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  • : " On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 11:23

Période des fêtes oblige, je n'ai pas vraiment eu le temps de faire des articles détaillés sur tout ce que j'ai lu et vu au mois de décembre. Comme il y a eu pas mal de trucs intéressants, ça vaut quand même le coup d'en dire deux mots dans des fiches express.

 

 

http://www.filmofilia.com/wp-content/uploads/2012/09/THE-HOBBIT-AN-UNEXPECTED-JOURNEY-Poster.jpg

 

 

 

Technique ♦♦

Esthétique ♦♦

Emotion 

Intellect  

 

 

 

The Hobbit (Peter Jackson, 2012) a exactement les mêmes caractéristiques que les précédents films de la trilogie Lord of the rings. À savoir, côté positif : des instants de pure féérie, une immersion fonctionnelle, décors et costumes participant grandement à celle-ci, personnages bien incarnés. Et, côté négatif : des dialogues insupportables, une grandiloquence perpétuelle, 50 % du film au ralenti, des scènes d'action interminables et une manière de les filmer et monter que je ne supporte pas. Découvrir une nouvelle adaptation de Tolkien révèle à nouveau l'extrême difficulté du défi : on a tort de penser qu'il est seulement technique – Peter Jackson semble gérer le tournage en numérique avec la force de l'habitude – il est aussi et surtout intellectuel. Ce qui est fascinant dans l'oeuvre de Tolkien, ce n'est pas tant la succession des péripéties (très classiques) et l'originalité de l'imaginaire convoqué (emprunté à diverses mythologiques européennes), c'est la richesse d'une mythologie inventée, construite autour d'une langue (elfique). Et cela c'est impossible à adapter. Jackson le tente par moments dans The Hobbit (lors de passages un peu didactiques sur l'histoire lointaine de la Terre du Milieu) et ça ne marche pas trop mal, mais très vite, il revient vers ce qui est le plus cinématographique (selon lui) : les péripéties. Et comme elles sont un peu plan-plan dans la première moitié, il se sent obligé de noyer la seconde sous un courant de scènes d'action, sur un mode angoisse-combat-évasion qui se répète ad nauseam. Pourtant, tout le passage avec les nains chez Bilbo, passage burlesque et émouvant, sur un mode de "conte" plus conforme à l'oeuvre d'origine, est à mon sens ce que Peter Jackson a filmé de mieux en Terre du Milieu. Alors bien sûr, la scène avec les géants des montagnes est spectaculaire, époustouflante, mais y avait-il vraiment besoin d'y faire participer les personnages, qui se trouvent en danger (angoisse-combat-évasion) alors qu'une simple contemplation du phénomène (comme dans le livre du reste) aurait été tout aussi belle et moins indigeste ? Alors bien sûr, on s'évade sur la (longue) durée du film mais on atteint pas la "suspension d'incrédulité" voulue par Tolkien tout simplement parce qu'on a maintenant repéré les tics du cinéaste, que ce soit au niveau du rythme, du découpage de l'intrigue, des tentatives d'humour ou des personnages (entre autres celui de Gollum, qui se révèle dénué de surprises).

 

 

http://nantesbd.com/wp-content/gallery/itw-gess/couv_integrale_brigade_chimerique_1.jpg

 

 

 

Technique 

Esthétique 

Emotion 

Intellect  

 

 

La Brigade Chimérique (Serge Lehmann, Fabrice Colin & Gess chez L'Atalante) a été mon auto-cadeau de Noël et ma grande lecture BD de la fin d'année. Pourtant, au départ, j'avais failli m'énerver : dans la version que je me suis achetée (les 6 volumes en une intégrale), un important paratexte en fin d'ouvrage rassemble la genèse de l'oeuvre, jusque là pas de problème, mais aussi de longues notes explicatives se reportant à des planches en particulier. Voilà un truc qui me fout hors de moi, et j'avais eu le même souci avec une BD de fantasy par ailleurs excellente qui s'appelait Servitude : si la lecture d'un texte est nécessaire à la compréhension de l'intrigue, alors ce n'est pas de la BD. Fallait faire un roman. Le découpage est seul tenu de distiller les informations, et si on ne sait pas s'en servir, eh ben faut pas faire une BD. Bon, au final, mon énervement est resté passager pour deux raisons : 1) les notes ne balayent pas de zones d'ombre, ne se substituent pas à l'intrigue, mais simplement éclairent un peu mieux la foule de références utilisées, ce qui, il faut bien le dire, est très utile, parce que Lehmann est allé nous pêcher des personnages pour le moins obscurs. 2) Le découpage est tellement bien fait que leur lecture n'est pas indispensable à la compréhension de l'histoire. Disons-le ainsi : on peut se passer de piger toutes les références pour apprécier La Brigade chimérique, mais si on se dispense de la lecture ponctuelle des notes en annexe, on y perd un peu en profondeur et en plaisir. Passons outre : cette histoire de la fin des super-héros européens, c'est d'abord une idée géniale, mille fois plus intéressante que n'importe quel Marvel. Le développement est formidable, recèle des tonnes de surprises, de clins d'oeil, d'humour, de suspense, mais en plus, cerise sur le gateau, la réalisation de Gess est remarquable. Je l'ai dit, le découpage est parfait, avec une échelle de plans impeccablement maîtrisée, quant au dessin il épouse généreusement l'ambiance et le propos : c'est de la ligne claire qui accepte de livrer des détails, de varier le niveau de réalisme, en fonction du type de plan. Un bonheur pareil vaut bien un petit coup de sang inaugural.

 

 

http://www.mollat.com/cache/Couvertures/9782809703887.jpg

 

 

 

Technique 

Esthétique ♦♦

Emotion 

Intellect  

 

 

Belle découverte de l'auteur japonais Edogawa Ranpo en trois romans – L'île panorama, La Bête Aveugle et Le Lézard Noir, réunis en un coffret chez Philippe Picquier : on en parle dans le prochain Ficion.

 

 

 

http://www.filmotv.fr/elts/programmes/1215/1215_w_342.jpg

 

 

Technique 

Esthétique 

Emotion 

Intellect   

 

 

Revu à la télé 8 femmes. Je n'en ferai pas des tonnes sur ce beau film de François Ozon. Je rappelle l'idée : un huis-clos criminel dans une grande baraque isolée, probablement vers les années 1950, le maître de maison est assassiné, la seule coupable possible est à chercher dans une des huit femmes de son entourage : sa femme, sa soeur, sa belle-soeur, sa belle-mère, sa bonne, une de ses deux filles ou leur nourrice. Évidemment, chacune dissimule son ou ses secrets, et entretient avec le défunt des relations bien plus complexes que prévu. Esthétiquement, c'est très bien bossé avec des codes de couleurs à la fois jolis, cohérents et intelligents pour chaque personnage. Très bonne écriture, montage et échelle de plans sont un peu placides mais cohérents, et même le choix d'infuser une comédie musicale dans l'intrigue passe bien, notamment parce que les chansons choisies ont souvent de beaux textes, accordés aux personnages qui les interprètent (on termine même le film en apothéose sur une des plus belles chansons de Brassens). Ozon multiplie les appels à la pièce de théâtre dont le métrage est inspiré : rideau rouge pour clore les scènes (les "actes"), diction surarticulée, faux raccords "exprès" pour notifier les changements de décors. Mon petit regret, finalement, c'est que Ozon n'ait pas radicalisé le concept jusqu'au bout. Il a huit actrices incroyables (je me permets d'excepter Virginie Ledoyen qui me gonfle passablement) et trouve quand même le moyen de glisser une poignée de plans (certes de dos et muets) sur l'acteur qui joue le père de famille. Pourtant – et ça c'est en références à tous les gens qui ont pu me dire qu'ils trouvaient ce film "féministe", non mais c'te blague – toute l'histoire, tous les personnages, toutes les intrigues, gravitent déjà autour de cette figure paternelle ; c'était l'occasion rêvée de débarrasser un film de toute masculinité, de laisser le féminin prendre entièrement possession de la pellicule ! Vous me direz, le danger eût alors été que le film passe pour "anti-féministe", tant chaque femme a à se reprocher dans cette histoire (hormis, il faut le noter, la nourrice : noire, lesbienne, socialement inférieure et quasiment irréprochable). Ne tombons pas, en tout cas, dans le pathos : ce film n'est pas du tout une ode à la féminité, c'est tout le contraire : c'est une démonstration de tout ce que peut dissimuler une figure féminine classique (femme trompeuse, belle-soeur envieuse, etc.) et c'est peut-être en ça, d'ailleurs, qu'il est un peu féministe : il ne réduit pas la femme à une surface.

 

 

http://www.noosfere.org/images/couv/j/jl0799-1988.jpg

 

 

Technique 

Esthétique ♦♦♦

Emotion ♦♦

Intellect   

 

Les Enfants d'Icare est un roman qui traînait dans ma bibliothèqe, signé Arhur C. Clarke, écrit en 1954, soit en pleine Guerre Froide. Je rappelle aux ignares qui est ce monsieur : grand auteur de l'âge d'or de la SF américaine (années 1950) et autoproclamé plus grand des plus grands avec Asimov, c'est aussi lui qui a cosigné avec Kubrick le scénario de 2001 l'odyssée de l'espace. Pas n'importe qui, donc. Et justement, Clarke s'amuse à nous lancer sur une fausse piste dès l'amorce du récit : on est en 1975 (soit 20 ans dans le futur par rapport à la date de rédaction) et on suit une course à l'espace entre Russes et Américains par l'intermédiaire de deux personnages point-de-vue tous deux Allemands et astro-physiciens, mais l'un a choisi le bloc de l'Est, l'autre l'Occident. Eh bien en fait, on se fiche de tout ça et au bout de 15 pages on comprend qu'on ne reverra jamais ces personnages, puisque des extra-terrestres débarquent. Ce démarrage assez drôle met en perspective la période d'abondance qui va suivre : Cocos et Amerloques étaient sur le point de se balancer des missiles pour être les premiers à orbiter, et voilà que des nefs immenses avec à leur bord de bienveillants aliens, les Suzerains, se positionnent au-dessus des principales villes du monde. C'est pour mieux les atomiser, mon enfant, pensez-vous tout de suite. Eh bien non : les Suzerains prennent en charge les affaires de la Terre et la transforment en une Utopie étroitement contrôlée. C'est le négatif de Independance Day, du Wells pacifique ! Et c'est ça qui est étonnemment agréable dans ce roman, c'est qu'il est traversé par une onde d'intelligence, de placidité et de bon goût, bien loin de l'image belliqueuse et époque envoyée par la SF américaine classique. Les enjeux de l'intrigue sont essentiellement intellectuels : qui sont les Suzerains et quel est l'intérêt pour eux de prendre ainsi soin des Terriens ? Peut-on vraiment être libre dans cette Utopie ou s'agit-il d'une dictature éclairée ? L'Utopie, pour Clarke, est en tout cas pour le moins progressiste : c'est un monde laïc, technicisé, sexuellement libéré, mature, lucide, mobile. La croyance religieuse disparaît presque instantanément, remplacée par la visibilité quotidienne du mystère. Alors bien sûr, tout cela n'est pas écrit avec une infinie beauté, mais la construction est correcte, les changements de point de vue inattendus apportent chacun quelque chose au récit, et même si le dernier tiers est un peu plus vacillant, Childhood's end (ou "la fin de l'enfance", titre original bien plus significatif que le français) est une jolie métaphore de la quête de maturité appliquée à l'humanité entière. Un classique justifié.

 

 

 

http://www.bedetheque.com/Couvertures/Couv_98839.jpg

 

 

Technique 

Esthétique ♦♦

Emotion 

Intellect   

 

Et enfin quelques mots sur La Guerre d'Alan de Emmanuel Guibert, chez L'Association (intégrale des trois volumes). Encore un récit de guerre ! Même si j'ai été beaucoup moins bluffé que pour le chef d'oeuvre Charley's War, également reçu en service de presse, j'ai quand même été captivé par ce récit véridique de Alan Ingram Cope, dont les propos ont été recueillis et mis en scène par Guibert. Pour faire simple : la narration de Cope est splendide. Il raconte un petit bout de la Seconde Guerre Mondiale, mais il n'a été engagé qu'en 1945, du coup il ne se passe presque rien de véritablement "guerrier", on doit dénombrer quatre coups de feu en tout en 300 pages, et Alan prend bien plus de temps pour raconter ses rencontres, multiplie les allers-retours entre les époques et les lieux, avec lenteur. Sa vie est passionnante, mais c'est surtout le regard qu'il pose sur son existence et sur les gens qu'il rencontre qui la rend passionnante. Un regard sans haine, sans a priori, très humaniste. Quant à la réalisation proprement dite de Guibert... là, je sais pas trop. Il faut lui reconnaître l'audace du projet, la captation qu'il a su faire des histoires de Cope, mais leur mise en scène... il choisit des personnages hyper stylisés, très éloignés du réalisme qu'on accorde généralement au récit de guerre – tant mieux puisque ce n'est pas un récit de guerre – en croquant des visages en quelques traits, il les universalise, fort bien. Mais les décors sont, au choix, inexistants ou photo-réalistes. Dans les deux cas, ça ne me satisfait guère. Oh, bien sûr, je saisis l'intérêt, ça permet de mettre en avant le texte, le discours intérieur de Cope, qui est l'attraction fondamentale de cette BD. Mais, du coup, ça met aussi l'accent sur le peu d'intérêt du dessin. C'est simple, je pense que les trois-quarts des cases pourraient se passer de l'illustration et ne conserver que le texte. Le reste du temps, je l'accorde, la séquentialité de la BD permet de mettre en scène des passages qui auraient été abrupts en texte seul. Quelquefois, même, grâce à quelques cases aux dessins splendides en taches claires-obscures, quelques découpages réussis, on regrette que Guibert se soit autant effacé derrière la narration de Cope, qu'il n'ait pas davantage mis au même niveau sa propre narration.

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Published by Nico
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