" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
♦♦♦♦
Technique ♦♦♦♦
Esthétique ♦♦♦♦
Emotion ♦♦♦♦
Intellect ♦♦♦♦
Pensez donc : pour un libraire de bandes dessinées éventuellement amateur de super-héros, dont la compagne a pour couleur préférée le vert et qui se trouve en manque de visite cinématographique, la présence à l'affiche d'un film sur le Green Hornet signé Michel Gondry devient une sorte d'obligation morale à se déplacer. Ah, Gondry ! Qui a oublié Eternal Sunshine of the spotless mind, très belle romance de SF proposée par ce curieux français d'Hollywood ? Mais encore Be kind, rewind, à l'idée de départ brillante mais qui devenait un peu convenu à mon goût dans sa seconde partie, un peu mièvre ?
Ici, point de Jack Black ni de Jim Carrey ni de machine à effacer les souvenirs : un anti-héros relativement débile et irresponsable, un peu gras sur les bords, hérite d'un empire financier et journalistique suite à la mort brutale de son paternel – avec qui il entretenait des relations houleuses. Désoeuvré, il découvre néanmoins un jeune Chinois, ingénieux ingénieur génial capable de conceptualiser et réaliser les plus folles et les plus fun des inventions (cela va de la machine à expresso au pistolet cracheur de boules anesthésiantes). Ils deviennent super potes et, ensemble, se prennent à idéaliser un fantasme : celui de combattre le crime en formant un duo de super-héros. Le débile sera Green Hornet et l'Asiatique son fidèle acolyte et chauffeur. Mais ce dernier se révèle être le véritable cerveau de la bande, sans compter les bras et les jambes : c'est que Kato, non content d'être un technicien d'exception, est également un redoutable combattant à la rapidité foudroyante. Faire-valoir de son fortuné comparse, il maîtrise le duo en sous-main, allégorie à peine voilée de la déliquescente Amérique face à la Chine discrète et indomptable.
"Nous voilà enfin partis, mon vieux Milou."
Dès lors, on se rend compte que Gondry convient à merveille au système mis en place : sur la base de la formation d'un groupe de super-héros, le cinéaste veille à ce que chaque aboutissement, chaque fin de partie, de scène, de plan, bascule dans une direction inattendue malgré une base formelle solide et bien établie, reconnaissable dans toute adaptation de comics qui se respecte. Ainsi, on attend de chaque situation, de chaque réplique, qu'elle soit conforme aux archétypes, et en bien des aspects, elle l'est (le cadrage, le ralentissement de l'action notamment, laissent peu de doutes planer sur l'avenir super-héroïque du duo), mais la rupture qui s'en suit n'en est que plus brutale – et plus drôle, puisqu'elle repose bien souvent sur une saillie humoristique. Ah ça pour être rigolo, c'est rigolo ; ça faisait même bien longtemps que je ne m'étais pas bidonné autant dans une salle de ciné. Le scénario n'oublie pas, comme il est de coutume de nos jours, de donner une petite profondeur psychologique et sociale aux héros, mais le registre général reste celui de la comédie. En cela, Green Hornet découle davantage de la tradition burlesque, reposant sur le très vieux principe du duo antagoniste, que du film de super-héros. Pour résumer, on est bien plus proche de Laurel & Hardy ou de L'Arme fatale que des Watchmen.
Et Gondry réussit parfaitement son coup, en ne relâchant jamais une mise en scène très soutenue et intense, pétaradant d'effets de lumière dans tous les sens, et en essayant au maximum d'écourter les phases de dialogues en champ/contrechamp. Mieux, deux ou trois scène sont vraiment sous-tendues par des principes conceptuels : on a ainsi la scène de bagarre (entre les deux personnages principaux) la plus fendarde et captivante que j'ai vu depuis longtemps, toute en cut, sans musique, et d'une longueur délibérément parodique ; ou encore, des combats qui varient les échelles temporelles avec l'utilisation la plus jolie et intelligente (et drôle) du bullet time que j'aie jamais vue. Par ailleurs, on retrouve des gourmandises gondriques pendant tout le film : insistance sur les gadgets, le système D, les appareillages merveilleux, le réagencement surprenant d'éléments banals du quotidien. Alors évidemment, tout n'est pas parfait, certains plans sont écourtés alors qu'ils auraient pu poser une ambiance poétique, le montage est parfois un peu échevelé, le début du film patine, bon... mais Michel parvient sans problème à montrer son style personnel et à le faire émerger du carcan pourtant restrictif du blockbuster hollywoodien. La musique finale, clin d'oeil au Kill Bill (vol. 1) de Tarantino, nous renvoie immédiatement à l'idée globale de plaisir simple. J'ajouterai enfin que le rôle féminin dévolu à Cameron Diaz est fort bien campé et varie des canons habituels de "la nana que le héros va pécho" (une brève réplique laisse même penser à son homosexualité !) ; également, il est à souligner que la 3D ne sert toujours strictement à rien, si ce n'est à voir des canapés en relief, mais qu'elle m'a moins fait mal aux yeux cette fois-ci. J'ai même pu retrouver la bagnole et ma femme en sortant.