytes bédéastes dans American vampire (Sneyder, Alburquerque & S. King, Panini)(). L'idée est clairement de rendre ses couilles au mythe vampirique, en l'implantant dans un début de XXe siècle où la violence du western siéra à merveille aux morsures diverses et contaminations galopantes. Le personnage principal est burné comme il faut, la violence jaillit, c'est de la série B, et c'est pas pour les fillettes. Dans le même genre, on a déjà vu mieux du côté de Jonah Hex, mais malgré tout, ça fonctionne sympathiquement, par la grâce d'auteurs parfaitement rodés.

 

Deux grosses déceptions pour finir la soirée. Black butler (Yana Tubusu, Kana)() sera notre manga merdique bi-mensuel, à la régularité dramatique. Il y est question d'un majordome (le majordome est très à la mode au Japon paraît-il) qui sauve les apparences de son jeune maître désinvolte. J'y croyais beaucoup, à cette série-là, je lui trouvais un atour original. Mais fichtre, c'est totalement sans intérêt. Quant au Collège invisible (Ange & Donsimoni, Soleil)(), qui me promettait une fraîche récréation sous la forme d'une BD jeunesse mâtinée de merveilleux rigolo, il s'est avéré mal dessiné, mal construit, mal conçu. Je connais un peu le/la scénariste, Ange, pseudonyme dissimulant un couple d'écrivains de fantasy (retenons la sympatoche trilogie Ayesha chez Bragelonne), mais les braves gens ne savent visiblement pas faire un scénario de BD. C'est la leçon du jour chers amis : chacun son métier, moi je vais vendre des bandes dessinées.

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