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  • : " On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 09:17

http://www.actucine.com/wp-content/uploads/2013/05/Man-of-Steel-130521-01.jpg

 

 

 

Technique ♦♦♦♦

Esthétique ♦♦♦♦

Emotion ♦♦♦

Intellect  ♦♦♦♦ 

 

 

Nous nous élanciions si confiants. Notre réticence légendaire aux films de super-héros était tempérée par le souvenir de quelques réussites, certes d'une autre époque (le premier X-Men par exemple), ou par le nom du réalisateur, qui était parvenu à nous emballer quelque peu avec son adaptation des Watchmen et un autre film (Sucker Punch) raté mais intéressant. Mais parfois, des espérances même raisonnables sont balayées par la réalité clinique, bardée de pointes qui pénètrent la chair. Au bout de neuf minutes, j'ai compris qu'on s'était plantés, au bout de dix-huit minutes, j'ai compris que Snyder s'était planté, et au bout de vingt-et-une minutes déjà très longues j'ai compris que Nolan se foutait de notre gueule. Au bout de vingt-neuf j'ai eu envie de sortir de la salle. Au bout de trente-trois, j'ai accepté l'inéluctable, je me suis enfoncé dans mon fauteuil et deux doigts au fond de la gorge.

 

Abordons tout de suite, avec un sourire évangéliste, le seul point positif de Man of steel : la distribution est pas mal. Le gars qui joue Superman s'en sort honorablement, malgré le handicap de son hypertrophie mammaire. Russell Crowe est plutôt rigolo. Ah et celle qui joue Loïs Lane apporte une petite touche surprenante dans le casting. Voilà c'est tout. Alors évidemment, cette ombre de sourire est rapidement dissipée par les jeux suffoquants du méchant, pour qui le mot "cabotinage" a été inventé, et très profond, loin dans l'abîme des acteurs égarés qui se réfugient dans des expressions ridiculement sentencieuses, on trouve Kevin Costner. Mais vraiment très au fond.

 

Mais n'accablons pas ces pauvres exécutants ; ils ont une excuse de roi : le scénario est épouvantable. Mais je sens que je le caractérise mal : épouvantable. Dialogues minables de personnages pour le moins caricaturaux (et Costner peut se planquer derrière son rôle, extirpé de ce que Shyamalan a pu inventer de plus insupportable), déroulement calqué sur n'importe quel blockbuster action/SF paru dans les cinq dernières années, et le must : une foule d'incohérences, notamment sur la partie Krypton, qui rendent le film totalement absurde. Soit la planète Krypton qui est sur le point d'exploser ; elle abrite une race très évoluée technologiquement et secouée politiquement, puisqu'un coup d'État perpétré par le général Zod échoue de peu. Donc : 1) comment les kryptoniens ont-ils pu si mal anticiper la fin de leur planète ? 2) pourquoi ne montent-ils pas tous dans des gros vaisseaux pour aller réfléchir ailleurs et 3) s'ils n'en ont pas le temps, pourquoi Russell Crowe parvient-il, lui, à planquer son fils Kal-el dans une fusée qui parvient sans encombre sur la Terre ? 4)  pourquoi Zod choisit-il juste ce moment pour tenter son coup d'État ? 5) Pourquoi, une fois arrêté, est-il envoyé dans une cellule de stase avec tous ses potes pendant que les habitants se laissent crever sur leur planète ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Je vais vous le dire moi : scénariste fatigué. Ou en grève. Ou pas embauché, en fait.

 

Ma santé mentale ne me permettra jamais de faire le catalogue des illogismes innombrables qui parsèment ce film. C'est un festival. Par flemme et parce que l'article est très drôle, je vous renvoie au blog de ce cher Odieux Connard qui, lui, s'y est collé jusqu'au bout. Chapeau. Pour résumer, disons juste que c'est très fatigant. Et passons sur les impossibilités diverses liées au positionnement des personnages, aux hasards providentiels et autres deus ex machina : c'est désastreux. Et particulièrement dérangeant eu égard à la tonalité voulue par le film. Je rappelle le grand truc de Nolan : traiter la SF sur un mode réaliste ; c'est quasiment lui qui a lancé la mode avec Batman begins (2005) et maintenant tous les blockbuster action/SF adoptent ce style. C'est bien beau, mais du coup, y a intérêt que la cohérence aille avec. Pour faire un comparatif : un peu de billevesées dans un bon vieux Carpenter ou Robert Rodriguez, ça ne choque pas trop parce qu'il y a une ambiance baroque/série B ; mais là, de telles erreurs scénaristiques au milieu de cette esthétique froide (et moche), avec une caméra épaule type docu/Bloody Sunday, le photoréalisme des effets spéciaux (que je ne me lasserai jamais de vomir), cela crée un décalage de tonalité imbitable.

 

La mise en scène se met, bien sûr, au diapason : boum boum patatrac les trois quarts du temps avec surenchère dans le dernier tiers, mâtiné de moments voulus intimes – violation de copyright Shyamalan. Mais on retrouve surtout, de manière frappante trouvé-je, du Roland Emmerich : monuments qui s'effondrent, villes ravagées, trajectoires impossibles. Sauf que Emmerich, lui, assume infiniment mieux ses conneries et amène le spectateur à se marrer avec lui. Man of steel, avec son sérieux risible, réussit donc l'exploit d'être beaucoup moins regardable qu'Independance Day ou 2012, malgré leurs fibres patriotiques fatigantes. On ne m'y reprendra plus jamais.

 

 

 

http://eyebeforee.files.wordpress.com/2013/04/star-wars-iv-a-new-hope-nei1b.jpg http://images1.wikia.nocookie.net/__cb20061201083419/starwars/images/e/e4/Empire_strikes_back_old.jpg http://images.fan-de-cinema.com/affiches/science_fiction/star_wars_episode_vi__le_retour_du_jedi,5.jpg

 

Episode IV :

Technique ♦♦

Esthétique 

Emotion 

Intellect  ♦♦ 

 

Episode V :

Technique 

Esthétique 

Emotion 

Intellect   

 

Episode VI :

 

Technique ♦♦

Esthétique ♦♦

Emotion 

Intellect  ♦♦ 

 

 

 

Je ne vous ferai pas l'affront de raconter l'histoire.

Ni de me lancer dans une analyse approfondie de cette trilogie.

Je n'insisterai même pas sur les scènes-clé de l'épisode IV, comme celle de la Cantina qui est pour moi la scène où l'on bascule dans Star Wars, ni celle du compacteur aux murs qui se rapprochent (qui devrait servir de modèle à tous les enfoirés de réalisateurs de films action/SF contemporains), ni sur ce plan qui plonge vers la tranchée de l'Étoile de la mort et achève de nous y immerger.

Non, la mythologie est déjà si ancienne. Je vais donc, à l'occasion du marathon Guerre des étoiles (amputé bien sûr des épisodes I, II et III on est pas maso non plus) auquel ma compagne et moi-même nous sommes adonnés hier soir, parler de deux choses : une qui m'énerve, et une qui selon moi est la substance-même de cette saga mythique.

 

Celle qui m'énerve : la version remasterisée. Eh oui, les DVD que l'on nous a fournis intégraient ces putain de rajouts (scènes ou éléments de décors) inutiles et briseurs d'immersion. La scène additionnelle de dialogue entre Jaba et Solo (épisode IV) est un sommet de ridicule. Idem pour la chanteuse numérique du palais de Jaba dans le VI. Une horreur. Fallait-il à tout prix combler ces sporadiques passages de surcharge en arrière-plan ? Les déserts linéaires se suffisaient parfaitement à eux-mêmes. Mais cela a au moins un mérite : montrer frontalement à quel point les effets spéciaux des années 1970-80 étaient incomparablement plus beaux que ceux des années 2000, cette période de transition où n'importe quelle production fauchée pouvait incruster des textures horribles et mal animées à leurs films fantastiques ou SF. Puis, un peu avant 2010, vint le photoréalisme. Et ce fut... encore plus moche.

 

 

http://images3.wikia.nocookie.net/__cb20051024163235/starwars/images/a/a2/Star_Wars_new_scene.jpg

http://golem13.fr/wp-content/uploads/2011/01/jaba.jpg

En haut le "faux Jaba", en bas le "vrai" : une légère différence d'incarnation.

 

 

Et ce fourvoiement mercantile, en détournant notre regard, met encore plus en avant cet élément qui, je l'ai annoncé ci-avant, constitue la substance de Star Wars : c'est le son. Toute la bande sonore. Retirez la bande sonore de la saga, et il restera bien quelques images bien sûr, quelques luminosités comme le soir sur Tatooine ou les ombres brisées du duel au sabre laser entre Skywalker et son papa dans le V, mais c'est tout. Tout le reste, c'est le son : les dialogues, souvent remarquables et émaillés, bien sûr, de punchlines légendaires, avec pour chaque personnage des caractéristiques saillantes (suavité bourrue de Solo, animalité de Chewbacca, évolution de l'élocution de Luke au fil des épisodes, candeur de Leia, respiration étouffée de Vador, flot drôlatique de C3PO...) et un gloubi-boulga de langues extra-terrestres, parfois traduites, parfois sous-titrées mais toujours expressives ; ensuite les effets sonores : lasers, crépitement des sabres, machineries, portes coulissantes, frottement impossible des vaisseaux dans l'éther, et surtout le fameux langage de RD2D, stridulement électronique qui reste d'une fantastique lisibilité ; enfin, la musique de John Williams. Je l'avais déjà évoqué auparavant sur ce blog, les lignes musicales sont le chapitrage, et même la grammaire, la structure narrative de ces trois films. Chaque moment a sa musique (ouverture, péripéties, conclusion), mais aussi chaque camp (Empire et Alliance sont tout à fait reconnaissables), dans chaque camp chaque personnage important (Luke, Leia, Vador), et encore pour chacun de multiples et subtiles variations de tonalité qui donnent la "coloration" d'un événement ou d'un sentiment. Ce que l'on retient de Star Wars, le plaisir de la relecture, tient, à mon sens, de tout ce que l'oreille en retient.

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Published by Nico
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