" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
Chers amis,
Vous comprendrez bien que, devant l'urgence du retard accumulé pour les chroniques de ce blog – et imaginez bien qu'il est conséquent – j'adopterai aujourd'hui un format "notice" qui siéra tout à fait, non seulement à la vitesse des lectures effectuées, mais encore à votre incapacité à lire un texte jusqu'à la fin en dénouant bien tous les liens logiques. Vous êtes trop bêtes, comme dit Fantasio à Gaston, donc je fais court. Pigé ? Et en plus j'ai pas le temps, il faut nourrir le chat.

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Les Hauts de Hurlevent [Wuthering Heights, Emily Brontë, 1847](♦♦♦♦) : traduit ici, ce qui est plus juste mais moins joli, Hurlevent des monts dans sa nouvelle mouture chez Flammarion. Ah, découvrir un classique, quelle sensation étrange. On se sent comme au pied du mont Canigou. Ma femme a insisté environ deux mois pour que je découvrâsse cette pierre inamovible et intemporelle de la romance anglaise, de la romance romantique et de la romance tout court. Soient deux manoirs raisonnablement éloignés et se dressant tout nus sur une lande sauvage, comme affrontés dans un face-à-face tellurique ; également une bonne, Nelly, qui raconte toutes les histoires de famille, de coucheries, de mariages entre cousins, de maladies, de peines et (un peu, des fois) de joies. Malgré que ce soit une bonne, elle adore user du subjonctif passé pour que nous découvrissions avec elle les vicissitudes éternelles des deux clans Earnshaw et Hindley qui se mélangent et se déchirent jusqu'à la lie sur deux générations et demi. Pour que ça paraisse plus réaliste, parce que pour l'instant les subjonctifs passé nous font douter de la véracité de cette bonne, on nous flanque un personnage point de vue qui ne sert qu'à écouter l'histoire. "C'est super bien écrit" m'avait dit ma femme. "Oui", pourrais-je aujourd'hui lui répondre si je ne craignassiai point ses foudres, "mais c'est bien écrit comme au milieu du XIXe quoi". Non, soyons honnêtes : s'il y a une incontestable "force d'évocation" dans ce roman par ailleurs fort bien construit, s'il y a une splendide utilisation de deux lieux clos perdus en pleine nature (les deux manoirs), s'il y a cette jolie idée de symboliser les sentiments et caractères des personnages par le biais des manifestations naturelles (le climat notamment), reste néanmoins un gros problème : on n'y croit pas une seconde à cette histoire. Attribuons cela au sempiternel niveau de langage de la narratrice et à ses rogntudjuuuu de subjonctifs passé, à la cohérence des personnages ou aux dialogues (à l'exception des saillies très drôles, intelligemment traduites dans un "langage campagnard", de Joseph), mais j'ai ressenti comme un manque général de cohérence qui m'a fait passer à côté du début et de la fin. Je n'ai réussi à être emporté que dans le noeud de l'intrigue et quelques passages bien sentis. Encore un monument Massacré.
Marcovaldo [Italo Calvino, 1963](♦♦♦♦) : là, par contre, rien à dire de ma découverte avec Italo Calvino. C'était de la très belle ouvrage que ce petit recueil de nouvelles dans lesquelles Marcovaldo, humble manoeuvre bardé d'enfants et paumé dans la jungle tellurique (je placerai ce mot à chaque notice, c'est un pari) de l'urbanité d'après-guerre, ne manque pas d'idées saugrenues pour amorcer des petites aventures confinant, toujours davantage au fil du récit, au surréalisme. C'est finement écrit avec un style simple et clair qui, du coup, englobe les manifestations incongrues avec le plus grand naturel. En conséquence, nous naviguons constamment entre la chronique réaliste et sociale, le conte, le surréalisme. Très beau, vraiment.
Les Royaumes du Nord ["À la croisée des mondes T1", Philip Pullman, 1995](♦♦♦♦) : encore un classique, plus moderne celui-ci (mouarf). Ce premier tome de la super série britannique À la croisée des mondes, en quelque sorte la troisième roue du carrosse du succès public derrière Harry Potter et Narnia, me laisse dubitatif. J'ai apprécié ma lecture, mais à la fois je ne pense pas poursuivre ce cycle, allez savoir pourquoi. Peut-être ai-je trouvé que l'histoire se concluait bien ainsi. Nous sommes dans un monde steampunk (pour savoir ce qu'est le steampunk, voir ici) dans lequel le décalage le plus visible est le lien intense existant entre chaque être humain et son daemon, sorte de croisement entre un animal de compagnie et le Familier si cher aux mages de Dungeons and dragons. La petite Lyra, personnage principal, se trouve être comme de bien entendu au centre d'une prophétie millénaire qui va rétablir l'équilibre, tout ça, et elle va vivre des tas d'aventures avec son gentil daemon Pantalaimon. Les idées de base qui régissent l'univers inventé sont très bonnes, à commencer par cet artefact central, le "lecteur de symboles" qui permet de prédire l'avenir. Les péripéties sont rythmées, le style d'écriture est très discret et la narration plutôt fouillée, assez dense, rondement exécutée. Il y a par contre des décrochages curieux : alors que Lyra est le personnage point de vue dans 95 % du roman, quelques passages par-ci par-là s'éloignent de cette focalisation pour mieux nous faire piger des pans de l'intrigue qui se déroulent loin d'elle. Etait-ce bien utile ? Cela perturbe la narration en tout cas, et constitue une alternative trop facile au maintien du suspense. Pas grand chose à dire par ailleurs, tout cela est bien fait, peut-être trop sagement et avec je-ne-sais-quoi de supplément d'âmes qui ne parvient pas à s'exprimer. Ou alors peut-être que je ne développe pas plus parce que j'ai très envie d'aller fumer une clope. Une clope tellurique.