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" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

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Semaine mâle en BD (novembre 2010 II)

 

 

 

 

Il devient maintenant difficile de se frayer un chemin au milieu des allées ou de sortir une BD d'un rayon. Tout est plein en craquer dans les magasins, en prévision d'une première semaine de décembre qui va voir la came théoriquement arrachée de partout et engoncée dans de jolis papiers cadeaux en plastique. Mes choix se sont donc portés sur les malheureuses BD de la réserve, qui ne verront jamais la lumière des néons exposés et seront, faute de ventes, retournées en janvier. C'est beau, la vie d'un livre quand même. On pourrait en faire des histoires.

 

Ma BD de la semaine va sans doute faire des sceptiques, mais c'est objectivement celle avec laquelle j'ai pris le plus de plaisir, et puis il n'y a pas de raisons que les "granzartistes" décrochent toujours de l'or : il s'agit de Football Football de Bouzard (Poisson Pilote)(), des gags sur le monde du foot compilés à partir de leurs premières publications dans l'étrange mensuel So Foot. D'habitude, je n'apprécie que modérément ledit magazine, mais je ferai une exception pour ces saillies humoristiques qui égayent ma passion pour le ballon rond encore plus qu'un but de l'OM à Moscou. Et puis, c'est faute de réelle concurrence aussi puisque toutes les autres oeuvres empruntées ont affiché des insuffisances ou un manque de je ne sais quoi un tantinet agaçant. Prenons par exemple Dei (Crippa & Tendereni chez les excellents Ankama)(♦♦), fresque mythologique moderne absolument délirante, avec son utilisation méga-assumée de l'informatique et son bordel de tous les instants. Cela aurait pu être grandiose, et c'est simplement sympathique, la faute peut-être à un trio de personnages principaux qui peinent à convaincre face à des personnages secondaires énormes. Le premier volume de l'intégrale du manga Monster () – par Naoki Urasawa que l'on a déjà abusivement défendu sur ce blog pour sa série Pluto – aurait également pu prétendre à la palme avec son histoire posée dans le milieu médical toute pleine d'intrigues (policières entre autres) qui viennent se greffer dessus. Ce classique du "thriller hospitalier" dégage une grande assurance : découpage maîtrisé, scénario non linéaire, dessin totalement "Urasawa" avec des expressions faciales splendides... mais tout cela n'a pas réussi à me passionner malgré tout. C'est de la grande ouvrage au service d'une fiction sans accroche en ce qui me concerne. Mais je concède volontiers à Monster la palme technique de la semaine.

 

Dans le registre des satisfactions, nous trouverons Vincent et Van Gogh (Gradimir Smujda, Delcourt)(), BD étrange qui met en scène le grand peintre à l'oreille coupée tout en imitant superbement son style. C'est très beau mais que c'est confus ! Du surréalisme grandiose si l'on est gentil, un bordel foutraque si l'on est plus réaliste. Baki (Keisuke Itagaki)(), manga alphabétique de la semaine et shonen des familles, est un peu moins raté que la moyenne : l'histoire d'un ado extrêmement fort en sports de combat qui ne désire qu'une chose... connaître la défaite ! Un début de scénario original et accrocheur, même s'il n'y a rien à signaler au niveau du dessin ou de la mise en scène. Lu aussi alphabétiquement (on attaque la lettre C) le premier tome des Carnets d'Orient de Jacques Ferrandez(), une histoire complète qui se situe dans les années 1830 en Algérie. Franchement c'est très joli dans la réalisation, parfois même splendide, et l'idée est excellente de présenter l'intrigue par le biais de ce personnage principal dessinateur dont chaque peinture est potentiellement autant de case de bande dessinée. Très belle idée que ce côté "reportage historique" des débuts de la colonisation dans le Maghreb ; tout ce qui était en prime, en revanche, à savoir une histoire d'amour shakespearienne et un message de tolérance, aurait dû rester en option pour me convaincre totalement.

 

Et enfin l'ouvrage qui me paraissait le plus prometteur se révèle être la plus grande déception : Encyclopedia Diabolica (Christophe Kourita, Ankama)() propose une idée censément géniale : raconter de petites histoires sur les yokai français ! Les yokai, ce sont des esprits japonais qui se manifestent dans les légendes mais persistent encore de nos jours à soulever quelques vagues de superstition. Le franco-japonais Kourita a ainsi imaginé ce que pourrait donner une transposition du yokai dans nos boulangères contrées. Hélas, la réalisation n'est jamais à la hauteur de l'idée : assez barbantes et mochement dessinées, les petites histoires peinent à trouver un ton, un ancrage suffisant dans le réel et une identité graphique. Cela arrive ponctuellement, mais trop épisodiquement. Du coup, très vite, la lassitude s'installe. Moi pareil, je vais allez me divertir en frappant mon chat pour éviter d'être trop las.

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