" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.


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Je passe un peu vite sur les lectures BD de cette fournée-là, d'abord parce que j'ai pas le temps et ensuite parce que la sélection n'était pas merveilleuse.
Pour tout dire, c'est Batwoman (Greg Rucka et J. H. Williams, Panini)(♦♦♦♦) qui remporte la palme de la semaine, pour être la seule BD audacieuse et maîtrisée. Batwoman, c'est une fille de militaire, juive et lesbienne, qui s'entraîne avec acharnement pour être digne de son "mentor" Batman et faire régner à son tour l'ordre à Gotham. Dans l'épisode qui nous intéresse, elle s'oppose à une méchante tout droit sortie d'un conte anglais. La chose rigolote dans ce comics, c'est l'alternance entre des passages au dessin propre et lisse au trait épais (dans la "vraie vie" de l'héroïne, son quotidien) et d'autres (dans la vie "alternative" de justicière) au découpage surprenant, éclatant l'action en plusieurs cases autour d'une grande scène centrale sur double-page, graphiquement beaucoup plus griffés, aux techniques plus variées dans la colorisation ou la texture. Cela donne de la gueule à une histoire par ailleurs classique.
Notons que pas loin derrière, il y a une petite merveille : l'intégrale des Clopinettes (Mandryka & Gotlib, Dargaud)(♦♦♦♦). Ah, Clopinettes comment dire... ? Des jeux de mots pourris en une case illustrés. Des proverbes expliqués par le moyen d'un lourdingue calembour, en une planche loufoque de BD. Il faut aimer l'humour de Gotlib pour aimer Clopinettes. Et même plus, parce qu'on l'a connu plus fin, moins directif dans la recherche du gag forcé. Bon, moi, j'adore.
D'autres BD me laissent partagé : Interne 2 (David de Thuin, auto-édité)(♦♦♦♦) ressemble à du Trondheim indé : l'auteur croque quelques fugitifs instants soigneusement triés dans son quotidien (plutôt oisif) du Sud de la France garni par sa femme, ses deux enfants et d'autres gens. Le côté "instantané" avec stylisation en animaux fait son petit effet, mais dès lors qu'il nous photocopie les dessins de ses gosses, ses photos de nuages ou ses historiettes de quelques pages (encore une fois très Trondheimesques : des animaux dont les péripéties sont visiblement écrites au fur et à mesure), assez quelconques au demeurant, ça devient bien moins intéressant. Djinn (T1, Dufaux & Miralles, Dargaud)(♦♦♦♦), BD alphabétique de la semaine, est un bon petit thriller érotico-indien avec quête des origines qui ne pète pas des nouilles non plus. Anguille & Baldaquin (V. Seiche, Ankama)(♦♦♦♦) est beaucoup plus inattendu : ces aventures de deux "chercheurs" un peu débiles dans un monde débile ont surtout pour caractéristique d'être dessinées avec une sorte de crayola, dans un style purement enfantin et monochrome (bleu, quoi qu'il y ait parfois du rouge). On devine un dessin assez fin de Seiche, malheureusement noyé dans un bordel de découpage et d'actions illisibles. Pourtant l'idée était assez bonne de relever les mécanismes de la BD jeunesse pour en faire un projet expérimental, mais il aurait fallu plus de maîtrise dans la narration et (encore) plus d'inventivité pour que ce soit vraiment convainquant. La dernière merdouille d'Arleston, Lord of burger (T1, Arleston & Barbucci, Soleil)(♦♦♦♦), surfe sur la mode (bon allez, l'a même anticipée) des BD de cuisine. Là c'est deux jeunes héritier d'un grand chef qui vont devoir reprendre l'affaire. Il y a un vague style shojo manga et plein de petits gags trop kawaii dedans. Non allez, c'est pas si mal mais, en dehors du sujet, classique à tous les niveaux, jusque dans le dessin archi-artificiel (mais assumé).
Enfin je réserve un paragraphe pour l'adaptation manga du Capital de Karl Marx (anonyme, Glénat)(♦♦♦♦), avec préface d'Olivier Besancenot, et annexes en forme de propagande pour les produits culturels estampillés NPA (ou approchant). Soyons très clair : ceux qui me connaissent savent combien réfractaire à la logique capitaliste je suis. Logique fort bien expliquée par Besancenot en préface d'ailleurs. Oui, nous vendons de la force de travail à des investisseurs qui spéculent sur notre vie et notre santé, non le capital ne nous veut jamais du bien, et il est évident que le profit est un truc qui ne sert à rien. Par contre, messieurs les inconnus qui avez pondu cette chose, on a le droit d'expliquer tout cela comme vous le faites assez bien niveau scénario (un fromager se fait convaincre par un investisseur peu scrupuleux d'augmenter sa production en montant une usine, du coup il devient un sale con, etc.), mais en faisant vraiment une BD, avec quelqu'un sachant à peu près dessiner et à peu près découper l'action. Là, au niveau artistique, on n'est même plus dans l'approximation mais dans l'amateurisme. Cela discrédite l'opinion véhiculée, déjà qu'elle l'est pas très finement et entourée de tout un paratexte propagandiste, ça n'aide pas. Une finesse, une discrétion supérieures, auraient été bienvenues. Je vais aller prendre un rhum-coco agrémenté d'un havane. Ou un coca-clope.