Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

Publicité

Semaine merdique en BD (juin 2010)

 

 

Pas très inspiré cette semaine dans mes choix de bandes dessinées, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais sans doute était-ce pour faire ressortir comme un diamant éclatant ou encore comme une mangue délicieuse L'Île Panorama (Maruo Suheiro d'après un roman de Edogawa Ranpo – pseudonyme littéralement dérivé d'Edgar Allan Poe)(), manga très littéraire au dessin spectaculairement "panoramique", avec des pleines pages ou demi-pages imprimées de paysages singuliers et de décors édéniques. En effet, c'est l'histoire d'un petit filou un peu taré qui emprunte une identité pour réaliser son fantasme de bâtir sur une île un paradis terrestre. L'étrange le dispute à l'érotisme et à une beauté très apollonienne, mais empreinte de curieuses aspérités dyonisiaques, pour faire simple. Sans conteste la BD de la semaine, sans forcer, par la tranquille assurance d'une mise en image bien découpée, originale dans la mise en page, très fine dans la réalisation. Dans un style complètement différent, on saluera les Notes de Boulet (), un blogueur que je découvrais pour l'occasion. C'est pour l'instant le moins pire de tous les bédéastes hypertextuels que j'ai pu lire : les petites chroniques sont amusantes et le dessin assez joli, évoluant sans heurts du quotidien anecdotique vers l'onirique grandiose. De plus, il y a ce qui manque à beaucoup de recueils de ce genre (et je pense ici plus précisément à l'armée de dessinatrice approximatives qui singent Margaux Motin et avant elle Pénélope Bagieu) : une structure, une progression narrative même ténue, et la récurrence d'idées similaires qui dessinent finalement une thématique d'ensemble. Ici, c'est le rêve, pris dans sa dimension à la fois esthétique et physiologique dirons-nous, et cela donne des tas de remarques pertinentes, et parmi elles la plus essentielle, que je partage depuis longtemps : le rêve n'est pas le domaine de l'imagination. Le rêve est un bordel (d'ailleurs représenté par une décharge à un moment donné), l'imagination une profusion structurée. D'ailleurs, l'inspiration créatrice, que l'on assimile bêtement aux enfants depuis l'Angleterre victorienne, ressort essentiellement d'un travail construit, technique et adulte, alors que l'enfant n'est qu'un reproducteur de schémas, une machine mimétique. En d'autres termes, Disney nous ment depuis un siècle. Belle et étrange BD ensuite que cette réédition du Capitaine écarlate (Guibert & David B.)(), récit très "fantastique surréaliste français" qui raconte les errances d'un équipage pirate de mort-vivants. Du dessin minimaliste mais raffiné dans la mise en scène et l'alternance des couleurs d'ambiance.

 

L'on attaque donc la partie plus spécifiquement merdeuse de cette chronique. D'abord, de la semi-merde, disons de l'engrais fertile pour rester optimiste, sous l'apparence de deux comics : The Authority, scénarisé par l'hégémonique Warren Ellis (& dessin de Bryan Hitch)(). Warren Ellis, pour ce que j'en ai vu à présent, c'est du sous-Alan Moore : du scénario de comics intelligent mais qui manque de la finesse et de la culture du maître anglais. Ici, on est par exemple en présence d'une série de super-héros à la fois référentielle (les clins d'oeil pullulent) et politique. Le dessin est correct mais trop informatiquement appliqué. Ainsi, force est de dire que ce n'est pas de la soupe, mais on est malgré tout très loin d'une oeuvre forte ou marquante. Même chose pour le premier tome de Incognito (Project Overkill, Ed Brubaker & Sean Phillips)(), qui présente l'originalité de faire de son super-héros un ancien criminel bridé par un organisme de contrôle et en manque d'adrénaline. Mais tant de possibilités de ce genre ont déjà été explorées... c'est encore une fois de bonne qualité, mais cela manque cruellement de coffre, de surprise dans le dessin également.

 

Et voici venir la merde noire, la merde infâme, la merde pustuleuse pleine de mycoses. D'abord avec la nouvelle série Merlin (Istin & Goux)(), dérivée d'une série qui s'appelle aussi Merlin. Donc, outre que des éléments de l'intrigue m'échappent, faute de connaître la série originelle en question, c'est de la bonne grosse histoire de vengeance avec haches, pouvoirs et récit initiatique, lasérisée à la palette graphique. Il y a bien le gros ogre en couverture de réjouissant, mais on ne le voit pas beaucoup. Le nouveau produit dérivé du Monde de Troy, Les Guerrières de Troy (Arleston & Dany)(), reprend les recettes de Lanfeust avec le potentiel de succès commercial qu'on lui connaît : comme d'habitude, humour, jeux de mots, personnages charismatiques et têtes tranchées. Ici la variante c'est qu'on a trois femmes sculptées d ans le marbre (ou dans le titane) pour héroïnes, et que du même coup l'on voit force nichons. J'avoue néanmoins préférer le dessin plus spontané de Dany à celui de Tarquin. Je découvre ensuite la série Alef Thau (Jodorowsky & Arno)(), au glorieux succès paraît-il, qui m'a semblé être une vaste catastrophe. C'est dans la plus pure tradition de SF française bordélique des années 1970, avec symboles à foison, couleurs pétaradantes que surtout il faut bien utiliser toutes les gouaches qu'on a dans le placard, découpage incompréhensible découlant d'une écriture pas assez précise du script. Quand ça bouge, que c'est René Laloux qui anime, Topor qui dessine, et que ça s'appelle La Planète Sauvage, je trouve ça très beau. Quand c'est juste Jodorowsky qui pète les plombs, moins.

 

Enfin je fabrique un nouveau paragraphe pour finir en beauté par la nouvelle série de Binet, lue en avant-première car je suis un petit veinard, et qui s'appelle Haut de gamme (). C'est des strips humoristique dans le monde de la musique, en l'occurrence surtout des cours de piano. Pour originale que soit la focalisation, c'est un ratage total : c'est-à-dire que non seulement on ne rit pas parce qu'on a déjà vu les mêmes gags, le même dessin et les mêmes dialogues dans les Bidochon, mais en plus on se rend compte rétrospectivement à quel point cette historique série que j'aime pourtant bien pouvait reposer sur un système extrêmement mécanique. Un ratage à double-emploi donc : perdre un public et ne pas s'en créer un autre. J'espère que je serai plus inspiré la semaine prochaine dans mes choix, mais ça devrait aller, j'ai essayé d'éviter tous les titres reçus à plus de 80 exemplaires.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
N
<br /> ha si tu évites de lire les albums reçus à plus de 80 exemplaires, tu pourras lire ceux de la femme à barbe ;-)<br /> <br /> <br />
Répondre