" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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Ah, revenir à ses primes amours ! Je me suis rendu compte, dernièrement, que je délaissais ma bonne vieille science-fiction au profit de films, livres, bandes dessinées, par trop réalistes. À en vomir, vraiment. Aussi la sélection de cette semaine est-elle presque entièrement dévolue aux vaisseaux spatiaux, robots et autres créatures fabuleuses.
La BD de la semaine, Tombé du ciel (Gaultier & Berbérian, Futuropolis)(♦♦♦♦) est tout simplement une merveille. Un type qui a à peu près raté sa vie se retrouve à la quarantaine confronté à un extraterrestre (de type "petit gris") qui semble avoir eu une influence considérable sur son existence, à son insu. Cette petite histoire sympathique de "réalisme science-fictif" au traitement proche du fantastique (un élément imaginaire greffé au monde réel) est surtout magnifiée par un dessin tout en crayonnés de noir, hyper-dynamique grâce à un découpage léché et une variation systématique de l'épaisseur du trait et du "grain" en fonction des situations. Le cadre est à l'avenant, avec une belle capacité à préparer, parfois pendant plusieurs pages, une action qui aboutit à une case-clé brisant le récit.
On continue avec la grosse fournée SF, un peu inégale mais globalement pas mal. Pluto (Naoki Urasawa, Kana)(♦♦♦♦), sixième tome. C'est encore fabuleux, une grande série de science-fiction à mon sens, qui va devenir un classique. On dirait que c'est la fin (le personnage principal meurt), mais je pense qu'il y aura encore quelques tomes avec un retour d'Astro Boy. Miam ! Ai découvert ensuite la série Aldebaran (Leo, intégrale des cinq tomes chez Dargaud, parus entre 1994 et 1998)(♦♦♦♦) dans son entier. Un classique du genre, cycle incontournable de la SF contemporaine en bandes dessinées. En gros, ce fut une déception. Sur un scénario assez malin – un groupe de colons en provenance de la Terre échoue sur la planète Aldebaran aux caractéristiques fort proches, à l'exception d'une faune et d'une flore extraordinaires – le dessin peine à convaincre. Des couleurs chatoyantes, presque fluorescentes, qui évoquent irrésistiblement le style de l'auteur, mais des personnages fades, des visages inexpressifs, et surtout un découpage très lisse et linéaire, provoquent un curieux effet de laideur à partir d'éléments pourtant jolis. Le vrai brio de Leo survient lorsque la science-fiction s'en mêle : dès qu'un animal fabuleux occupe le cadre, notamment, là ça y est, on s'évade ; en somme les moments de grâce restent très ponctuels (deux ou trois fois par album), malgré leur indéniable réussite. Peut-être la banalité du reste ne sert-elle qu'à renforcer ces passages fugaces. D'accord, mais en attendant, le reste du temps l'on s'emmerde. Dans un style totalement différent, encore une découverte (l'alphabétique de la semaine) avec La Caste des méta-barons (T1, Jodorowsky & Gimenez, Humanoïdes associés, première édition en 1992)(♦♦♦♦), encore un classique de la SF contemporaine à la sauce hispanique, ce bassin de BD trop méconnu qui n'en constitue pas moins le quatrième grand foyer de la BD mondiale (après le franc-belge, le comics et le manga). C'est la première fois que je lis un truc convainquant de Jodorowsky, de la pure SF avec un futur très lointain mêlant avec bonheur récit dynastique (narré par un petit robot !), space opera (ténu néanmoins), batailles épiques et technologies fabuleuses. Un découpage à la serpe, avec des grandes cases très expressives, un peu confus par moment mais qui aménage ses meilleurs espaces pour accueillir une splendide imagerie de SF à l'inventivité constante.
Mais enfin, il n'y avait pas que de l'imaginaire néanmoins. Le cinquième tome de Bakuman par exemple (Ohba & Obata, Kana)(♦♦♦♦), a quelque peu relancé l'intérêt de la série, qui commençait à s'étouffer depuis quelques épisodes. De nouveaux personnages relancent l'intrigue de ce "manga sur le manga", malgré tout je ne sais pas si je vais continuer. Une sympathique petite BD d'humour gaguesque ensuite, Un héros presque parfait (Mady, Danjou & Fenech, Vents d'Ouest)(♦♦♦♦) : en une planche par gag, des prototypes de héros (calqués sur James Bond, Indiana Jones, ou encore sur des héros de genre, type western, fantasy, cyberpunk, vampire...) se succèdent de manière récurrente et accumulent gaffe sur gaffe. On sent pointer une certaine érudition derrière le potache, une bonne connaissance des mécanismes de chaque genre, du coup ça fait souvent mouche, parfois un peu moins avec des trucs déjà vus (notamment chez Midam). Enfin, festival d'Angoulêmes oblige (il est cette année président du jury), il fallait bien que je lise une BD de Baru, et ce fut Vive la classe ! (Futuropolis)(♦♦♦♦). Bon, comment dire sans être méchant... c'est pas mon truc. Ce récit visiblement autobio de l'ambiance "service militaire" dans les années 1950, apparemment en Moselle (dans la première case est évoqué Longwy, mon village de naissance !), avec dessin et découpage torturés au possible pour qu'on comprenne surtout le moins possible ce qui se passe, une colorisation d'une laideur vomitive, je n'arrive pas à comprendre. C'est vraiment, typiquement, le type de récit réaliste censément stylisé qui, au cinéma, donnerait du Godard ou du Tavernier, dont je ne parviens pas à comprendre l'intérêt. Ce n'est pas mon cinéma, ce n'est pas ma BD non plus. Et ça fait craindre le pire pour le Fauve d'or de cette année, non ? Allez, gardons courage, et espérons que Asterios Polyp ou Manabe Shima décrocherons la palme.