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  • : " On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 09:16

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Technique 

Esthétique ♦♦

Emotion 

Intellect  ♦♦

 

 

 

Suite et fin de mes soirées de science-fiction télévisuelle.

 

Vous qui suivez assidûment ce blog depuis ses débuts, vous connaissez bien sûr Mika Zielinski, le travailleur invisible du Massacre, l'assistant du bourreau, le co-fondateur de la dévastation culturelle. Eh bien, Mika est un fan acharné des Watchmen et du travail d'Alan Moore (qui ne l'est pas d'ailleurs ? faudrait vraiment être difficile). Vous comprendrez donc que mon index tremble et mon auriculaire flageole au moment de rédiger cette chronique.

 

Je suis très fan, moi aussi, d'Alan Moore. Lorsque je vis au cinéma l'adaptation des Watchmen, peu de temps avant la naissance du Massacre – ce fut en compagnie du délicieux Zielinski, est-il besoin de le dire – je me rappelle de ma grande appréhension lors du franchissement du cordon de sécurité. Non pas à cause des vigiles disproportionnés qui nous toisaient de leur considérable envergure, mais bien parce que j'avais souvenance de l'autre adaptation de Moore diffusée en 2005, celle de V pour Vendetta par les frères (et soeur) Wachowski. Adaptation pas totalement déplaisante mais ratée, fade et sans âme. Mais je ne connaissais pas encore Zack Snyder.

 

 

 

http://img.filmsactu.com/datas/films/w/a/watchmen/n/4880b72d9965e.jpg

Ceci est un indice sur la trilogie que je suis en train de lire en ce moment.

 

 

Ce cher vieux Zack. J'ai vu un autre de ses films depuis, Sucker Punch, et en ai un peu parlé ici. J'avais pris ça comme, je me cite, "un film-manifeste, et ça lui réussit bien". Snyder semble être un authentique geek SF nourri aux comics, obsédé de la culture protéiforme, bordélique, adolescente, démonstrative, qui sert de faisceau de références à la jeunesse moderne depuis une trentaine d'années. Il a donc, sans surprise, parfaitement réussi la mise en image des Watchmen. La mise en image, dis-je, mais en a-t-il réussi la réalisation ?

 

Je vous fais le coup du résumé, mais alors très bref : Watchmen est, à la limite, moins un film de super-héros qu'une uchronie. Dans laquelle des super-héros apparaissent pendant la World War II (si je me souviens bien) et modifient considérablement le background culturel des États-Unis (il n'est pas, ou peu, question du reste du monde). Nixon est élu et réélu plein de fois d'affilée, car une nouvelle génération de super-héros (années 60-70) a aidé les marines à remporter la guerre contre le Vietnam, donc le petit Président à surfer sur sa légitimité. Sauf que, passé un moment, une loi réclame aux costumés d'enlever leurs masques, et c'est la retraite forcée pour certains (Daniel le Hibou, Jane "Jupiter", le Comédien), une gloire habilement fabriquée pour d'autres (Ozimandias) ou la violente continuation des activités anti-criminelles (Rorschach). Toujours est-il qu'au moment de l'intrigue, en 1985, les ex-Watchmen semblent menacés depuis que le Comédien a été tué, balancé par la fenêtre d'un des buildings de New-York (ah oui, ça se passe à New York, du coup comme hier dans Independance Day il y a plein de vues nocturnes sympas sur l'Empire State et le Chrysler Building). Un petit générique en images flottantes enchaînées en fondus au noir explique muettement fort bien tout cela, sur fond de The Times they're a changing de Bob Dylan, ce qui est assez classe.

 

 

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La mise en image, disions-nous, est parfaite, presque trop. L'adaptation est rigoureuse jusque dans le découpage, il n'y a qu'à attraper la BD (un chef d'oeuvre, au passage, lisez ça les enfants s'il vous plaît) et comparer, c'est parfois (souvent) du plan par plan à l'exception des scènes d'action. L'obsession, à mon sens assez pénible (bien que maîtrisée) de Snyder pour les ralentis trouve une utilité singulière dans l'exercice de l'adaptation de BD : en figeant ainsi pas mal de plans, Snyder parvient à reproduire à l'exacte des cases tirées du comic, et surtout à retrouver la temporalité si particulière au medium séquentiel. Il pense en terme de cases, donc de plans, donc de composition. Et du coup la composition des plans est très riche, justifiant l'emploi du ralenti ou du zoom arrière très lent, comme lors de nombreux plans d'exposition en ouverture des scènes : par ce zoom arrière délibérément freiné, très progressif, sur un plan souvent exempt de personnages, on part d'un élément précis du décor pour élargir à d'autres objets qui vont donner du sens au premier, avant que l'ensemble du cadre soit révélé et formule une information spatio-temporelle cohérente, aisément compréhensible, et ce sans qu'une sempiternelle voix-off nous explique quoi que ce soit (je ne compte pas le seul discours intérieur du film, celui de Rorschach, plus poétique et humoristique qu'explicatif). On l'a vu, le générique au début fonctionne également comme ça, et tout le film est structuré par ces dévoilements progressifs, ce n'est pas un gadget, mais réellement une récupération du principe de case d'exposition ou d'enchaînement de cases sur un moment simultané, en BD. Honnêtement, je pense n'avoir jamais vu une adaptation ciné qui pige ou exploite aussi bien, au niveau de sa mise en scène, les spécificités narratives de la bande dessinée. La scène la plus marquante à cet égard, c'est bien sûr celle du meurtre de Rorschach dans les chiottes de la prison, où le battement de la porte forme des ellipses qui représentent exactement la succession de trois cases de BD.

 

À part ça, les acteurs sont parfaits, notamment parce qu'on ne les connaît pas, donc aucun prérequis ne vient parasiter leur incarnation, et aussi parce qu'ils ont tous parfaitement la gueule de l'emploi. Le film est bien développé, bien construit (il dévie légèrement de la structure de la BD), esthétiquement c'est correct, la mise en scène on l'a vu est bossée. Mais tout cela est entièrement tourné vers le matériau d'origine. Snyder a été immensément respectueux, peut-être trop, il fait une oeuvre qui lui va bien, certes, mais on ne peut pas s'empêcher de penser que ce film doit tout au chef d'oeuvre de départ. Le principe de mise en image des cases par le ralenti, que j'ai relevé ci-avant, est brillant, mais c'est aussi un rappel perpétuel de tout ce que l'image en mouvement doit à l'image fixe. Difficile, donc, pour le film Watchmen d'exister pour lui-même. C'est pourtant un excellent film de SF, et on ne m'entend pas souvent dire ça, et je n'ai sûrement pas boudé mon plaisir à le voir. Mais ce n'est pas encore l'égal des grandes créations originales d'une certaine époque (Brazil, L'armée des 12 singes, The Faculty...). En d'autres termes, Snyder n'est pas encore mon nouveau Robert Rodriguez ou Terry Gilliam. Peut-être un jour...

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Published by Nico
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