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" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

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Semaine crasseuse en BD (juillet 2011 II)

 

 

 

 

Les quintaux de touristes déversés chaque jour dans notre beau sud-est manquent me faire défaillir. Je vais pas faire ma Leslie Plée (amis libraires, lisez l'indispensable Moi vivant vous n'aurez jamais de pause), mais je pourrais en raconter de bonnes sur les niaiseries cradingues pérorées par les client belges, allemands, et il y a même des Suisses ! Ma rectitude de jugement s'en trouve fatalement altérée, et la sélection BD se révèle triste et fade – pas très aidée par le niveau de qualité des sorties en ce moment ; on ne le dira jamais assez : en terme de produits culturels, ce sont les oeuvres moyennes qui nous plombent. En voici un festival.

 

La moins pire est un manga : Chi une vie de chat (Konami Kanata, Glénat)()  est pourtant colorisé et publié à l'occidentale, simplement parce qu'il s'adresse aux plus jeunes lecteurs. Le pitch est simple : une famille adopte un petit chat, et nous épousons le félin point de vue au fil de courts chapitres gaguesques et très mignons. La colorisation est tendre, la plus grande surface des décors est blanche, ce qui laisse respirer l'histoire et lui donne beaucoup de fraîcheur. L'idée n'est pas de surcharger les péripéties comme dans Hamtaro par exemple, mais vraiment de se placer de manière réaliste dans l'esprit de Chi, le petit chat. La tonalité est merveilleusement juste : quiconque a vécu l'adoption d'un chat retrouvera les étapes-clés de l'apprivoisement mutuel, et surtout trouvera cohérentes les pensées prêtées à l'animal, très justes d'un point de vue comportemental. La traduction française aurait juste pu éviter de faire zozoter le personnage principal, car cela donne un zeste de débilité à une oeuvre pourtant harmonieuse et assez fine. On reste souvent dans l'espace clos de l'appartement, ce qui n'est pas gênant puisque ce dernier est parfaitement spatialisé. Les mouvements, les gags, les expressions des personnages, reposent sur une base très classique, mais sont adaptés au sujet : derrière l'apparente simplicité se cache une certaine rigueur dans le découpage, une fluidité dans la narration. Jolie découverte régressive. Et les semaines défilent, et je persiste à distinguer des mangas pour gonzesses. Aidez-moi.

 

Chi remporte la palme pour sa spontanéité, sa blancheur. Toutes les autres BD de la semaine sont à l'inverse boueuses et crasseuses. Il y a d'abord eu Ares : the Vagrant Soldier (Ryu Geum-Chul, Booken Manga – un nouvel éditeur à suivre !)(♦♦), un vrai manga burné avec du sang et de la violence. D'ailleurs c'est pas un manga mais un manhwa, une bande dessinée coréenne. On est dans une sorte de fantasy urbaine, genre il y a des châteaux et des chevaliers, mais aussi des djeunz en sweet-capuche quoi. Le dessin des personnages est singulier, tout en lignes brisées et postures courbées : on pourrait appeler ça un "style dégingandé", qui se marie fort bien à l'ambiance et à l'histoire (trois gosses très talentueux au combat sont recrutés par une sorte d'armée privée nommée Ordre des Templiers). On est quasiment dans du "gangsta-rap" à la Mutafukaz, mais médiéval, c'est du no future, des persos nihilistes à mort, des combats violents. Outre la prégnance de cette atmosphère, cela présente peu d'intérêt néanmoins.

On peut ainsi faire un rapprochement immédiat avec le premier tome de 100 bullets (Brian Azzarello & Eduardo Risso, Panini)()  : quatre histoires courtes liées par leur exposition et leurs modus operandi : un type en costard propose à un quidam (de préférence issu d'un bas-quartier étazunien) une mallette contenant un flingue et 100 balles non-marquées (donc intraçables), et comme de bien entendu, ledit quidam aurait justement bien des choses à venger. Pourquoi l'homme à la mallette permet-il ces sanglants règlements de compte ? Quel est son intérêt ? Son rapport avec la justice légale ? Telles sont les questions qui ressortent en filigrane des différentes historiettes. Mais le mystère général est intelligemment laissé en suspens le temps de suivre les quelques personnages qui se trouvent confrontés au choix de la justice des hommes. Les auteurs ont une vraie science, à la fois dans le dessin, le scénario et le découpage, pour faire exister rapidement ces personnages, leur donner un passé et une densité émotionnelle, puis proposer une conclusion souvent inattendue au choix qui leur est demandé.

 

Suivent deux BD aussi sombres que précédemment, mais plus quelconques, avec moins de gueule et d'aspérités que le manhwa et le comic dont on vient de parler. Le premier tome de L'Ordre du Chaos (Perez, Ricaume & Geto, Delcourt)(♦♦) inaugure une nouvelle série "à fil rouge", truc très à la mode dans le franco-belge, qui consiste à proposer une saga de thrillers mystérieux (si possible ésotériques) dont chaque volume, distancé des autres dans l'époque et le lieu, va augmenter la somme d'informations disponibles pour éclaircir l'énigme globale. Exemples-types : L'Histoire secrète, Le Décalogue. Ici l'idée est qu'une congrégation est intervenue plusieurs fois dans l'histoire pour empêcher que l'Ordre absolu règne, pérenniser le Chaos qui permet l'évolution. D'où "Ordre du Chaos". Dans ce premier tome, les joyeux drilles influencent Jérôme Bosch, le célèbre peintre hollandais, pour que ses toiles rendent fou le souverain de l'époque. En gros, la BD est intéressante lors des passages surréalistes, destructurés, le dessinateur s'approprie assez intelligemment le style de Bosch, mettant en volumes imposants ce que l'artiste détaillait en fourmillements dans ses toiles (ah ! revoir le Jardin des délices au musée du Prado...). Mais si les vertiges sont plutôt réussis, l'essentiel de la narration linéaire manque franchement d'intérêt, reste froid, vague et déclamatoire.

Puis Le Vampire de Bénarès (Georges Bess, Glénat)(♦♦), qui semble nous promettre une belle ambiance fantastique alors qu'on a finalement affaire à un thriller qui se passe en Inde, des plus banals pour tout dire. Quelques petites tentatives d'ampleur dans certains décors, mais par ailleurs un concept éculé, un manque global de suspense, beaucoup de promesses scénaristiques non tenues. Et puis c'est pas "beau" quoi. Pour refaire le plein de couleurs vives, on enchaîne sur Faut qu'on parle de Hélène Bruller (Drugstore)(), qui est de loin la "Brétécher-like" la plus convaincante que je connaisse, loin devant les autres prêtresses du dessin humoristique féminin telles que Motin ou Bagieu. Un gag par planche presque en pleine page, une ligne de dialogue en dessous, et basta, et ça fonctionne. On tourne énormément autour de la question du couple, même si des animaux, voire même des fruits et légumes pourront faire office de personnages. Quoi qu'il en soit, la technique de dessin, à mi-chemin entre le cartoon vite fait et la peinture soignée fait son petit effet, c'est rigolo, on dirait du Voutch sans infographie, peut-être même du Serre (toutes proportions gardées).

 

Enfin je ne dirai pas un mot des Druides (Istin, Jigourel & Lamontagne, Soleil)(♦♦), BD alphabétique de la semaine, parce que je n'ai pas tenu plus de quatre pages. Dialogues, dessin des personnages (un peu mieux pour les arrière-plans), découpage, tout est fondamentalement à chier. D'un ennui démentiel. Déjà que je suis légèrement vagal avec mon opération des dents de sagesse, là, fallait pas en rajouter. Je retourne me coucher avec une glace et un petit How I met your mother. Suprême palliatif populaire de la douleur.

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