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  • : " On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 20:19

http://vslibre.files.wordpress.com/2012/06/a-la-gloire-de-mon-pc3a8re.jpg

 

 

 

 

Technique ♦♦

Esthétique ♦♦

Emotion 

Intellect  ♦♦

 

 

 

Quand j'étais gosse, j'aimais pas les romans. Je dévorais surtout des docs en fait. Sur la nature, les dinosaures, les minéraux, tout ça. Très basique. Quelques bédés aussi. Des "Livres dont vous êtes le héros" à l'occasion représentaient déjà une grande aventure intellectuelle – je ne pouvais pas deviner qu'ils allaient devenir une immense passion quelques années plus tard. Mes premiers romans, en vrai, je les ai lus tard (proportionnellement à la somité que je suis devenu, je veux dire) ; peut-être une maigre poignée vers la fin du collège (Barjavel, Verne), et puis ça a véritablement démarré vers mes 18 ans. Sauf pour un roman, celui-ci : La Gloire de mon père de Marcel Pagnol.


  Je connaissais (je connais toujours) le film par coeur, chaque amorce de ligne de dialogue peut déclencher chez moi, au grand désespoir de ma femme et de mon chat, un irrespressible torrent théâtral. En d'autres termes je récite le film "avé l'assent" pendant quelques douloureuses minutes (douloureuses pour les autres). Un film qui doit beaucoup aux incarnations de Joseph et Jules par Philippe Caubère et Didier Pain, je dois dire. Mais là n'est pas la question : l'autre jour, j'avais terminé quelques lectures pour le prochain numéro de Fiction et il me fallait un petit succédané, vite lu et si possible plaisant. Je suis entré dans la pièce de mon appartement qui me sert de bibliothèque (plus tard de chambre d'enfant quand je serai grand), et en suivant les rayonnages dans l'ordre en partant de la gauche, j'ai vu "Pagnol", car c'est très mal rangé. "Inutile de résister, me dis-je alors – car je me parle souvent –, tu vas lire cela et point autre chose." Ce furent deux journées échauffées par le souvenir de la pelouse languissante des séjours estivaux chez ma grand-mère, pelouse qui me servait de canapé pour dévorer ce bouquin, plusieurs fois la semaine. J'aimais tout particulièrement les passages qui n'étaient pas dans le film, et donc ne souffraient pas de redondance, comme celui des achats inutiles de Joseph chez le brocanteur - c'est un moment très drôle. Je ne vous ferai pas l'affront de vous apprendre que c'est le récit autofictionnel de l'enfance solaire, sans doute en partie fantasmée, de Marcel Pagnol, plus précisément d'un épisode marquant de sa jeunesse : les vacances passées en famille à la Bastide neuve, dans le collines aubagnaises au-delà du village de la Treille. On est alors au tout début du XXe siècle.


 Récit de souvenirs d'enfance exagérément épanouis, La Gloire de mon père provoque en moi des souvenirs d'enfance exagérément épanouis. Dès lors, il est très difficile d'adopter la "partiale objectivité" qui est habituellement la mienne sur ce blog (j'ai tenté, néanmoins, de noter l'oeuvre en restant un peu rationnel). Probablement que ce roman n'est pas exceptionnel ; l'écriture est chaleureuse, rigolote et puérile. Des fuites de gravité (surtout à propos de la maman, Augustine) ont parfois lieu comme par inadvertance. Globalement, le ton colle au moment de ce basculement de siècle qu'on a pu nommer, c'est une coïncidence, la "Belle Époque". Peut-on tout simplement appeler ça une "madeleine de Proust" (je me demande si l'expression est juste dans ce cas-là) ? Toujours est-il que ce livre a en partie contribué à mon intégration à la Provence, qui est devenue un amour ; lorsque je l'ai lu, mes évocations étaient autant celles du petit Marcel au pied du Garlaban que celles du petit moi en train de mettre en scène d'improbables scénarios à base de dinosaures en plastique, dans le jardin, sur l'herbe et sous le regard bienveillant de l'épagneul. 

 

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Published by Nico - dans Du papier
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Claire 06/01/2013 17:02

Merci pour ce texte. Moins objectif que d’ordinaire, et plus impliqué qu’impartial. Enfin un livre que j’ai lu. (Et vu bien sûr le film en famille à sa sortie.)
Je viens répondre à ton inquiétude : la madeleine convient on ne peut mieux. Pas au moment où tu l'emploies, en effet ; mais parce que, d’une part, le roman de Pagnol est ta madeleine, d’autre part
et surtout parce que ton texte est proustien dans ses thèmes : le livre, le « pays », l’enfance, la lecture, leur relecture_ qui est une écriture. Ce Marcel-là est devenu un écrivain majeur. Or il
a eu un roman mineur chéri. Ce n’est pas "La Gloire de mon père" mais un autre roman de terroir ("François le Champi". ) Si cette qualification générique pour Pagnol te consterne, j’en suis ravie,
je plaisante. A+