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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 10:12

Certaines personnes exceptionnelles de votre entourage savent parfois vous convaincre, vous qui êtes déjà un génie à la culture titanesque, de vous lancer dans des explorations incertaines, l'oeil sceptique sous une paupière tressaillante. Ainsi fut-il de ma collègue Claire, dont la suprématie sur le rayon littérature ne se saurait contester. Un beau jour, v'la-t-y pas qu'elle me tend un opuscule chez Librio barré d'un "Marcel Proust" en haut de la 1 de couv'. Comme j'ai toujours un crucifix et une tête de coq sur moi, je m'apprête à les brandir. Vous auriez fait pareil. Puis, reconsidérant la question, je me dis que voilà une bonne occasion pour une première incursion dans Proust. Enfin dans son oeuvre, n'y voyez rien d'anal. Cela me décidera peut-être, un jour où par exemple je serais en prison ou dépressif, à entamer enfin la fameuse Recherche. Enfin pour l'instant et comme de juste, cela s'appelle Sur la lecture, et ça parle de lecture. Et c'est très beau. Je me lance les Danses polovstiennes de Borodine pour me mettre en condition.

 

 

 

http://myboox.f6m.fr/images/livres/medium/0022/07/sur-la-lecture-marcel-proust-9782290058787.gif

 

 

Technique 

Esthétique 

Emotion 

Intellect  

 

Avant toute chose, merci aux éditions Librio pour ce travail si sérieux : parvenir à laisser passer autant de coquilles énormes sur 70 pages, c'est déjà un exploit, mais alors faire en sorte que la date de première publication n'apparaisse nulle part, c'est ce qu'on appelle de la maîtrise (dans le sens de : un travail de maître) dans la médiocrité.

 

Ah, c'est sûr, il faut s'y faire à l'écriture de Proust. C'est ciselé. Et étiré à la fois. Il faut les vivre, ces phrases de vingt lignes pleines de juxtapositions, ces paragraphes compacts et rectangulaires, cette façon d'étirer la narration par des appels, une idée en entraînant une autre, un détail se transformant en développement, un développement en description, la description appelant un nouveau souvenir. Le souvenir a une place très importante dans ce texte. Grosso modo, Sur la lecture est divisé en deux. La première partie est la réminiscence de lectures d'antan. Entendons-nous bien : Proust ne parle pas des livres qu'il dévorait – on saura plus loin qu'il s'agissait en l'occurrence du Capitaine Fracasse de Théophile Gautier, mais peu importe – mais de la place qu'occupait la lecture dans son quotidien, notamment de vacances, la manière dont ce loisir occupé à combler le vide des activités devenait bien plus qu'un loisir. De tout ce petit texte, on peut ressortir que Proust considère la lecture, non pas comme un dialogue (s'opposant ainsi à je ne sais plus quel critique dont il parle dans la seconde partie) mais comme une amitié. Voilà une très belle idée.

 

Cette première partie a fait écho à l'une de mes lectures récentes, La Gloire de mon père de Pagnol. Évidemment, les styles sont aux antipodes. Mais ils m'ont semblablement touché dans leur convocation des souvenirs anodins de l'enfance érigés en paradis rétrospectifs, des anti-traumas emplis de plénitude. Bon après, j'aime moins la seconde partie, plus théorique, règlement de comptes un peu stérile, pas inintéressant mais qui n'a pas éveillé ma curiosité. Paradoxalement, j'ai préféré cette écriture-là, plus fluide, à l'impact émotionnel moindre sans doute, mais d'une toute autre lisibilité. Il y a ensuite un petit article nommé "Journées de lecture" dont on se fout un peu. Vous me direz : bon, il n'y a donc qu'une dizaine de pages qui m'aient plus ou moins convaincues là-dedans ? Oui, c'est vrai, mais j'y ai trouvé une voix qui m'a par moments estomaqué, et globalement interpellé. Suffisamment, peut-être, pour que je continue à l'avenir à faire connaissance avec ce cher vieux Marcel.

 

 

http://mookies.buffout.org/wp-content/uploads/2013/04/Equilibrium-movie-poster.jpg

 

 

 

Technique ♦♦

Esthétique ♦♦♦

Emotion ♦♦♦

Intellect  ♦♦♦

 

On passe à tout autre chose, en bonus-track : un film de SF post-Matrix. J'insiste sur ce dernier point. Du sous-Matrix en fait, pour être exact. Réalisé trois ans après le premier volet de la trilogie. Equilibrium se passe fin XXIe siècle si je ne dis pas de bêtises. Un système totalitaire asservit l'humanité en lui garantissant la paix (ou plutôt l'absence de guerre) par l'absorption obligatoire d'une substance qui annihile tout sentiment exacerbé. Exit donc la haine, la colère, la vengeance, mais par contrecoup adieu aussi à la joie, la passion et l'amour. Pour être bien sûr qu'aucune émotion ne vient titiller les gentils camarades citoyens, toutes les oeuvres d'art glorieuses des siècles passés sont traquées et détruites. Évidemment, ces oeuvres sont détenues et planquées par une bande d'insurgés, l'Underground, parfois planqués dans la masse, parfois ouvertement rebelles. L'Underground est harcelé et buté sans relâche par une sorte de secte politico-militaro-religieuse, à mi-chemin entre NASA et moines shaolin, le Tetra Grammaton, dont, ça tombe bien, fait partie notre personnage principal Christian Bale. Qui va douloureusement s'éveiller à l'émotion après avoir été un brin rigide.

 

Equilibrium convoque toutes les grandes dystopies élaborées depuis soixante ans, alors évidemment difficile de ne pas évoquer Orwell, mais aussi Fahrenheit 451 de Bradbury (même si on retrouve plus d'éléments de l'adaptation ciné de Truffaut). C'est néanmoins du côté de la BD d'Alan Moore V pour Vendetta qu'ont peut trouver le plus de similitudes. Et évidemment l'oeuvre matricielle (hoho), mais côté formel aussi cette fois, c'est Matrix. De là à ce que les frères Wachowski aient adapté la BD de Moore pour le grand écran trois ans plus tard en réaction au pompage d'Equilibrium, il n'y a qu'un pas...

 

Bon, résumons : la réalisation n'a rien de dégueulasse, les scènes d'action sont très lisibles et correctement chorégraphiées, et même il y a des chouettes idées de mise en scène par moments ; la construction globale (progression des personnages, révélations, affrontements...) est classique mais bien faite. Mais le scénario, selon le point de vue, a soixante (Orwell, 1984), dix (Moore, V pour Vendetta) ou trois (Wachowski, Matrix) ans de retard. Sempiternellement, la dictature est totalitariste et puise ses sources chez Hitler et Staline, avec toute la caisse de symboles détournés qui va avec. Il eut été bien plus intéressant de fabriquer une dystopie à partir de la forme de dictature bien plus insidieuse qu'est le néo-libéralisme. Ou taper sur des machines, comme Neo. Mais n'est pas Alain Damasio qui veut. Néanmoins, l'on note – et ma femme a eu la même réaction que moi au même moment à ce sujet – la chose suivante : Bale aurait été un bien meilleur Neo que Keanu Reeves. Un bon point pour Equilibrium par rapport à son illustre prédécesseur donc. Mais un seul. Ah si, un autre : c'est un meilleur film que les deux suites merdiques de la cyberpunkerie wachowskienne. 

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Published by Nico
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