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" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

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Le chien du Bas-Rhin (Le Chat du rabbin, Joann Sfar & Antoine Delesvaux – 2011)

 

Technique ♦♦

Esthétique ♦♦

Emotion ♦♦

Intellect 

 

 

Un beau dimanche de juin où l'on a rien à foutre et où, de surcroît, c'est l'anniversaire de votre femme, vous faites tout pour trouver une activité nocturne et, conjointement, lui faire plaisir. Vous vous enfournez donc dans un charmant cinéma de quartier et, délestés d'un peu de fric, vous vous asseyez sur les sièges roses et moulants dus à l'histoire des lieux (ancien ciné porno). Auparavant, vous avez choisi votre film et, comme vous êtes libraire de bandes dessinées et amateur de films d'animation, vous optez pour l'oeuvre adaptée de la série de Joann Sfar, que vous appréciez l'une comme l'autre.

Alger, années 1920. Un gentil rabbin de quartier pourvu d'une fille superbe, Zlabya, l'est également d'un chat facétieux qui acquiert le don de parole lors de la rencontre de ses crocs avec un perroquet. Dans un premier temps, le chat loquace s'interroge sur sa nouvelle condition et, notamment, sa religion. Ensuite, il s'embarque pour un périple incroyable en compagnie de son maître, d'un imam, d'un vieux fou et d'un peintre russe errant persuadé qu'une Jérusalem mystique se cache au coeur de l'Afrique ; c'est d'ailleurs pour la trouver que la bande se met en branle au volant d'une antique Citroën.

 

 

 

 

Cette histoire sert à quoi, très chers ? À plusieurs choses. D'abord, c'est l'occasion d'explorer une culture : celle des Juifs maghrébins, en l'occurrence ceux d'Alger, et à une certaine époque, celle du début du XXe siècle, ce qui dégage l'intrigue des circonstances contemporaines si atrocement politiques. Ensuite, ça sert à poser des questions sur la spiritualité et la croyance : le chat, personnage principal, se dit au départ athée et moque même le prêche ridicule de son maître rabbin ; s'il veut effectivement "faire sa bar-mitsva", c'est seulement pour avoir le droit de fréquenter la belle Zlabya (dont il a été mis à l'écart depuis qu'il parle). Mais, fait important, sa parole, il va la perdre : le silence est le nécessaire pallier qui mène à la sagesse, semble nous dire Sfar. Le voeu classique de l'aspirant. Lorsqu'il recouvrira son pouvoir, le chat se montrera beaucoup plus sage, moins effronté, fera preuve de spiritualité et de mesure. Pour autant, il garde quelques caractéristiques essentielles de l'initié : curiosité, détermination et humour. L'humour, venons-y, est une des autres raisons de ce film. Humour auto-référentiel, certes, mais néanmoins communicatif. Enfin, le but ultime du métrage, et là nous ne pouvons que le regretter, c'est le message : la tolérance entre les religions est érigée en étendard vers quoi tendent toutes les péripéties et tous les dialogues. La morale reste tempérée par la bonne humeur, mais elle est toujours inscrite en creux, un peu trop systématiquement. Du reste, sa logique reste incomplète, puisque si les trois grandes religions monothéistes indo-européennes (chrétienté, islam, judaïsme) sont montrées en état de cohabitation pacifique (sauf à quelques moments-clé qui déterminent l'écueil de la violence, comme l'épisode des musulmans intégristes du désert), il n'est jamais question, ou si peu, d'agnosticisme. La religion, la croyance organisée, est toujours présentée comme une fin nécessaire, la sagesse spiritualiste comme un objectif de l'apprenti initié (c'est-à-dire le chat). En atteste l'une des dernières scènes du film, qui voit le chat s'adresser directement à Yahvé. Certes, la présence de cette morale est pour le moins décomplexée, l'attention du spectateur détournée par des mots d'esprit et des aventures incessantes, il n'empêche que cela en devient légèrement gênant. Inévitablement, les Juifs pré-Seconde guerre mondiale sont d'ores et déjà des victimes (pourchassés en Russie, emmerdés par les colons français imbéciles en Algérie).

 

Somme toute, le fond du film contient exactement les qualités et défauts de la BD d'origine, dont il est une transposition exacte. Ou presque : la seule exception, c'est la rencontre avec un célèbre reporter belge lors de la traversée du Congo, et ledit rouquin se révèle être un gros beauf imbuvable. Et là, je comprends bien ce qui a pu passer par la tête de Sfar (on est dans les années 1920, on traverse ce pays-là, mais bien sûr, on doit rencontrer Tintin au Congo !), je constate aussi la drôlerie référentielle évidente de ce petit passage, mais j'ai trouvé le trait un peu forcé. C'est rigolo, mais c'est quand même limite de l'agression, et j'ai pris ça comme une façon de dire : "Ouais, Hergé était un génie, mais moi au moins je fais des BD moralement irréprochables" (ce qui, on l'a vu, est parfaitement discutable). Bref, il n'y avait peut-être pas nécessité d'insister autant. Finissons enfin sur une note positive : nous avons été soufflés par l'univers visuel. Le coup de crayon de Sfar est certes aplani, les textures des personnages assagies pour les besoins de la transposition (et encore, sauf sur certains brefs passages), mais on est saisi par l'idée que le graphisme Sfar trouve son aboutissement dans le mouvement. L'animation est très belle, en particulier celle du chat et celle, fabuleuse, de Zlabya, jeune fille toute en courbes, charnue et ventrue, d'une orientale magnificence, et ce n'est pas pour rien que l'on termine le film à ses côtés, dans un plan rapproché posé sur une couche de sommeil ouverte à l'extérieur. Les décors sont également incroyables, variés dans les teintes et les luminosités mais gardant néanmoins une grande unité esthétique. C'est un plaisir visuel de tous les instants. Sfar et Delesvaux se permettent même une séquence surréaliste aux traits exagérés lors de la découverte de la ville fictive, et ça fonctionne pas mal. Par ailleurs, la mise en scène est correcte à l'exception de quelques gros plans de coupe inutiles. Nous qui voyons pas mal de films d'animation, je peux vous le dire, on est satisfaits de constater qu'en France, on a une inventivité au niveau de la forme, et ce depuis fort longtemps (de Paul Grimault puis René Laloux jusqu'aux plus contemporains Triplettes de Belleville, La Prophétie des grenouilles, Kirikou...), que peu de pays au monde peuvent nous envier. Cette richesse, peut-être due à la vivacité de notre culture BD, nous continuerons à l'explorer et, fatalement, nous serons conduits à nouveau à l'étonnement.

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<br /> Blog(fermaton.over-blog.com).No-23, THÉORÈME DE TINTIN. Traits de Génie.<br /> <br /> <br />
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