" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.

/http%3A%2F%2Funesolitude.unblog.fr%2Ffiles%2F2010%2F08%2F57261y.jpg)

/http%3A%2F%2Fwww.lartenbulles-librairie-bd.fr%2Fwp-content%2Fgallery%2F2012-comics%2Ffirst-wave-lart-en-bulles-44-nantes.jpg)
/http%3A%2F%2Fwww.cablechronicles.com%2Fwp-content%2Fuploads%2F2011%2F08%2Fbrit1.jpg)

Profitant d'une opération sublime orchestrée par mon magasin multinational vendeur de produits culturels, j'ai emprunté quelques bandes dessinées d'auteurs étazuniens pour boucher des trous dans ma culture pourtant conséquente. J'ai ainsi découvert moultes choses mais aussi fait quelques constats : 1) le dessin américain moderne ne me sied guère. C'est pas très fin, ça pue l'infographie, les couleurs sont soit trop sombres soit tros nettes, les textures absentes. 2) Je préfère le franco-belge, y a pas à chier. Il faut néanmoins tempérer notre propos : ce que j'ai lu, et ce qui est souvent visible sur mes tables de libraire, c'est du grand public un peu pasteurisé dirais-je, il y a quand même ce qu'on appelle des "romans graphiques" qui paraissent continuellement et sont parfois exceptionnels : souvenons-nous de Craig Thompson, Mazzucchielli, Eddie Campbell (australo-écossais, mais le compte quand même), et n'oublions surtout pas les grands anciens, Chris Ware, Spiegelmann, Eisner, etc. Mais cessons de nous écarter du sujet : des oeuvres, des oeuvres, des oeuvres !
Fables (T1, Bill Willingham & Lan Medina, Panini)(♦♦♦♦) est la meilleure de la fournée, ou la moins pire selon le point de vue. Pas tant pour l'esthétique (parfois limite moche) ou la technique (sobre) que pour l'inventivité globale et l'originalité du scénario : on est dans un New-York habité clandestinement par des personnages de contes (Blanche Neige, Grand méchant Loup, Jack et son haricot magique, etc.) qui se crêpent le chignon, une intrigue polar se greffe à tout ça, la transformation réaliste opérée sur les persos est rigolote, tout se tient bien, c'est assez jouissif. Y le dernier homme (T1, Brian Vaughan, Pia Guerra, José Marzan Jr, Panini)(♦♦♦♦) expose à peu près les mêmes qualités et défauts : dessin laid, narration convenue, scénario solide et intéressant (SF post-apo : tous les mammiphères mâles sur Terre, humains inclus, meurent à la même seconde... sauf un), lecture agréable.
J'ai eu droit, nécessairement, à une partie plus "super-héroïque" avec trois titres qui m'ont à peu près tout le temps barbé : Civil War (T1, Mark Millar & Steve McNiven, Panini)(♦♦♦♦), grand classique du cross-over, imagine une séparation des types costumés en deux camps : ceux qui jugent nécessaires de dévoiler leur identité véritable au public (Iron Man, Spider-man, et ceux qui s'y refusent (Captain America et autres). Ma lecture a nécessairement été freinée par ma méconnaissance de la matière Marvel : j'ai du passer à côté de foultitudes de clins d'oeil et informations saisissantes. Passons donc outre cet aspect : rien d'extraordinaire par ailleurs. Dessin ultra-plat, découpage spectalurariste, globalement on se fait plutôt chier si on ne lit pas Strange depuis vingt ans. Un peu pareil pour First Wave (Brian azzarello, Rags Morales & Phil Noto, Ankama)(♦♦♦♦), autre cross-over mais DC celui-là, qui raconte les débuts de Batman et sa rencontre avec The Spirit et surtout Doc Savage. Quelques bonnes idées dans le scénar mais un aspect tellement immonde, avec ses contours surdimensionnés notamment (encore que ça change dans la deuxième partie pour devenir plus proche des standards plastiques actuels), qu'il apparaît impossible de s'y attacher vraiment. Brit, série totalement originale celle-là, (Kirkman, Moore & Rathburn, Delcourt)(♦♦♦♦) a au moins le mérite de nous faire marrer avec son héros vieillissant et indestructible au flegme ravageur.
Et qui décroche la BD de la semaine du coup ? Eh ben du français mes petits amis, du français qui partait pourtant désaventagé par le nombre (deux contre cinq) mais s'impose sans forcer. Dur de désigner une des deux du coup, mais j'adresse un clin d'oeil à l'excellent Serge Lehman en distinguant Masqué (Lehman & Créty, Delcourt)(♦♦♦♦). Pourtant largement influencée par le système narratif, le trait et même l'esprit américano-van hammien, cette chouette bande dessinée s'affranchit de ces "tares" grâce au talent de son scénariste. Lehman invente un néo-Paris jouissif bourré d'humour et d'inventions, puisant à la fois dans la grande culture SF des séries Delcourt (Hauteville House, La Nef des fous, Sillage, etc.) et dans son matériaux préféré : la vieille littérature populaire française, délicieusement début XXe. C'est le même sentiment glorieux que pour La Brigade Chimérique, beaucoup moins beau et classe certes, mais aussi plus lisible. Enfin, j'avoue avoir pris un plaisir démesuré à lire le nouveau Bastien Vivès, sans doute l'auteur BD français qui suscite le plus d'attente de ma part actuellement. Le Jeu vidéo (Delcourt)(♦♦♦♦) est un merveilleux recueil de gags en quelques pages, deux cases (non déssinées) par planche, gros trait noir pastissé pour esquisser des situations complexes avec une économie de moyens remarquables. Et l'amour pour le medium vidéo-ludique est si frontalement authentique, au pris d'une obsession peut-être trop prononcée pour Street Fighter, alors que tout le monde sait bien que le meilleur jeu de baston c'était Mortal Kombat.