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  • : " On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 20:16

http://comicrevolution.files.wordpress.com/2011/02/daytripper.jpghttp://www.manga-news.com/public/images/series/Iam-1-Shogakukan.jpghttp://www.animeland.com/files/critiques/21267/I-am-a-hero_couv_2.jpghttp://www.lassociation.fr/blog/wp-content/uploads/2012/05/Incidents_Precouv.jpghttp://madmoizelle.com/carnets/bd/files/2012/04/ratman.jpghttp://img.over-blog.com/300x392/0/59/31/96/Blog-2012-1/Gringos-locos.jpghttp://www.bedetheque.com/Couvertures/Couv_162571.jpg

 

 

 

 

 

Mon retour aux affaires après des vacances méritées correspond, pour notre bonheur à tous, à une magnifique fournée. On tient même là-dedans, juste ci-dessous, sans doute la meilleure BD 2012 pour l'instant, ou alors à égalité à Billy Bat. On enchaîne tout de suite.

 

Moi qui croyais que le nouveau label Urban Comics n'allait nous servir que du super-héros un peu chiadé, je me dois de constater qu'il y a aussi de l'audace au catalogue. Pour preuve, le superbe volume (quoi que j'ai un peu de mal avec la fabrication des Urban Comics, il y a un truc qui me chifonne dans l'aspect ou la prise en main, ch'ais pas) nommé Daytripper par les frères brésiliens Fabio Moon et Gabriel Ba (♦(oui, ils sont frères mais ils ont pas le même nom, c'est pas ma faute). Jugez plutôt : c'est l'histoire d'un type, fils d'un grand écrivain Brésilien, qui cherche secrètement à suivre les ambitions littéraires paternelles mais se retrouve en fait chargé de la minable rubrique nécrologique d'un quotidien. Sur le tard, il parvient à sortir un bouquin reconnu par la critique et le public. Voilà du moins ce que l'on reconstitue au fil des chapitres qui chacun fournissent des informations parcellaires sur la trame de cette existence. Car dans chaque chapitre, un moment bien précis de la vie du bonhomme est exposé, mais l'enchaînement n'est pas linéaire, il est éclaté : un coup on découvre le personnage à 32 ans, puis 6 ans, 48 ou 28. Et à la fin du chapitre, sempiternellement... le personnage meurt. C'est le concept de l'oeuvre. Ainsi, l'impression qui se dégage, c'est que le moment de la mort détermine des parcours divers. C'est le lecteur qui reconstruit la direction, le fil de vie, et chaque partie amène des compléments surprenants qui éclairent les épisodes précédents. Le procédé narratif n'est sans doute pas neuf, mais il est admirablement exécuté. Les "tranches de vie" auront chacune droit à un traitement différent tout en respectant l'unité graphique d'ensemble. Il n'y a pourtant rien d'affolant dans le découpage ; et même le dessin et la colorisation, bien qu'ils fassent sentir une très grande maîtrise et pas mal de joliesse, ont été voulus conformes aux standards américains : personnages anguleux, décors réalistes, contours démonstratifs. Il y a seulement, sur des cases en particulier, un "traitement de faveur", l'emploi de l'aquarelle que l'on retrouve dans les superbes ouvertures de chapitres. Et là ça tue. Moon et Ba ont décidé de ne laisser surgir l'abstraction que très ponctuellement. Ce n'est pas dérangeant. La structure elle-même se charge de l'essentiel. La parution française de ce petit chef d'oeuvre est placée sous le parrainage de Cyril Pedrosa, et c'est vrai qu'il y a vraiment quelque chose de la tonalité de Portugal dans Daytripper (même si Portugal est quand même incomparablement plus beau). Pour courronner le tout, on a même droit à une postface en forme de planche de BD de Craig Thomson. La grande classe, je vous dis.

 

Ensuite deux premiers tome d'un manga particulièrement excellent et surprenant dans son traitement. I am a hero (Kengo Hanazawa, Kana)(♦) raconte un truc atrocement banal de nos jours : une invasion zombie. Mais alors attention, rien à voir avec les standards habituels. Déjà, le premier tome presque entier est consacré à l'exposition et la découverte du personnage principal, un trentenaire marginal et asocial, assistant dans un studio de dessin de manga, qui parle tout seul et danse sans raison dans la rue. La seule personne avec qui il s'entend est sa petite amie, aussi déjantée que lui. Accessoirement, il voit des trucs bizarres, des petits personnages fantomatiques inquiétants, mais ça n'a pas l'air de le perturber tant que ça. Il est typique du antihéros un peu autiste qui ne déchiffre pas le monde avec le même langage que la masse. Ca tombe bien, I am a hero est précisément une BD qui pose également sur son univers une grille inhabituelle et déroutante. Puis dans le deuxième tome survient la pandémie zombifique. Ce qu'il faut comprendre, c'est que tout le soin dans ce manga a été porté sur le découpage. Jamais une seule planche ne tombe dans la facilité. Il y a des cases successives d'un visage en gros plan dont les mimique changent subtilement, de brusques retournements d'axes, de larges contemplations, des déformations du champ... ça fuse. Et le mieux, c'est que le contenu n'a pas ce côté toujours poli et édulcoré de la plupart des mangas. Les réactions du personnage principal sont intimes, surprenantes, les micro-expressions, micro-éléments et micro-laideurs ne sont jamais mises hors-cadre, on est centré dessus, sur les mochetés de chaque seconde, sur les plaisirs coupables aussi. Les dialogues, la narration et la précision du dessin contribuent à un climat général d'abasourdissement, précisément la réaction juste et réalistes à l'impossibilité d'une véritable attaque de mort-vivant. Là réside le goût si particulier de I am a hero : c'est autant naturaliste que surréaliste.

 

Et vous pensez que c'était fini ? Eh bien non, encore une BD formidable dans le lot (bien que réédition). Une sorte de réconciliation entre moi et L'Association. Les Incidents de la nuit (T1)(♦) me fait découvrir David B., grande figure de la BD indé, qui a réussi à me bluffer. Il se met en scène lui-même dans une intrigue ésotérico-fantastique. Il est obsédé par un journal du XIXe siècle nommé "Les Incidents de la nuit", mais des événements invraisembables se mêlent à l'histoire, puisqu'on y croise un ange de la mort, une librairie dont on peut silloner les ouvrages comme un paysage désertique, des personnages meurent, se planquent dans des caractères typographiques, renaissent, entourés d'une aura de mystère. Même s'il y a ces passages parfois didactique qui sont limite pas de la BD et qui me gonflent, globalement, c'est une grande fresque borgésienne qui s'étale sous nos yeux, avec un dessin noir follement élégant, des mystères surréalistes, un imaginaire surgissant de la toile de fond. De quoi me remettre, peut-être, à lire chez L'Assoc'.

 

On va passer un peu plus rapidement sur la suite. Ratman (Sekihiko Ihui, Kana)(♦) m'a été présenté comme un des mangas incontournables du moment... ma foi, c'est très quelconque. Dans une société contemporaine peuplée de super-héros professionnels, un collégien qui rêve d'en devenir un se voit débauché par une congrégation de méchants. Pas inintéressant, correctement exécuté, m'enfin... La grosse déception, c'est Gringos Locos (Schwartz & Yann, Dupuis)(♦) qui raconte l'épopée américaine de Franquin, Jijé et Morris en une forme de road-movie évidemment romancé et restrucutré pour les besoins de la narration. Soit le voyage inaugural de la carrière de trois géants de la BD franco-belge, et j'en attendais énormément. D'abord, on peut reconnaître aux deux auteurs leur honnêteté : un entretien en postface et un dossier indépendant précisent que l'histoire telle qu'elle est racontée là-dedans est sans doute très éloignée de la réalité des faits. Tant dans les péripéties que dans les personnalités des trois personnages principaux. C'est tout de même un peu curieux d'insister comme cela, en paratexte, sur l'inutilité de ce qu'on vient de lire... en plus de ça, le plaisir de lecture est pour ainsi dire absent parce que c'est simplement médiocre à tous niveaux. Tout ce qu'il reste d'intéressant, c'est une mythologie diffuse qui peine à se cristalliser. Enfin, No Pasaran : le jeu (T1, Christian Lehmann & Antoine Carrion, Casterman)(♦) a au moins le mérite de surprendre. C'est une SF confinant à l'étrange, dans laquelle un jeu vidéo devient obsessionnel pour trois ados, et bien évidemment il a un pouvoir d'immersion pour le moins étrange. Le choix d'un dessin sombre et stylisé, parfois presque expressionniste, rend la trouvaille sympathique, bien qu'elle n'ait pas réussi à réellement me captiver. On rentrera sans doute davantage dans le coeur de l'intrigue dans le prochain tome, je vous en reparlerai donc.

 

En attendant, faites comme moi, soyez beau, joyeux et adulé.

 

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Published by Nico - dans De la bulle
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