" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.




Bon, ce n'était peut-être pas moi finalement. Peut-être la production actuelle de BD n'est-elle tout simplement pas exceptionnelle. Pour vous dire, j'ai eu toutes les peines du monde à dégager une BD de la semaine cette fois-ci, malgré une sélection qui me semblait à la fois variée et alléchante. Je décerne ainsi le prix tant convoité à Belleville Story (Malherbe & Perriot)(♦♦♦♦), que j'avais pris uniquement parce que ça se passe dans le quartier parisien de Belleville (et j'aime Belleville). D'ailleurs, l'endroit est joliment représenté, ça fait toujours un petit pincement particulier quand on reconnaît un décor dessiné, un peu comme quand on lit Leo Loden. Ici, c'est du polar aussi mais moins drôle ; c'est même carrément glauque. On est chez les truands, les trafics, les immigrés clandestins, tout ça. Le dessin, surtout, est singulier : le réalisme de l'action tranche avec ces lignes qui se courbent, ces couleurs qui tremblent et cette luminosité particulièrement travaillée. Récompensée par 5 bons points avec appréication "Des efforts ; à poursuivre", Belleville Story mérite d'être revu – puisque ce n'est qu'un premier tome. La seconde oeuvre sur la liste aurait aussi pu l'emporter, mais je ne peux décemment pas mettre trop en avant une BD de chez "Futuropolis", collection qui me hérisse la plupart du temps. Les Petits Ruisseaux (Rabaté)(♦♦♦♦) va apparemment devenir un film, si j'en crois le bandeau, et n'est en fait qu'une réédition du même volume datant de 2006. Déjà, je me sens floué, d'autant que très vite, tout me gonfle dans ce récit naturaliste de la France rurale et vieille : le style graphique pue le Futuropolis, j'entends par là que le dessinateur semble mettre un point d'honneur à ne pas dessiner comme il faut, à forcer l'aspect "vite-vite j'ai une planche à rendre avant hier soir dernier délai", pour mieux faire ressortir la classe de sa mise en scène. Parce que oui, la mise en scène est très belle, franchement : choix du cadre astucieux et poétique, découpage élégant et délicat, bon, c'est du bel ouvrage. Le scénario se veut être celui d'une sempiternelle seconde naissance d'un vieux pêcheur qui réfléchit au sens de sa vie après avoir perdu son meilleur ami. Pourquoi pas. Au bout d'un moment, j'ai même fini par m'habituer à ces grands à-plats aux couleurs moches parce qu'ils ajoutent je-ne-sais-quoi de naïf et d'instantané au déroulement de l'histoire. C'était peut-être l'effet voulu finalement, ah oui. Bon.
Comme chaque semaine, il y a donc au moins un manga et un comics, eh oui, faut pas oublier les sous-genres. Manque de bol, le manga – Kasane (Gou Tanabe)(♦♦♦♦) – c'était un tome 2, ce qui fait que je n'ai rien pané à l'histoire, mais il est vaguement question d'un jeune homme dans le Japon médiéval qui s'est tapé sa prof de musique, laquelle développe subséquemment un gros furoncle qui grandit sous sa joue droite – alors même que le désir sexuel du jeune homme, lui, diminue. Bref, c'est du manga fantastique (ou kowai) de bonne facture, mais pas cathartique non plus. Côté comics, Battle Pape (Kirkman & T. Moore)(♦♦♦♦) remporte haut la main le titre de BD la plus merdique de la semaine, voire même du siècle. Si l'on ne s'en tenait qu'au dessin moche, à la mise en scène bordélique ou au scénario plus con que votre voisin, cela resterait un étron parmi d'autres, une quelconque parodie mettant en scène des personnages biblique pour faire fun. Mais aux éditions Stara, on est des gens sérieux et on entend poursuivre la tâche jusqu'au bout : on assène donc au lecteur un objet ignoble dont le collage approximatif démantibule les pages dès la première utilisation, et pour en rajouter une couche, on imprime avec une vieille offset afghane pour un rendu encore plus gris que gris. C'est simple, vue la qualité d'impression, il y a des passages tout bonnement illisibles, le dessin s'amalgamant à de vastes étendues noires dissimulant, qui sait, d'autres gags encore plus fins.
Bref, achevons avec Sexorama (Manuel Bartual)(♦♦♦♦), BD d'humour espagnole avec des gags format revue consacrée au sexe, au sexe et encore au sexe. Tout cela n'est jamais très fins, assez rarement drôle aussi, mais il faut reconnaître à l'auteur un acharnement à vouloir démystifier le sexe sous toutes ses positions, si je puis dire. Tout est férocement pensé pour faire de l'acte d'amour un acte banal, réduit à une succession de logos, à commencer par le dessin, ligne claire simplifiée à l'extrême, à-plats posés sous paintbrush et le tour est joué. Enfin, je continue mon tour d'horizon des séries que je ne connais pas, et par ordre alphabétique s'il vous plaît. Cette semaine, Alpha (Jigounov & Renard)(♦♦♦♦), un truc d'espionnage assez efficace, avec bains de sang, accents russes et blondasse de service, dont on va dire poliment que ce n'est pas ma tasse de thé. En parlant de ça, je vais prendre un thé (en relisant Alpha pour revoir la poitrine de la blondasse – que l'on voit fort peu, je veux rassurer les parents et femmes jalouses qui sont parmi nous).