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" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

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Lectures-cafoutch

 

 

 

 

En attendant que mon merveilleux ami Alexandre, loué soit son nom, daigne me prêter L'échiquier du mal de Dan Simmons qu'il m'a promis, je me vois contraint de piocher tout au fond des étagères du cafoutch pour trouver des lectures compensatoires. On s'occupe comme on peut.

 

Les Dames du Lac de Marion Zimmer-Bradley (), c'est très joli. C'est de la légende arthurienne stricto sensu mais avec le choix d'un point de vue inattendu : celui des femmes ! Ainsi, la narration à la troisième personne va tour à tour se placer derrière la frêle épaule de Ygerne, épouse de Uther Pendragon et mère d'Arthur, issue d'Avalon ; derrière la petite taille de Viviane, Grande Prêtresse de l'île aux brumes et soeur de la précédente, compagne de Merlin également, avec lequel elle préside aux destinées des héros ; derrière la sombre chevelure de Morgane, fille d'Ygerne et Avalonienne convaincue, torturée par une psyché farouche ; enfin derrière la gracilité de Guenièvre, épouse forcée d'Arthur duquel elle n'est pas foutue de tirer un héritier, en bonne chrétienne chiante et austère. L'intérêt de la légende tablerondesque est là, et Zimmer-Bradley l'a farpaitement compris : la terre d'Angleterre, ancestrale et traditionnelle, voit une religion païenne (celle du "Petit Peuple" issu d'Avalon, avec ses rites sexuels paillards et sa Déesse féconde) céder sa place, par la force autant que par l'évolution culturelle, à une chrétienté toute puissante. Arthur est le Roi de transition, issu et respectueux de l'obscurantisme païen et transformant malgré tout le monde, par la grâce d'une guerre sans fin contre les belliqueux Saxons, en une modernité rigidifiée par le pouvoir de l'Église. Le tort du christianisme est de ne laisser aucune place, aucune légitimité, aux croyances ancestrales. C'est un monde de magie et un monde de foi qui s'affrontent. C'est beau. Le point-de-vue féminin, c'est ce qui fait tout l'intérêt de ce premier tome d'un cycle de quatre (je ne lirai pas les suivants non plus, je suis pas encore taré), et il est assez rigolo, pour une fois, d'assister de très loin aux prouesses viriles des héros consensuels. Le couronnement d'Arthur et la conquête d'Excalibur, par exemple, donnera à peine lieu à un vague paragraphe. Ce qui importe bien plus, ce sont les sentiments des quatre principales protagonistes, et on le comprend bien vite, la valeur émotionnelle va être essentielle et systématiquement mise en avant. On pourra toutefois préférer à la mièvre Guenièvre, honteuse éprise de Lancelot (trop best friend de son royal mari, faut-il le rappeler), les personnages de Ygerne et Viviane, figures maternelles et autoritaires, et surtout de Morgane, flamboyante et hirsute, qui, voyons-y un signe de préférence manifeste de la part de l'auteur, est la seule à avoir droit à quelques passages en discours direct à la première personne.

 

Cannibale de Didier Daeninckx () (ne m'en voulez pas si j'écorche l'orthographe du patronyme), c'est très joli. C'est un tout petit roman, à tous les sens du terme, qui est très souvent donné à lire dans les écoles, sans doute parce qu'il n'est pas long en plus d'être pas trop con. Cela raconte l'épopée parisienne d'un Kanak, en flashback et à la première personne s'il vous plaît, qui a été dans sa prime jeunesse transbahuté de son île d'origine jusque dans l'Exposition Coloniale française qui eut lieu en 1931. Dommage que Daeninckx n'ait pas plus insisté sur l'aspect surréaliste de cet événement colonialo-spectacularo-raciste. Moi j'adore les récits où il y a une Exposition Coloniale, ces ancestraux parcs d'attraction où la bêtise de principe côtoyait le merveilleux des représentations ethniques falsifiées. Là, c'est juste un décor qui sert à montrer que le racisme et les présupposés c'est mal, ce que l'on ne saurait contester. L'écriture m'a un peu gonflé. C'est recherché mais pas très beau, pas franchement esthétique, ni très fluide non plus. Y a un moment, faut choisir.

 

So Foot : football total et contre-culture (), qui est fait par So Foot, c'est très joli. Le suprême Mickaël me l'avait offert pour Noël, et je l'avais relégué dans un coin sans plus penser à le lire. C'est fait, et ce fut très agréable. Ce bouquin est fabriqué avec de l'essence de So Foot, aussi faudra-t-il composer avec l'ambiance générale mais surtout avec les sujets de prédilection de ce magazine parfois brillant, parfois un peu moins. Le contenu est un étalement réfléchi et condensé, divisé en chapitres (Langage, Identité, Esthétique, Business, etc.), de tout ce qui intéresse le mensuel grinçant, à savoir et je résume : plein d'anecdotes sur des joueurs qui ont la classe (sous-entendu : ils s'habillent bien, sont des mauvais garçons, se droguent et boivent de préférence, sont des génies du ballon mais s'en tamponnent ; exemples-types : George Best, Paul Gascoigne), des belles photos surprenantes et pleine page, des citations méconnues et décalées, des textes de fond subitement brillants et passionnants après tant de racolage. So Foot recherche tout ce que la culture footballistique dissimule de vrai et d'authentique. Pour ça, c'est mes potes. Dans le présent ouvrage, ils m'amusent beaucoup, me surprennent parfois et m'intéressent moyennement, jusqu'à ce que survienne le dernier chapitre sobrement intitulé "Stratégie". En icelui, des techniciens tels que Sacchi, Suaudeau, Ancelotti, Gerets, Deschamps et j'en passe, livrent leur vision tactique du jeu de balle au pied. Là, je reste totalement scotché, et c'est malheureusement bien trop court. Il faut le clamer : So Foot est le seul mag à laisser de la place à des textes sur le jeu, purement le jeu (voir dans un numéro récent l'hallucinante interview de douze pages de Domenech, dans laquelle il ne parle que tactique). Ainsi, je reprends du coup l'ouvrage depuis le début pour un rapide survol, et la mise en page inventive, tape-à-l'oeil mais efficace, achève de me convaincre : il trouvera sa place sur une étagère plus à portée de main.

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