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  • : " On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 10:43

http://www.filmotheque.fr/fichiers/005006-OS5VG.JPG

 

 

 

Technique 

Esthétique ♦♦

Emotion 

Intellect  ♦♦ 

 

 

Depuis peu possesseur d'un DVD en promo d'Isao Takahata, le comparse de Miyazaki aux studios Ghibli, je l'enfournai ainsi que ma compagne (ne voyez aucune ambiguité dans cette formulation) par un paisible soir de grand vent.

 

Annonçons d'emblée la couleur : je suis largement moins amateur des petites histoires réalistes de Takahata que des épopées fantastiques et autres contes merveilleux du grand Hayao. Pompoko, par exemple, j'avais trouvé ça assez chiant. Bon, Le Tombeau des lucioles, d'accord, difficile de ne pas trouver ça bouleversant. Mais justement un peu trop lacrymal. Kié est pour l'instant le film d'Isao que j'ai préféré, d'une bonne longueur. On reste pourtant en terrain balisé : Japon réaliste, urbain mais périphérique, époque difficile à déterminer (années 1960 ?), la seule concession à une petite touche d'imaginaire réside dans les deux personnages de chats très cartoonesques et rigolos. Sempiternellement, c'est une histoire de famille.

 

Kié n'est pas tant une peste que ça, c'est surtout une gamine que la situation familiale a rendu particulièrement dégourdie, autonome et courageuse. Elle vit avec son père Tetsu, un bon à rien propriétaire d'un restaurent que Kié gère en fait quasiment seule, avec un coup de main des grands-parents désespérés par leur fils. Maman est partie depuis belle lurette, dépassée par les frasques de son mari addict au jeu, menteur, irréfléchi et la bagarre facile.

 

 

http://static2.dmcdn.net/static/video/063/145/43541360:jpeg_preview_large.jpg?20120405133552

 

 

Le film est fractionné en sketches burlesques très délimités, mais pour autant, une linéarité se dégage, on progresse dans le temps, et les rapports entre les personnages évoluent. L'enjeu déterminant dans Kié, c'est l'équilibre à trouver entre la radicalité des attributs masculins traditionnels (qui sont l'apanage de Tetsu : violent, sanguin, pas fiable) et des attributs féminins (la maman : douce, réservée, angoissée). Kié, influencée par ses deux parents, trouve une voie médiane qui lui permet de tracer le sillon d'une personnalité propre. Et elle cherchera bien sûr à réaliser le rêve de réunir à nouveau ses parents, dans une meilleure compréhension mutuelle basée sur la compromission et la communication.

 

La construction un peu "facile" en épisodes permet à une logique feuilletonnesque de se mettre en place, et l'attachement envers tous les personnages est profond. La réussite vient surtout de ce personnage principal qui ne se retrouve jamais effacé par des secondaires très bruyants, charismatiques, hauts en couleur. C'est de l'anti-Tintin : Kié parvient à exister encore mieux que ses comparses pourtant très typés. L'animation (due à Yoichi Kotabe, déjà à l'oeuvre sur Horus prince du soleil, un très beau film) est réussie malgré la pauvreté, l'austérité volontaires des situations et des décors. Le découpage est tellement fluide et limpide que les échanges dialogués laissent impeccablement leur humour s'exprimer, de manière simple et lisse, sans effets exagérés. Il y a même un effort de mise en scène constant, notamment une volonté de ne pas laisser le cadre s'appauvrir en laissant des actions anodines se dérouler en arrière-plan, voire hors-champ (brochettes qui grillent, chat empaillé posé dans une posture glorieuse, foule qui passe dans une fête foraine...).

 

La petite peste a réussi à me réconcilier avec un certain cinéma d'animation japonais intimiste. Brave enfant.

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