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" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

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Ta gueule ! (Ne le dis à personne – Guillaume Canet, 2006)

 

Technique ♦♦

Esthétique

Emotion ♦♦

Intellect 

 

 

Un petit français s'attaque à Harlan Coben. Ce pourrait être l'histoire du film. Franchement, à l'énoncé, voir le petit Guillaume Canet, jeune acteur et novice réalisateur hexagonal, adapter un monstre du polar littéraire (de réputation en tout cas, car je n'ai lu aucune traître ligne du monsieur), ça sonne culotté. Quand ça donne un chouette film c'est encore mieux.

 

Car voyez-vous, François Cluzet aime beaucoup sa femme, au bord d'un petit lac (le lac dans le polar/thriller : il y aurait un livre à écrire sur le sujet). Ils sont tout nus sur le ponton, sous l'éclat de la lune, et tout se passe bien. Mais évidemment, la nana s'éloigne un peu, et François l'entend se faire agresser sur la rive opposée. Anxieux, il plonge et la cherche mais se fait assomer et replonge dans le lac tout noir qui se confond avec un fondu. Huit ans plus tard, il est pédiatre, et l'on comprend que sa femme a été tuée, mais voilà qu'il reçoit un e-mail le jour de l'anniversaire de sa mort, qui lui montre une caméra de ville au-dessus d'une bouche de métro, de laquelle émerge, devinez-quoi, la femme en question. C'est l'occasion pour lui de se lancer à sa recherche et de croiser une pléiade d'acteurs francophones du meilleur goût : André Dussolier, Kristin Scott-Thomas, Nathalie Baye, François Berléand, Jean Rochefort et j'en passe, se trouvent justement dans les parages.

 

 

Plus rapide que Marathon Man.

 

 

De deux choses l'une : soit Guillaume Canet a réservé un gros budget "cachet des acteurs", soit il connaît du beau monde. Sans doute un peu des deux. Ainsi, la distribution est quand même monstrueuse : il n'y a pas un second, voire troisième rôle, qui ne soit pas campé par un chouette acteur (avec même quelques caméos sympathiques). Voilà déjà une bonne chose, et même si je ne réduis jamais un film à la teneur de son casting, j'ai trouvé l'ensemble fort bien dirigé et pas trop indigeste. Et puis Cluzet, j'ai toujours bien aimé, il fait bien le mec qui n'a rien demandé à personne et se trouve mêlée à une histoire triste et rocambolesque. Bon, donc, passons. Il y a surtout dans Ne le dis à personne une forme qui embellit un scénario très classique, quasiment de la série télé américaine. On aurait pu, d'ailleurs, se vautrer sur l'écueil du "film du dimanche soir sur France 2" qui n'a de long-métrage que l'appellation, indigne des salles obscures. Il n'en est rien (j'avais d'ailleurs vu ce film lors de sa sortie en salles et ça m'avait laissé un bon souvenir), car tout est réussi.

 

 

Plus intelligent que Will Hunting.

 

D'abord, le film est très bien rythmé grâce à un montage soigné, qui se permet même d'utiliser un rarissime fondu enchaîné qui sert à quelque chose pour superposer en flashback une scène de mariage et une scène de crémation : très joli. Canet sait se faire contemplatif au début, plus nerveux ensuite, et même de soutenir avec intelligence l'exercice périlleux de la "résolution" de l'énigme, lorsqu'un personnage révèle tout de l'affaire à la fin. Il sait ainsi épouser intelligemment la courbe d'une intrigue dont il n'est pas le créateur, réussissant le travail d'adaptation puisqu'il est transparent, et que l'on ne sent jamais aucun "trou" alors qu'il doit nécessairement en exister.

 

 

Plus charismatique que Dirty Harry : François Cluzet.

 

 

Qui pis est, Canet se payer le luxe d'avoir un bon chef op' qui éclaire fort joliment, surtout quelques plans aux abords du lac, le "noeud" de l'intrigue, très soignés dans la luminosité. Ensuite, sans être très créative, il y a une mise en scène qui existe, ce qui n'est déjà pas mal. C'est du langage relativement basique, il n'y a pas de composition de cadres hallucinantes, d'échelle de plans dégageant une forte personnalité, certes, mais au moins le langage est-il utilisé, et à bon escient. Ainsi Ne le dis à personne, et c'est là ce qui fait tout son intérêt à mon sens, présente-t-il l'aspect d'un polar américain bien troussé, honnête et réussi, avec en plus une vraie french touch, qui réside non seulement dans le "décor" et la transposition en France de l'intrigue, mais encore dans une manière de poser certaines scènes délicatement, de montrer des nus, qu'on ne pourrait pas voir dans un métrage américain de base. Bon allez, certains passages sont moins bien réussis, disons-le franchement, comme le rendez-vous au parc et la fusillade qui s'en suit, mais tout de même cela mérite une conclusion : il est possible de mélanger "l'élégance" française et l'efficacité étazunienne et d'en faire une bonne cuisine.

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