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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 11:11

http://bedeplace.net/wp-content/uploads/2011/11/aama1.jpghttp://hoodedutilitarian.com/wp-content/uploads/2011/10/AlecYearsHavePants_500.jpghttp://www.gallimard.fr/WebBdGJ/CouvHD/A63996.jpghttp://www.li-an.fr/blog/wp-content/uploads/2011/09/pau-atlas-axis-t1-couv.jpghttp://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/8/1/5/9782356482518.jpghttp://www.bdangouleme.com/data/comics/images/so-30-61-2048-72-p0.jpg

 

 

 

 

Le mois de janvier se clôt traditionnellement par la remise des prix du festival d'Angoulême. On peut se dire (ou non) que la presque centaine de BD sélectionnées représente le meilleur de l'année écoulée. En général, je trouve la sélection assez pertinente, et c'est encore le cas cette année, car mes oeuvres préférées par moi-même distinguées (3 secondes, Habibi, Bride Stories) tout comme d'autres que j'ai beaucoup aimées (Portugal, Polina, L'armure du Jakolass...) y sont présentes. J'ai quasiment tout lu de cette sélection, mais il restait à droite à gauche quelques zones d'ombre, j'ai donc décidé cette semaine de rattraper mon retard et d'emprunter 7 BD qui me paraissaient manquer à mon panel. Moralité : j'avais déjà vu le meilleur.

 

Frederik Peeters va donc encore, après Lupus, remporter une palme de la semaine pour Aâma (T1, Gallimard)(). Pas grand chose à reprocher à cette belle SF répondant en tous points aux caractéristiques de son auteur : ton énigmatique, inventivité visuelle sans tomber dans le baroque pur, prégnance du réalisme dans une intrigue science-fictive, priorité à l'émotion. Cet équilibre Peetersien est donc parfaitement réussi, mais il manque indéniablement la gueule, l'esthétique et le noir et blanc de Lupus, dont Aâma ne demeure qu'un succédané. C'est pas bien de comparer, mais là je ne pouvais pas faire autrement, et constater que le trait du dessinateur s'assortit moyennement de cette colorisation infographée.

 

La palme aurait pu, du, cul, revenir à Alec (éditions Ca et là)() du maître britannique Eddie Campbell, qui rappelons-le est un des plus grands artistes séquentiels du monde, ne serait-ce que pour son From Hell avec Alan Moore. Alec est probablement autobiographique : cela raconte par "tranches de vie" de petites anecdotes de la vie du personnage principal, étalées chaque fois sur quelques pages. L'énorme recueil cartonné publié par Ca et là englobe plusieurs romans graphiques fonctionnant sur ce mode, comprenant de l'un à l'autre quelques légères variations dans la manière ou le sujet. Le background fort sympathique est la fin des années 1970 et les discussions entre potes assortis de flirts avec gonzesses, au bistrot, à la maison ou au boulot. La mise en scène est souvent brillante, Campbell se permet de rester très diffus, c'est-à-dire qu'il ne révèle jamais tout à fait bien ce qui se passe, emploie fréquemment des ellipses inexpliquées, nous rattrape plus tard dans la planche, voire même plusieurs saynettes plus tard, multiplie les personnages par entrées et sorties pour le moins décousues. Malgré ce panache continuel, le volume m'est tombé des mains, faute d'intérêt autre que graphique. Peut-être qu'un seul des romans graphiques (et notamment la dernière partie "Comment devenir artiste") m'aurait emballé pris à part. Mais là, non, c'était simplement trop indigeste.

 

Un ou deux trucs sympathiques par ailleurs : Coucous Bouzon (Anouck Ricard, Gallimard)() est une rigolote petite BD traitant le monde de l'entreprise (type start-up) en mode hallucinatoire, avec personnages en animaux à la Trondheim, intrigue improbable, situations absurdes et pourtant crédibles. Le décalage entre stylisation, esthétique chamarrée et, finalement, gravité de l'ambiance, fonctionne parfaitement. Atlas et Axis (Pau, Ankama)(), visiblement signé par un Espagnol dont c'est la première publication, repose à peu près sur les mêmes principes. Des personnages animaux (même si, ici, ce n'est pas de la pure transposition anthropomorphique), surtout des chiens, un aspect global, des dialogues et une intrigue de BD jeunesse, mais un scénario finalement hyper violent, frontal et démonstratif, grave et émouvant par moments. Là encore, tout l'effet réside dans le décalage.

Enfin, La Rage (Pierre Boisserie, Malo Kerfriden, 12 bis)(), BD française de zombie sauf que c'est seulement les gosses pré-pubères qui sont atteints. Alors là, il faudra m'expliquer cette sélection pour Angoulême, hein... Chaque BD de la présente fournée présente un intérêt quelconque, sauf celle-là. Rien dans le scénario, le dessin, le découpage, l'idée ou la réalisation ne me laisse deviner ce qu'elle peut bien avoir d'intéressant.

Et puis Lemon Jefferson (Simon Roussin, éditions 2024)(), la BD à débat de la semaine. Une oeuvre tout de même captivante, parce qu'indéniablement expérimentale, avec son dessin entièrement réalisé au feutre, et à la fois tout à fait classique, avec son scénario de science-fiction bateau, qui évoque tout à fait une SF française du début XXe ou bien celle de Stefan Wul, donc un truc assez régressif, simple et puissant. On reste dans la thématique entrevue : il existe un décalage entre l'intention et la réalisation, comme pour Coucous Bouzon et Atlas & Axis vus plus haut. Ici, l'écart est immense au premier abord, puis d'une logique implacable si l'on y réfléchit : à partir du souvenir enfantin d'une fascination pour l'ailleurs exotique encouragé par la SF (le sense of wonder, le pur truc vernien), Simon Roussin se réapproprie la dessin de gosse, le feutre, les couleurs criardes, le trait incertain et les proportions variables. Le tout, évidemment, porté par une certaine élégance et une grande maîtrise technique (enfin, autant de technique que le feutre puisse procurer). Le résultat est un peu inégal, l'intention elle-même peut faire discuter, il n'en demeure pas moins que certains passages sont absolument sublimes.

 

Il est tant maintenant de proposer mes pronostics (en noir ce qui va se passer vraiment ; en rouge ce que je désire) :

 

Fauve d'or : Habibi de Craig Thomson ; Habibi de Craig Thomson

Prix Fnac : Les Ignorants de Davodeau ; j'en ai rien à foutre

Prix spécial du jury : Polina de Vivès ; Portugal de Pedrosa

Prix de la série : Servitude ; Bride Stories

Prix Intergénérations : Alec de Eddie Campbell ou L'armure du Jakolass de Larcenet ; Une vie dans les marges de Tatsumi

Regards sur le monde : La Grande guerre de Charlie ; Soldats de sable

Prix de l'audace : 3 secondes de M.A. Mathieu ou Lemon Jefferson3 secondes de M.A. Mathieu

Prix révélation : Atlas et Axis de Pau ; Tu mourras moins bête de M. Montaigne

Prix du patrimoine : Les deux du balcon de Masse ; Dynastie Donald Duck de C. Barks

Prix jeunesse : L'Odyssée de Zozimos ; Chi une vie de chat

Prix polar : Le Perroquet des Batignoles ; lu aucun mais disons Tardi

 

Ch'uis sûr que j'ai tout bon.

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Published by Nico - dans De la bulle
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commentaires

Nico 30/01/2012 21:04

Je ne reviendrai pas sur cette vaste fumisterie (mais quand même : Delisle fauve d'or. Delisle, quoi ! Et Bride Stories "Intergénérations" ; Une vie dans les marges "Regard sur le monde" : what the
fuck ?)

locarta 29/01/2012 19:11

Lupi va faire du ski et pas des pronostics de bd ! Tatsumi te sauve la mise ! Bise

CARLOTA 27/01/2012 10:22

Dejà un de pas bon Nico... arff Nico tu crains...