Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

Publicité

Pour les débiles et autres bédés

 

 

 

La collection "Pour les nuls" vous connaissez ? Évidemment que vous connaissez : mais oui, le petit personnage en couverture, le packaging noir et jaune, le traitement de sujets innombrables et de plus en plus improbables, comme l'histoire de la Belgique (véridique !), vous voyez forcément ! Devenue une collection "de référence" jusqu'à quasiment supplanter les bons vieux "Que sais-je ?", "Pour les nuls" devait fatalement, un de ces jours, stimuler la concurrence et faire naître des vocations. Eh bien voici venir "Pour les débutants" (superbement abrégé en "Pour les déb" selon les titres, ce qui en premier lieu m'avait fait penser à "Pour les débiles"), qui a sorti il y a peu de temps un volume consacré à la bande dessinée. Curieux, je me munis dudit bouquin et le compulse avec sérieux. Ma réaction n'allait pas se faire attendre. Elle se résume en deux mots. Mon Dieu.

Comme tout ouvrage suivant le principe du sujet global vulgarisé, L'Histoire de la bande dessinée pour les débutants a le mérite d'aplanir les informations et de proposer un panorama synthétique du neuvième art, de ses origines jusqu'à nos jours. La première difficulté pour un texte qui entreprend de synthétiser l'histoire de la BD, c'est de savoir comment le découper : en fonction des bassins géographiques ? Il y en a trois principaux : américain, européen, japonais. En fonction des époques ? Ce sera essentiellement la "proto-histoire" du XIXe siècle, l'avant et l'après-seconde guerre mondiale, et l'époque contemporaine. Mais comment faire cohabiter le spatial et le temporel dans un essai qui entend parler de tout à valeur égale ? Eh bien, un peu n'importe comment selon le découpage Frédéric Duprat. Sans cohérence particulière, on suit un historique à peu près chronologique mais qui se permet des bonds dans le temps, et on intercale des chapitres pour différencier les trois grandes familles géographiques. On complète le tout avec des pavés grisâtres pour mettre l'accent sur les créateurs les plus célèbres. Bon bon, laissons le bénéfice du doute à cette manière hasardeuse, et concentrons-nous sur le contenu.

Très vite, quelque chose nous frappe : des informations sont fausses ! Des dates nous laissent dubitatifs, des noms sont écorchés (saviez-vous que Carnets d'Orient était dessiné par Jacques Ferrand ?), et la raison est simple : la relecture de l'ouvrage est déplorable, ou inexistante. Ce n'est pas tant imputable à l'auteur, qui tente de se dépatouiller tant bien que mal de son sujet, qu'à l'éditeur incapable d'effectuer une correction sérieuse du texte. Du coup, les fautes de typo abondent, et par là-même certaines informations censément objectives s'en trouvent modifiées ou illisibles. Or, on est censé tenir entre les mains un ouvrage de référence, et le mot n'est pas choisi au hasard : on doit pouvoir s'y référer ! Dès lors que, après une vingtaine de pages, on doute de la véracité de ce qui est écrit, le livre n'a plus aucune utilité, puisque la lecture devra être doublée d'une vérification. L'intérêt de l'ouvrage rendu caduque, il ne sert strictement à rien, ou alors simplement à rappeler un grand ensemble de faits parfaitement trouvables dans d'autres bouquins ou sur internet. Une mauvaise relecture rend l'exercice vain, voilà la morale de l'histoire.

 

 

 

  Pour rattraper le coup, signalons trois lectures beaucoup plus sympathiques. D'abord, Faire de la bande dessinée par Scott McCloud, suite logique du formidable Art Invisible dont on a déjà parlé ici. Encore une fois, il s'agit d'un essai sur la bande dessinée, en bande dessinée ! Cette fois-ci, McCloud oriente délibérément ses réflexion vers le côté pratique, et en distillant des conseils aux futurs créateurs livre une foule de principes de base sur la BD, explorant ainsi plus avant les pistes défrichées dans le précédent opus. Le diptyque forme une somme indispensable et une référence sur le neuvième art.

 

 

  Devinez qui a eu l'idée de faire de la BD le "neuvième art" justement (après le cinéma et la télé, il y avait une case à prendre d'urgence) : le dessinateur Maurice de Bevere, que vous connaissez mieux sous le nom de Morris, créateur de Lucky Luke. Les histoires du gentil et rigolo cow-boy m'ont toujours procuré bien du plaisir, je lui trouve encore aujourd'hui un charme sans rides (ce n'est pas pour rien que dans les albums de Lucky Luke parus après le décès de Morris, le nouveau dessinateur Achdé n'ait pas changé d'un iota le style de base) et à son auteur une causticité constante. Le décalage parodique et caricatural chez ce héros de western "d'ambiance européenne" est un vrai plaisir, et rarement un album m'aura paru plus ou moins bon que d'autres : il y a une vraie constance dans cette série, une homogénéité, qui n'a jamais empêché pour autant le renouvellement et les trouvailles, ne serait-ce que dans les sujets et les scénarios (surtout à l'époque où Goscinny signait ces derniers). Eh bien voilà que l'aut' jour chez le bouquiniste d'occaze, je dégotte un hors-série coordonné par Yvan Delporte, non daté malheureusement, et intitulé La Face cachée de Morris. L'ouvrage se révèle léger et enthousiasmant, on y apprend plein de choses sur la vie du dessinateur sans que ça devienne lourd, on y scrute des cases à la recherche des stars, amis et personnages historiques caricaturés tout au long de la série, le tout est richement illustré, emballez, c'est pesé.

 

 

  Enfin, chez le même bouquiniste, je fis l'acquisition d'un classique de la BD érotique que je n'avais jamais lu : 110 pilules (Magnus, 1986, L'Echo des savanes) raconte l'histoire d'un quelconque aristo de la Chine médiévale, ou plus récente je ne sais point trop. Désireux d'obtenir une libido débordante pour satisfaire ses nombreuses femmes, il fait l'acquisition de 110 pilules qui chacune lui confèrent une vigueur démentielle dans l'acte sexuel. Le dessin et l'encrage sont splendides et les scènes de baise tout bonnement hallucinantes. Il y a aussi une manière de maîtriser la narration en proposant une ambiance de plus en plus sombre, un personnage principal s'enfonçant doucement dans la folie et la maladie, qui force l'admiration. Malgré la banalité de l'histoire, c'est captivant et cela aboutit à quelques dernières planches de haute volée, avec des cases versant d'un coup dans le surréalisme, le fantastique, le gore, après toute une volupté charnelle qui ne nous préparait pas du tout à ça. Achetez de l'occaze vous dis-je, parfois ça soulage.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article