" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.





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Sans faire le moins du monde exprès, une semaine en BD placée sous le signe de la folie et de la dégénérescence mentale. L'exemple le plus éclatant réside encore dans la BD de la semaine, qui arrive en tête sans forcer, c'est cette histoire de Batman nommée L'asile d'Arkham (Grant Morrisson & Dave Mc Kean, 1989 pour la première publication)(♦♦♦♦). Grâce à sa double narration, avec d'un côté la genèse du manoir et de son fondateur Arkham qui s'enfonce doucement dans la folie, de l'autre Batman confronté à tous ses anciens adversaires à l'intérieur de l'asile, le scénario parvient à rester mystérieux plutôt qu'abscons. Ensuite, mais ce n'est pas une découverte, Dave Mc Kean est un dessinateur/graphiste/illustrateur de génie, pas loin de surcharger ses doubles pages par moments néanmoins, mais la palette impressionnante de ses techniques, l'apparence singulière qu'il donne à chaque personnage, la mise en page douloureusement atmosphérique, tout cela est grandiose. Une petite chose bête m'a chiffonnée néanmoins : le lettrage. Eh oui, c'est pas grand chose, mais certaines polices de caractères hideuses (et je pense notamment à celle utilisée pour les répliques du Joker) ne favorisent guère l'immersion totale. Dommage.
Dans des styles complètement différents, toutes les autres BD de cette semaine ont tiré leur épingle du jeu. Le surprenant Quai d'Orsay (Blain & Lanzac)(♦♦♦♦), qui fait beaucoup parler les médias, présente des chroniques dépeignant le ministère des affaires étrangères d'un De Villepin transparent, déguisé sous un nom d'emprunt. On suit les pérégrinations d'un nouvel employé chargé d'écrire les discours du ministre, ses "langages" comme il dit. Tout tourne autour du langage, c'est une évidence : la façon dont on peut structurer un discours autour du néant tout en ménageant l'idée au centre du propos. On pourrait alors se demander pourquoi ne pas faire un livre plutôt qu'une BD avec un sujet pareil : tout simplement parce que le langage n'est pas que textuel. Il s'articule au mouvement et à l'environnement, et le dessin – souvent magnifique et extrêmement dynamique, il faut le dire – de Blain rend parfaitement justice à cette mobilité. Le découpage ne tombe jamais dans la facilité, explore toujours de nouvelles pistes narratives, ce qui rend l'exercice difficile à situer entre satire, chronique politique et hommage.
Ensuite, des suites : Kick Ass (Mark Millar & John Romita)(♦♦♦♦) se bonifie avec le temps dans un second tome qui rend encore plus intéressante cette notion de "super-héros naturaliste" ; à ce titre, n'oublions pas que l'intrigue doit rester réaliste, et pour le coup, on est parfois à l'extrême limite par moments, ce qui menace de fragiliser le principe de ce comics. En manga, suite et fin de Doubt (Yoshiki Tonogai)(♦♦♦♦) avec les tomes 3 et 4, peut-être un poil bâclés avec une conclusion pas précisément passionnante, mais qui ont le mérite de clore cette série sympathique sans rajouts mensuels et sempiternels (enfin, du moins espérons). Une découverte ensuite, simplement par curiosité : le premier tome de Alim le tanneur (♦♦♦♦). On est dans de la fantasy sympathique, un pastiche transparent du Maghreb ou du Moyen Orient, un gentil tanneur persécuté, un destin à accomplir, tout ça, le dessin est mignon mais je ne suis pas fan de la colorisation. Pour finir, Phantasmes (♦♦♦♦), marraîné par Pénélope Bagieu, est un recueil d'une vingtaine de courtes bandes dessinées par autant d'auteurs différents sur le thème du titre. Tous styles, tous genres, et tous niveaux. Si quelques essais sont intéressants ou beaux, la plupart ne m'ont pas marqué outre mesure, certains m'ont même révulsé dans leur style "gothico-trash" en pleine page : non pas que je fusse le moins du monde choqué par le propos ou le dessin, mais simplement c'est un tel fouillis, ces noir et blanc bardés de mots dégoulinants avec myriade de détails et techniques approximatives, que je beurk et je pfou. La semaine prochaine, c'est promis, je waow !