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" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

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Ghibliothèque (Ponyo sur la falaise – Hayao Miyazaki ; Arrietty – Hiromasa Yonebayashi)

Un mois de janvier miyazakien ! Vous ai-je déjà dit que je considère le grand maître japonais de l'animation comme un des cinéastes majeurs des deux dernières décennies ? Rien de bien original me direz-vous. Oui, mais ça fait du bien de le dire. Maîtrise, beauté et intelligence qui se transforment en succès populaire, cela confine au génie. Voilà justement que j'ai visionné d'affilée les deux derniers nés du célèbre studio Ghibli, et c'est l'occasion de faire un point sur une fin de carrière (Miyazaki commence à se faire très vieux et surtout très aveugle) et le début d'une nouvelle ère qui verra peut-être le déclin, peut-être aussi la stabilisation, ou mieux un nouvel élan de créativité pour le studio nippon.

 

 

 

 

Technique ♦♦♦♦

Esthétique

Emotion ♦♦

Intellect  ♦♦

 

Ponyo sur la falaise (2007), fut peut-être le dernier film purement miyazakien. Après un Château ambulant qui me fait un effet sans cesse plus mauvais au fur et à mesure des visionnages (scénario trop éloigné de sa manière, personnages foutraques mais trop, style graphique trop policé, etc.), c'est un coup de (vieux) maître qu'a réalisé Miyazaki sur cette subtile variation de "La Petite Sirène" d'Andersen, transposée dans les kami et autres esprits fantastiques japonais. Ponyo est donc un kami ("femelle") aquatique dont le père est un scientifique hargneux et la mère la déesse des mers. Elle parvient à s'enfuir de son refuge sous-marin pour être adoptée par Satsuke, gentil petit garçon habitant une chouette maison en haut d'une falaise. Le scénario fort bien ficelé et clairement orienté "jeunesse" (malgré les inévitables réflexions plus matures sur la famille, l'entraide, la puissance de la nature, etc.) sait se faire discret pour laisser la mise en scène structurer l'ensemble du récit. Plus encore que la mise en scène, c'est peut-être en fait le style graphique qui occupe le centre de l'attention : à l'univers marin sublime exposé au début du film succède une grosse partie réaliste se déroulant autour du foyer de Satsuke, mais les merveilles ne s'arrêtent pas pour autant. L'herbe et l'eau, notamment, sont stylisés de manière simple (genre crayon de couleur ou ligne claire) mais l'animation ample aux coloris très expressifs provoque une terrible beauté des décors, et donc surtout des éléments naturels qui y sont incorporés. Pour le reste, c'est évidemment un bonheur de rythme et de montage, privilégiant toujours la clarté, l'humour, et les multitudes de gourmandises secondaires dans le dessin ou la mise en scène. Ponyo fait partie de ces oeuvres tardives et matures dans lesquelles l'artiste retrouve une seconde jeunesse, une maîtrise si complète de codes complexes qu'il parvient à les synthétiser pour donner un résultat simple et brillant à la fois.

 

 

 

Technique ♦♦

Esthétique

Emotion

Intellect   

 

Arrietty est donc sorti ce mois de janvier 2011 et nous renseigne peut-être déjà sur l'avenir de Ghibli. Un tout nouveau cinéaste dont je n'avais jamais entendu parler (Hirosama Yonebayashi), mais une recette déjà éprouvée. Influence de source européenne, mais réutilisée dans une imagerie plus spécifiquement japonaise avec ses motifs-type. Ici, c'est l'histoire d'un peuple de petites personnes, les chapardeurs, dont il ne semble rester plus qu'une famille, composée d'un papa courageux, d'une maman inquiète, et de leur charmante jeune fille, Arrietty (calquée sur le modèle de Nausicaa), qui va faire ses premiers pas d'adulte en partant avec papounet chaparder des petits trucs aux humains de la maison dans laquelle ils se cachent. Et chaparder pour les petites personnes, c'est vital : c'est le seul moyen pour eux de pouvoir manger ou se fournir en objets usuels ! Mais voilà qu'un jeune garçon humain vient s'installer dans ladite maison pour se reposer à la campagne en attendant d'être opéré car il est très malade. Il va faire connaissance avec Arrietty et les deux vont, naturellement, s'entraider après une difficile période d'adaptation. Après une exposition catastrophique (l'ami Hirosama ne sait visiblement pas comment démarrer son film), nous avons une première partie magnifique. L'univers des petites personnes est vraiment très beau, même si les trouvailles ne débordent pas d'inventivité : il y avait matière à créer une foule de détournements d'objets humains pour recréer un monde entier à petite échelle, mais le cinéaste montre bien que le centre du propos n'est pas là. La mise en scène et le "décor" importent visiblement moins que la relation centrale entre le jeune garçon et la petite chapardeuse. OK, si c'est voulu ainsi, je veux bien voir comme cela va être traité. En l'occurrence, je constate que l'aspect visuel est splendide, la progression de l'histoire (axée sur les chapardeurs dans un premier temps) bien faite, et surtout la sonorisation en tous points remarquable. Les sons du quotidien deviennent des masses de bruits raisonnants qui enveloppent les personnages, dessinent l'échelle réduite peut-être mieux qu'un dessin pourtant très réussi. Tout cela culmine dans une scène : Arrietty et son père émergent d'une maison de poupée pour atteindre un morceau de sucre posé sur une table en face (et une table en face pour un chapardeur ça fait très loin) ; une horloge teinte alors, Arrietty prend conscience du caractère périlleux de la traversée, le décor reste sombre et ténébreux : putain, c'est beau ! Par la suite, le film s'enlise un peu, oublie de faire de la mise en scène pour boucler l'histoire qui n'est, en soi, pas très intéressante. Les péripéties autour de la méchante bonne sont un peu bâclées d'ailleurs. Au final, on a un bon petit film un peu inégal, qui laisse poindre un style au sein de la matrice Ghibli. À suivre, avec on l'espère un peu plus de maîtrise.

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