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  • : " On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 20:33

http://a34.idata.over-blog.com/380x646/2/21/59/58/Ajouts-pemanents/Le-Glamour-Priest.jpg

 

 

♦♦

Technique 

Esthétique ♦♦

Emotion ♦♦♦♦

Intellect  

 

 

Adage n°j'sais-pas-combien-mais-plutôt-vers-le-haut de l'amateur de SF : quand un Christopher Priest sort en poche, on l'achète. Folio SF réédite donc cette traduction très tardive parue chez Lunes d'encre en 2008 mais initialement en 1984 en Angleterre (en vrai, si l'on veut chipoter, la première publication du texte eut lieu chez Ailleurs et Demain en 1986, mais bon). Bref, j'achetai donc l'opuscule, comptant sur la promesse d'un nouveau bonheur littéraire. Mais comme vous le savez si vous suivez assidûment le Massacre, mes dernières lectures de l'auteur anglais (Le Rat Blanc surtout) m'avaient révélé un écrivain parfois faillible, souvent intéressant pas toujours aussi génial que dans Le Prestige ou Le Monde inverti.

 

Le Glamour, comme tous les Priest, commence par exposer un mystère : un type, Richard, est en fauteuil roulant suite à l'attentat à la voiture piégée qu'il a subi quelques mois plus tôt. Le mystère, c'est qu'il souffre d'amnésie partielle : des quelques temps qui précèdent l'attentat jusqu'à son réveil à la clinique, c'est le trou noir. Et voilà qu'une jeune femme prénommée Sue se présente un jour et se définit comme sa petite amie, lui qui, cameraman indépendant, n'a jamais connu d'attaches sentimentales. Voilà une première étrangeté. Mais en plus, elle est très bizarre. C'est encore plus bizarre !

 

Comme souvent, il ne servira à rien de guetter une quelconque beauté esthétique dans l'écriture. C'est atrocement bateau, d'une rectitude utile à la fluidité de la narration. À ce niveau rien à dire : c'est écrit avec la maîtrise de l'artiste sûr de son boulot, la mécanique est fluide, ça roule parfaitement, c'est structuré, logique, organisé. Et assez spontané, à la fois, dans la manière. Mais tout est dans la structure et les choix narratifs. Pour faciliter la compréhension, vous devez savoir la chose suivante :

 

SPOILER   SPOILER   SPOILER   SPOILER   SPOILER

 

Au moins vous êtes prévenus. Voilà le truc : le truc bizarre de la nana, c'est qu'elle peut disparaître à volonté. Mouai, rien de neuf depuis L'Homme invisible me direz-vous. Sauf que là, l'excuse n'est pas scientifique, ce n'est pas de la SF : si elle peut se rendre transparente, c'est grâce à la suggestion chez autrui qu'elle n'est pas présente. C'est un pouvoir psychologique, de pénétration et réinterprétation des sens. Les personnes qui l'entourent en toute circonstance ne voient pas, ne sentent pas qu'elle est là. Cette idée, au carrefour du fantastique, de la science-fiction et du paranormal, justifie à elle seule l'écriture du roman. Priest a visiblement plaqué sur ce trait spirituel génial, qui convoque une quantité de questions sur ce qu'est la perception des sens, quelle est la nature de la réalité, etc., une intrigue quelconque de triangle amoureux, sans grande importance malgré la joliesse de quelques situations (notamment un voyage en France qui peut parfois se révéler délicieux). Attention hein, les personnages sont pas mal dessinés, leur relation est très bien mise sous tension, mais c'est pas assez bien écrit pour provoquer l'émotion à mon sens. Heureusement, Priest n'oublie pas de faire preuve de créativité quant au système, au modus operandi : il divise l'histoire en six parties qui chacune fournissent un angle d'approche différent à l'éclaircissement du mystère par une simple variation de la focalisation. C'est donc raconté à la première personne dans la très courte première partie, bref souvenir d'enfance, dans la deuxième avec un narrateur omniscient classique, puis la troisième retourne en focalisation interne mais on devine qu'on lit le compte-rendu d'une réminiscence du personnage principal ; la quatrième partie qui suivra le point de vue de la nénette vient radicalement remettre en cause ce qu'on vient de lire dans la précédente (ça c'est LE truc qui fait kiffer Priest dans plein de ses textes, cf. La Séparation), puis c'est Sue elle-même qui raconte à Richard à la deuxième personne sa version des faits ; enfin, la sixième partie vient bousculer l'ensemble de ce qu'on a compris jusqu'alors. Non seulement le narrateur se révèle être Niall (le troisième angle du triangle amoureux) mais en plus on pige que c'est lui qui a manipulé les souvenirs de Richard, de Sue, et jusqu'aux versions qu'on a lues nous-mêmes. La fin devient déroutante, on ne sait plus à quel niveau diégétique on se trouve, l'artificialité de la fiction nous pète à la gueule. La puissante invisibilité suggestive de Niall ne concernait donc pas seulement les personnages de l'histoire, elle s'exerçait aussi sur le texte lui-même, sur le lecteur en personne ! Ouaouh !

 

L'effet est réussi, on a été berné et personnellement c'était avec plaisir. Mais en attendant, j'ai aussi lu un petit roman sympathique dont l'ambition intellectuelle masque mal une esthétique pauvre et peu d'implication émotionnelle. Ce sont les idées, essentiellement, qui m'ont donné mon content de bonheur. Si je n'étais pas exigeant, je dirais que c'est déjà pas mal.

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Published by Nico - dans Du papier
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