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" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

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Deux films pas pareils (Hellraiser de Clive Barker, 1987 ; Match Point de Woody Allen, 2005)

 

 

 

 

 

Technique 

Esthétique 

Emotion 

Intellect  ♦♦ 

 

 

Et moi qui prenais Clive Barker pour un nouvelliste d'horreur, le Stephen King britannique en plus punk. Mais il cachait bien son jeu, le bougre : il a aussi fait des films ! Et au moins un bon, donc, puisque Hellraiser a été une vraie bonne surprise. Et un film culte aussi, d'après les échos que j'ai eus. Je le crois volontiers.

 

Un type acquiert dans un bouge mystérieux d'Orient un cube de la taille d'un Rubik's Cube, mais avec moins de couleurs et surtout des gravures mystérieuses (il y a beaucoup de trucs mystérieux dans ce début de film). Le type, qui est lui-même mystérieux (car barbu et au passage quasiment mon sosie : même élégance sinueuse, même visage amical barré par une paire de sourcils animaux), ramène le cube chez lui (on saura plus tard que c'est dans une maison abandonnée qui appartient à sa famille) et se livre à un rituel mystérieux (eh oui, encore) qui "ouvre" le cube, lequel, on le devine, est en fait une clé ouvrant un passage vers un autre monde. Le beau barbu se trouve donc projeté dans un univers parallèle très sale et méchant et dégueulasse. Et mystérieux.

 

Cut.

 

Un couple un peu tendu emménage dans la maison en question. Après le rituel, devine-t-on. L'homme est en fait le frère du type barbu mystérieux. Et la femme – manifestement névrosée – a eu une aventure avec ledit barbu dans le passé (apprend-on grâce à un flashback). Alors qu'elle visite le grenier (je vous passe les détails), elle est agressée par une créature humanoïde aux chairs apparentes qui se trouve être le type barbu, autrement dit son ex-amant, duquel elle est encore fascinée, parvenu à échapper au monde de merde dans lequel il subissait des expériences atroces perpétrées par des créatures démoniaques. Mais il a besoin de sang humain pour revenir pleinement et reconstruire son corps. Elle va donc devoir tuer pour lui. Les meilleures scènes du film : lorsque cette femme doit séduire des hommes pour les attirer dans le grenier et les défoncer à coups de marteaux, puis qu'à force elle manie ce processus avec la force de l'habitude, c'est saisissant. C'est le triangle amoureux classique : le mari est gentil et prévenant mais peu stimulant, tandis que son petit frère est dangereux, inquiétant (en plus d'être un monstre) mais diablement attirant. Vers la fin du film, son emprise sur la nana sera totale et Barker opère un subtil basculement de point-de-vue en direction de la fille (genre jeune adulte courageuse) du gentil mari.

 

 

Voilà en gros ce qu'il se passe dans Hellraiser. Le scénario est à la fois classique et piqueté d'originalités. La réalisation est correcte, elle sent bien son époque au niveau photo et décors. Au niveau de la mise en scène, Barker choisit de "flouter" tout le début du film avec des juxtapositions de scènes et d'images peu évidentes, desquelles il est difficile de retirer des liens logiques. Mais c'est bien normal : c'est la perte de repères qui correspond au personnage psychotique et ésotérique du type barbu mystérieux (je me rappelle pas son nom décidément). Alors du coup ça peut donner des choses assez belles ou assez confuses selon les moments. Le coeur du film (avec l'introduction des deux personnages point-de-vue, le couple) est beaucoup plus formalisé et reprend les codes classiques de l'horreur (qu'est-ce qui se cache en contre-champ ? quel est ce bruit à l'étage ?). Ce qui fait vraiment la différence, dans Hellraiser, c'est la qualité des effets spéciaux. Et là je vous arrête tout de suite : je ne parle pas de réalisme. Le réalisme des sfx dans un film, je n'en ai strictement rien à paner, et je pense que le cinéma fantastique, de SF et de fantasy a beaucoup souffert d'être réduit à ça pendant très longtemps (sur le mode : "ce film est pourri" "ouai mais t'as vu le vaisseau comme il est bien fait" "on s'en fout"). Par contre la beauté des éléments fantastiques dans Hellraiser est déterminante et elle dépend directement de la qualité artistique des maquillages, déguisements et effets.

 

 

 

 

En l'occurrence, à l'exception des décharges de lumière jaune ou violette qui parcourent le cube lorsqu'il s'ouvre, tous les éléments fantastiques sont merveilleusement beaux dans ce film. À commencer bien sûr par la monstruosité décharnée qui se dissimule dans le grenier. Sa reconstitution progressive est remarquablement rendue (os, puis organes, système nerveux, recouvrement des sensations, puis des émotions, ensuite chair et la peau viendra en tout dernier), on le perçoit à la fois comme redoutable, vicieux, manipulateur et... vulnérable. Eh oui, car les effrayants cénobites (ceux qui habitent dans le monde du cube) sont à sa poursuite. Et alors eux, on ne les voit pas beaucoup, mais c'est un vrai festival de freaks, un condensé de Jérome Bosch, du manga Berserk et de la cantina de Star Wars. Vous n'avez qu'à jeter un oeil à l'image au-dessus. Ils sont merveilleux, et la film vaut le coup pour leur seule apparition. Mais pas seulement : Hellraiser est vraiment un classique justifié du cinéma d'horreur, même s'il doit beaucoup à sa galerie de portraits et à quelques scènes clé.

 

 

 

 

 

 

 

 

Technique 

Esthétique 

Emotion 

Intellect  ♦♦ 

 

 

J'aime de moins en moins Woody Allen au fur et à mesure que les années déposent sur mon crâne tondu une poussière d'argent. Comme tout le monde, j'ai eu ma petite période de fascination devant Manhattan. Je continue à dire, aujourd'hui si mature et exigeant, que Dieu Shakespeare et moi est le bouquin le plus bidonnant de la création. J'estime toujours que les citations du juif new-yorkais valent celles de Jésus et Oscar Wilde réunies. Et pourtant, plus je regarde ses films (souvent lors d'un passage télévisuel, comme dans le présent cas), moins je comprends qu'on puisse qualifier ce mec de génial, voire même de talentueux ; et plus je m'emmerde.

 

Nous avons là un triangle amoureux (c'est là le rapport, unique d'ailleurs, avec Hellraiser ci-avant). Un prof de tennis devient ami d'une famille richissime. Notamment du fils. Il séduit sa soeur, une nana simple et jolie, mais aussi un peu nunuche et prévisible. Il est cordialement accueilli dans ce foyer d'adoption, mène un train de vie qu'il n'aurait jamais soupçonné. Mais contracte un désir violent à l'endroit de la promise du frère, Scarlett Johanson, bombasse caractérielle qui laisse entrevoir une méchante torture intérieure.

 

L'idée du film c'est que des événements infimes peuvent amener à transformer des existences entières. C'est le fameux plan sur la balle de tennis qui rebondit sur la partie supérieure du filet et dont la trajectoire retombante demeure suspendue, incertaine : de quel côté du terrain va-t-elle rebondir ? Ceci étant, on se fait chier grave. Le personnage principal est très bien mais Scarlett pas du tout (je reconnais adorer sa plastique, par contre je trouve qu'elle joue comme une chiure dans tous ses rôles), Woody déroule un fil et nous balance des grosses ellipses (heureusement !), de quelques jours jusqu'à plusieurs mois, pour ne nous faire assister qu'aux moments-clé qui en révèlent juste assez sur la progression des personnages.

 

Il faut reconnaître que c'est assez bien construit, très fluide, que les dialogues sont bien écrits, que cela se suit sans déplaisir. Mais c'est d'un prévisible ! Il n'y a réellement aucune surprise, et comme il n'y a pas vraiment de mise en scène non plus, on a rapidement fait le tour des points d'intérêt. Il y a une dernière partie plus inattendue qui relance péniblement la machine en poussant le perso principal vers des extrémités qu'on ne soupçonnait pas. Mais c'est tout. Et c'est trop peu.

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N
Je ne sais que répondre car il n'y a rien à répondre. Les pistes que tu ouvres sont toutes pertinentes et relancent l'intérêt du film.<br /> <br /> Mais a posteriori.<br /> <br /> Le problème résiduel, c'est que je n'ai pas eu envie d'explorer ce film parce qu'il est dénué de mise en scène. Le fond, la symbolique, la qualité du scénario, tout cela est très bien, mais ne me<br /> suffit pas. Il fallait qu'il écrive un bouquin à ce moment-là. Mais il choisit de faire un film, donc il DOIT faire de la mise en scène. Les points de profondeur que tu relèves sont réels mais pas<br /> spécifiques au matériau cinématographique.<br /> <br /> D'ailleurs tu en as l'intuition puisque tu écris en préambule : "Je ne saurais prouver que c'est un bon film." Eh non, car c'est un mauvais film. Une HISTOIRE passionnante sans doute, mais un<br /> mauvais FILM (je m'excuse pour les capitales mais on peut pas mettre en italiques dans ce bloc de texte).
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C
Salut à toi, Nico. Qui, je le sais, es bien convaincu que le temps ne fait rien à l'affaire. Pas davantage donc quelques poussières d'argent. Préambule pour porter secours à Match Point. Je ne<br /> saurais prouver que c'est un bon film. Mais au moins témoigner que je l'ai adoré, sans m’ennuyer un instant. Scarlett joue très bien, en plus ! Surtout, il me semble que ce film montre avec<br /> subtilité ce qu’est réussir sa vie, au sens Jacques Ségalaien du terme, en étant un raté. Conformiste, lâche, malhonnête (jusqu’envers soi-même), et meurtrier. L’aspect de démonstration terme à<br /> terme, appuyé ET jamais lourdingue, que la vie est un jeu, mais un jeu<br /> à plusieurs niveaux, m’a enchantée. Ainsi le héros aura de belles montres mais ne sera jamais heureux. Il est méprisable. Il a tué son amour. C’est-à-dire renoncé au vrai risque. Il perd le grand<br /> jeu (tennis), réussit au sens petit (ping-pong.) Prof, pas champion. Sa vie sera l’enfer qu’il a bâti lui-même. Bien fait pour lui, ha ha. L’argent, la respectabilité, ne font rien à l’affaire.<br /> Pointe ici la peur de Woody Allen de ne pas être un artiste, mais un professionnel qui a du succès. Il y a une ligne, de chance, de risque, un abîme. Pour ma part, je parie que Woody est un<br /> artiste. Je l’aime. Après, il a fait aussi des films moins bons. Mais pas celui-là, Nico, pas Match Point. Aussi je souhaite que tes lecteurs ne se laissent pas embobiner par ta redoutable force de<br /> frappe stylistique. Car ce film est beau, quand bien même ce que tu écris est toujours passionnant.
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