" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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Technique ♦♦♦♦
Esthétique ♦♦♦♦
Emotion ♦♦♦♦
Intellect ♦♦♦♦
Avant toute chose, je tiens à publier un petit rectificatif. Ayant revu grâce à l'illégalité populaire la première partie du septième volet de notre pot' à tous, puis relu la chronique que j'en avais faite, je me suis trouvé un brin emphatique sur le sujet. C'était pas si bien que ça. Il y avait certes deux ou trois scènes assez classe, et notamment un très beau passage au milieu dans les landes anglaises, je le maintiens. Mais je crois que mon enthousiasme était dû à la relative qualité de l'opus par rapport à tous les autres films tirés de la saga. Or, il faut toujours parler d'absolu, on le sait. Et absolument, cela reste tout de même une oeuvre assez grossière, très visiblement lissée en post-prod. C'est toujours le grand problème de l'ultime Harry Pot' que nous sommes allés voir hier soir.
Le gros défaut des Reliques de la mort, c'est d'abord simplement... le bouquin lui-même. Ca fait bien longtemps que je l'ai lu, mais j'ai le souvenir très précis d'un épisode bâclé, mal rythmé, où Rowling se perd dans une foule d'enjeux disparates, ne parvenant à les rassembler en un objectif unique qu'au forceps. Principalement, il s'agissait de meubler l'année qui nous sépare de l'inévitable affrontement final en balançant, pêle-mêle, des quêtes d'objets (innombrables : les horcruxes à détruire et les Reliques de la mort à posséder, mais finalement non, mais finalement oui), une bataille épique (l'attaque/défense de l'école), et surtout des quintaux d'émotionnel, avec réapparition de tous les personnages-clés disparus (Dumbledore, Black, Lili et James...) et élimination de certains autres (Lupin, Tonks, Georges, Dobby...), totalement gratuite d'un point de vue narratif, vouée uniquement à véhiculer du sentiment (morbide) plutôt que du sens. C'est d'ailleurs très rigolo cette attente, au fur et à mesure des publications des romans, de savoir "qui allait mourir" dans le prochain ; cela prenait un caractère inévitable et consensuel, évidemment provoqué par le système de progression imposé par l'auteur elle-même, comme si plus de crédibilité était acquise avec le risque encouru par les personnages. La transformation progressive d'une oeuvre relevant d'abord du conte anglais classiques (les deux premiers tomes), puis d'une fantasy de plus en plus "mature" (du troisième au cinquième), voire même "adulte" (sixième) allait finalement aboutir à une régression totale dans le dernier volet, qui évoque davantage les mécanismes mythologiques de la légende arthurienne ou de la geste épique. D'où cette bataille à grande échelle, très surprenante à l'issue d'une saga si intimiste, cette fascination déjà entrevue mais ici obsessionnelle pour les objets de quête classiques (épée, diadème, coupe...), et un épilogue par contre si étriqué qu'on y croyait plus une seconde.
"Si, prenez un chewing-gum quand même."
Au-delà donc des soucis causés par le texte lui-même, le scénario souffre des mêmes insuffisances que dans le cinq et le six, à savoir que l'on perd de vue l'enjeu majeur au profit d'une foule d'enjeux secondaires. La simple lecture du titre suffit à s'en apercevoir : dans le 6, "Le Prince de Sang-mêlé", il n'était question du fameux Prince de Sang-Mêlé que dans un seul plan parfaitement illustratif. Même chose ici : Harry revient d'entre les morts sans qu'on nous explique à un quelconque moment que c'est grâce à la possession des trois Reliques (la cape, la pierre et la baguette) qui donnent leur titre au tome. Il aurait suffi d'une bête ligne de dialogue ou, mieux, d'un effet visuel, d'une mise en scène, pour l'expliciter. Au lieu de ça, on nous inflige, notamment dans la première heure et sur des sujets bien moins importants, des kilomètres de blabla en champs-contrechamps, un découpage incertain, une réalisation très hésitante qui, du coup, se rabat systématiquement sur le gros plan pour éviter d'avoir à composer un cadre. Contrairement au demi-opus précédent, il n'y a visuellement strictement rien de beau. Au moins, ça s'arrange un peu lorsque les choses sérieuses commencent, lors du retour de Potter à Poudlard. La narration est un peu plus fluide, fatalement, puisque de ce moment jusqu'à la fin on est dans une temporalité continue sans presque d'ellipse. Les affrontements attendus tiennent à peu près leurs promesses, le décor de l'école est sempiternellement terne mais bien fait, et c'est correctement réalisé. Figé, propret, rationalisé, mais correct. De tout le film, à combien peu de gourmandises on a droit ! Allez, il y a un plan tournant autour du trio Harry-Ron-Hermione après qu'ils soient tombés à la mer qui apporte un peu de variation, bien qu'il ne serve pas à grand chose (peut-être à la 3D ? on l'a bien sûr vu sans relief, pas fous !) ; une ou deux images assez culottées car issues tout droit de l'imagerie du cinéma d'horreur également : un plan sur Harry en contre-plongée encadré par un banc sur fond blanc, puis contrechamp sur un Voldemort-foetus tout sanglant ; enfin la chute de Potter et de son ennemi intime, dans une étreinte qui mélange leurs deux visages frontalement et en gros plan. Ah oui, il y a aussi la mort de Voldemort : les lambeaux de chair qui se détachent de son corps semblent des morceaux de papiers brûlés, évoquant peut-être la fin littéraire de la sage, antérieure à sa fin cinématographique. Mais ce seront les seules concessions faites au cinéma ; pour le reste, c'est le "grand public" et sa prétendue obsession de confort qui reste chouchouté jusqu'à endormissement. Et encore : ce qui restera à la toute fin, l'image d'aboutissement de toutes ces heures de film, c'est quoi ? Un fondu au noir sur les visages des trois personnages principaux. Un fondu au noir, quoi ! Flemmardise absolue du montage, aucune sucrerie additionnelle pour les petits n'enfants qui ont adoré leur héros jusqu'au bout.