" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.





Avant de crouler sous les sorties, il faut que je trouve encore un peu d'énergie pour rendre compte des derniers trucs intéressants (ou pas) qui me tombent sous la main. J'enchaîne ainsi sans transition avec la BD de la semaine, Baron samedi (Dog Baker, Glénat)(♦♦♦♦). Une triste histoire de vengeance très, mais vraiment très violente, ce qui ne pouvait que me contenter, et qui exhale les délicieuses senteurs de pulp les plus extravagantes qui soient. Cela faisait longtemps qu'un personnage principal de BD ne m'avait marqué à ce point, et la tenue graphique générale est au diapason de ce superbe album.
Quelques ouvrages ne sont pas passés loin néanmoins. Asterios Polyp (David Mazzucchelli, Casterman)(♦♦♦♦) propose le récit d'un architecte brillant dont on décortique la vie et la personnalité à coup de flashbacks et d'aphorismes. Mazzucchelli, dessinateur du très bon Batman year one, nous fait du Chris Ware en plus libre et vertigineux mais en restant quand même très loin de l'ampleur d'un Jimmy Corrigan. De très bonnes idées (récit raconté par le jumeau mort-né du personnage principal, phylactères adaptés à chaque personnage, etc.) injectent de l'empathie à un essai de "roman graphique" à la fois froid, distant (des nuances de couleur essentiellement dans le jaune, violet, bleu) et réflexif. Assez impressionnant, bien que pas totalement convainquant. J'ai ensuite eu l'honneur de découvrir par la grâce du classement alphabétique le très beau premier volume des Passagers du vent de Bourgeon (Casterman)(♦♦♦♦) à la réputation pas usurpée ma foi : ça a la fougue et l'impétuosité d'une Île au trésor doublée de beaux dessins fins et lorgnant volontiers vers les fesses et les poitrines : du bonheur.
Soulignons ici, officiellement, la bonne tenue du nouveau Lucky Luke contre Pinkerton (♦♦♦♦) : Ashbé synthétise le style de Morris avec une précision de bon élève, Daniel Pennac et Tonino Benacquista, qui ne sont pas les premiers venus, nous pondent un scénario dans l'air du temps, où le "tout sécuritaire" et le fichage des individus non seulement préfigure les débuts du Bureau d'Investigation américiain, c'est à dire le FBI, mais symbolise aussi les dérives du présent. À mon sens, Lucky Luke souffre un peu d'être exposé à des enjeux si foncièrement politiques, à autant de jeu référentiel, et aussi d'être confronté à une intrigue très polar. Pour autant, l'album est agréable. Pas dégueu aussi ce petit seinen des familles, Dragon Head (Minetaro Mozichuki, Pika)(♦♦♦♦) : un lycéen est un des rares survivants du déraillement d'un train sous un tunnel et se trouve bloqué sans espoir de sortie. Dans le style Battle royale du "jeune face à l'adversité", comme d'habitude, l'entraide qui pourrait tirer les protagonistes de leur situation se transforme en compétition, combat et folie. On commence à avoir vu ça cent fois, mais ça se laisse lire.
L'Artelier (Yen Hioka, Ki-oon)(♦♦♦♦) par contre, non, encore une fois, je n'ai pas pu trouver un quelconque intérêt au manga alphabétique de la semaine. C'est de la fantasy qui tourne autour de l'artisanat et plus spécialement des tisserands ou stylistes, bon pourquoi pas, mais le traitement est une exploitation ultra schématique du shonen, donc sans intérêt. Le problème est complètement différent pour La Dynastie des dragons (premier tome, Civiello & Herbeau, Delcourt)(♦♦♦♦) : comme cela arrive parfois ces temps-ci, voici un album très ambitieux dont l'histoire prend place dans la Chine médiévale ; dessin hyper travaillé, le contexte historique visiblement aussi, mais tout cela manque singulièrement d'âme, de générosité. On ne pige strictement rien à l'histoire parce qu'elle est mal construite (petits épisodes et grandes ellipses : un cocktail dangereux) et c'est trop chargé graphiquement pour véhiculer une quelconque empathie. De la maîtrise technique sans accroche, c'est très mal, essayez d'expliquer ça à Ingmar Bergman pour voir.