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  • : " On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 09:40

http://www.anglesdevue.com/rubriqueabrac/wp-content/uploads/2013/05/Fables-Psychiatriques-Darryl-Cunningham.jpg

 

 

 

Technique 

Esthétique 

Emotion 

Intellect   

 

 

 

 

D'abord des sciences neurologiques avec les Fables psychiatriques de Darryl Cunningham (éditions Ca et là). Après des Fables scientifiques (que je ne vais pas tarder à lire) qui avaient pour principe de balayer quelques idées reçues sur des croyances populaires relatives aux sciences dures, l'Anglais livre ici une BD d'autant plus personnelle qu'il a été longtemps aide-soignant en hôpital psy et lui-même anxieux et dépressif. Je ne vais pas m'étendre plus que de raison sur ma vie personnelle, mais disons que c'est un sujet qui me touche particulièrement ces temps-ci.

J'adore le traitement graphique utilisé par Cunningham pour dépeindre ces thématiques diverses qui sont autant de chapitres (démence, troubles de la personnalité, schizophrénie, bipolarité, etc.) : noir et blanc sur gaufriers de six cases, dessin très lâché avec un trait, bien sûr, pas follement précis mais expressif, voire expressionniste, une sorte de Munch épuré, qui sied bien au sujet. On apprend des choses, on comprend la douleur des dysfonctionnements cérébraux et comportementaux. C'est déjà beaucoup. Mais la connaissance se double d'un savoir : en s'impliquant énormément dans le récit, l'auteur véhicule une émotion démente. Et ce qui aurait pu demeurer une belle illustration prend une dimension nettement supérieure grâce au sentiment. Par ailleurs, il y a une vraie utilisation, même parcimonieuse et discrète, du langage séquentiel, autrement dit du découpage, de la mise en scène. Les cases ne restent jamais purement illustratives du discours.

 

 

 

 

http://www.arenes.fr/IMG/arton3111.jpg

 

 

 

Technique ♦♦

Esthétique ♦♦♦

Emotion ♦♦♦

Intellect   

 

 

 

 

On enchaîne avec, cette fois-ci, des sciences économiques. Economix (éd. Les Arènes) est véritablement un essai en BD. Cela aurait pu être un texte intitulé "Histoire de l'économie, d'Adam Smith à nos jours". Mais l'Américain Michael Goodwin, en désirant mettre des mécanismes complexes à la portée du plus grand nombre, a jugé que le meilleur moyen de faire oeuvre de vulgarisation serait de transformer l'aridité d'une documentation en une narration séquentielle.

Alors certes, les dessins de Dan Burr, contrairement à ceux de Darryl Cunningham décrits ci-avant, sont purement illustratifs. Mais en choisissant un style proche de la caricature de presse, il atteint le niveau de récit iconique souhaité. Le texte – clair et souvent drôle – prend le dessus sur l'image, mais cette dernière parvient à faire proprement son boulot en renforçant, schématisant, explicitant les informations et idées. Economix cherche à être un manuel de clarification des processus économiques. Il réussit pleinement son entreprise.

On pourrait discuter plus finement du fond : Goodwin est un libéral modéré anti-caîtaliste défenseur des économies mixtes (libre marché + contrôle étroit de l'État), ce qui n'a rien d'infamant, mais du coup il profite aussi de sa démonstration pour orienter la caricature dans le sens qui lui convient. Néanmoins, on se doit de reconnaître qu'il s'appuie sur des informations objectives (citations, chiffres et statistiques), qu'il n'hésite pas à présenter tous les aspects de chaque idéologie, positifs ou négatifs, qu'il n'occulte pas grand chose, y compris des systèmes marginaux et auto-fonctionnels. Alors évidemment, son point de vue est un peu mainstream à mon goût, rien à voir par exemple avec le tour de force intellectuel et artistique de La Survie de l'espèce, dont on a parlé il y a quelques mois. En tant que manuel, ce qui est sa fonction première, Economix est efficace et carré. Il met les choses à plat et peut servir de référence. C'est déjà beaucoup.

 

 

http://www.planetebd.com/dynamicImages/album/cover/large/20/12/album-cover-large-20123.jpg

 

 

 

Technique 

Esthétique 

Emotion 

Intellect   

 

 

Ensuite, des sciences dures : physique, chimie, biologie, mathématiques et tous ces trucs imbitables qu'on essayait de m'apprendre au lycée et que je regrette aujourd'hui de ne pas avoir écouté. Le Chercheur fantôme de Robin Cousin (éd. Flblb) est cette fois-ci une véritable fiction, un one-shot passionnant, simple et bien fait qui m'a procuré un grand bonheur de lecture. L'idée c'est que des scientifiques de pointe issus de domaines variés se retrouvent isolés dans un gigantesque complexe de laboratoires, en pleine nature, avec carte blanche pour mener à bien leurs recherches. Mais leurs comportements sont imprévisibles, et il semble que, bien des années après le début du projet, l'on se dirige vers un chaos inéluctable, d'autant qu'un chercheur introuvable aurait fait une découverte mathématique à même de chambouler la conception du monde.

Une vraie bonne histoire de sciences, quand c'est bien fait et pas trop difficile à appréhender, j'adore. Allez savoir si l'on peut ranger Le Chercheur fantôme dans la case de la science-fiction... pour ma part, je serais tenté de convoquer un francisisme, pour une fois, et parler de "fiction scientifique", comme au bon vieux temps. Le dessin est stylisé à mort, avec des gros traits et des grands à-plats de couleurs ombrés, mais les personnages restent tout à fait caractérisés malgré la pauvreté des détails. Toutefois, attention : c'est très beau la plupart du temps, et c'est bien la preuve qu'on peut faire du beau sans l'esthétique léchée des filtres Photoshop. Mais pas seulement : l'intrigue, qui s'apparente peu à peu à un thriller, est captivante et les idées scientifiques décrites provoquent ce fabuleux sense of wonder qui élargit le cerveau. À tous points de vue, c'est vraiment un régal.

 

 

 

http://www.ventsdouest.com/images/albums/9782749306865/9782749306865-L.jpg

 

 

 

Technique ♦♦♦

Esthétique ♦♦♦♦

Emotion ♦♦

Intellect  ♦♦♦ 

 

 

Enfin, de la science... fiction, avec cette nouvelle saga chez Soleil, parfaite pour se délasser une demi-heure sur sa terrasse. Une héroïne super bonasse, des dinosaures, des phallocrates en pagaille, des tirs au fusil. C'est pour le moins récréatif. L'idée c'est que dans un ranch qu'on suppose américain, un connard d'entrepreneur exploite des filles en tant que danseuses de charme ou plus si affinités tout en distrayant les gusses du coin par des joutes entre chevaucheurs de dinos (comment les terrible lézards ont-ils pu être ramenés du fond des âges, nous ne le savons pas encore). La plus brillante danseuse, Albatra, se trouve être également la plus bandante et la plus farouche. Elle se fout dans le pétrin et provoque une guerre des sexes qui l'obligera à devoir prouver aux détenteurs de corones que les ovaires contiennent au moins autant de testostérone.

 

Alors oui, le dessin est parfois navrant (proportions des personnages en mouvement, joliesse des dinosaures, lissage des décors...), oui la mise en scène est pire (surtout les scènes d'action), oui la complaisance est omniprésente, mais on retrouve dans Lady Rex cette forme décontraction, cette capacité à anticiper les attentes cortexales des cerveaux primaires, qui la rend réjouissante. On est proche – toute proportion gardée au niveau qualitatif – de cette fragile violence de la furie féminine exposée dans des films comme le Boulevard de la mort de Tarantino ou le Sucker Punch de Zack Snyder. Facultatif mais consommable, en somme.

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Published by Nico - dans De la bulle
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