" On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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Technique ♦♦♦♦
Esthétique ♦♦♦♦
Emotion ♦♦♦♦
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"Et la déception n'en fut que plus grande", vais-je dire dans quelques phrases. J'avais pourtant, vous vous en souvenez, été joyeusement surpris par le joli Ne le dis à personne de Guillaume Canet. C'est confiant et serein – ne sachant rien du film néanmoins – que je me rendis en joyeuse compagnie dans un cinéma de quartier pour y débourser 9 euros, sans lunettes 3D heureusement, pour y voir la nouvelle oeuvre de la coqueluche française du moment. Et la déception n'en fut que plus grande. Comment, je l'ai déjà dit ?
Première scène très belle, en plan séquence : Jean Dujardin, visiblement défoncé, sort d'une boîte de nuit au petit matin, enfourche un scooter et se fait dégommer par un camion, tout cela suivi par une caméra qui lui colle le dos ou, éventuellement, le visage. Ca ne respire pas beaucoup au niveau du cadre, mais au moins la séquence de quelques minutes est-elle magnifiée par cette cohérence et un parti-pris visuel très marqué. Ce sera la première et dernière fois du film d'ailleurs. Par la suite, on bascule dans tout autre chose, et l'on passe 40 minutes à explorer le quotidien des meilleurs amis de Dujardin (rescapé mais lourdement hospitalisé). On suit surtout, et nous le verrons cela pose un gros problème de construction, la petite intrigue "de moeurs" de deux meilleurs amis, dont l'un (Benoît Magimel) s'est senti développer des sentiments plus qu'affectifs envers l'autre (François Cluzet), et a le courage de le lui avouer, ce qui aboutit à une dispute et une vaste incompréhension. Bon, finalement la bande d'amis, malgré leur pote au bord de la mort, décide de partir en vacances sur la côte Atlantique, ce qui nous laisse découvrir les premiers et seuls plans d'ensemble de tout le film, après 45 minutes montre en main.
Elle est belle, elle met de petits shorts rouges, elle est talentueuses... mais surtout, elle joue au foot !
Jusqu'ici, on n'avait droit qu'à des gros plans figés et moches alignés jusqu'à l'obsession dans des tunnels de champs/contrechamps dialogués absolument interminables. Cela s'améliore légèrement dès lors que les vacances commencent, quand bien même on ne se sentira jamais spacialisés dans ce film, n'ayant jamais le moindre plan un peu lointain ou composé qui permettrait de saisir un poil les espaces de la maison de vacances, du jardin ou encore de la ville. Il paraît impossible d'arracher la caméra à son obsession pour les visages des acteurs, et cela provoque donc l'effet inverse de celui recherché : Canet pense sans doute pouvoir asseoir son film tout entier sur un jeu de comédiens transcendés et charismatiques (Cotillard, Cluzet, Dujardin, Gilles Lelouche, tout de même) mais en l'absence de toute mise en scène, tout ce que l'on voit ce sont des acteurs qui surjouent (on a ainsi du méga-Cluzet et du over-Cotillard), étouffés dans un cadre qui les bichonne beaucoup trop jusqu'à leur retirer toute substance.
On se gondole assez bien néanmoins au milieu du film, qui devient une comédie de potes type Les Bronzés à Biarritz, alors que le scénario sème insidieusement les éléments moins marrants qui vont amener au drame, ou plutôt à tous les drames terminaux. En effet, des tonnes de micro-intrigues se nouent, qui desservent le métrage plus qu'autre chose, puisque à vouloir les mener de front, Canet perd le fil de ce qui se dessinait comme l'enjeu principal de l'intrigue (la relation Cluzet-Magimel, mise en avant puisque exposée avant le départ en vacances) pour finalement dénouer à toute vitesse, en un quart d'heure torché à la fin du film, tous les enjeux esquissés jusqu'alors. Ainsi, après une heure de dialogues ultra-chiants filmés avec flemme, quelques pointes drolatiques, d'autres dramatiques, pouf : "Cotillard-garde-le-bébé", "le-pote-meurt", "Cluzet-pardonne-à-Magimel-et-réciproquement", "trucmuche-retrouve-sa-gonzesse", "vite-vite-y-a-plus-de-budget". La comédie dramatique, un genre hautement casse-gueule devant lequel Canet se vautre sans retenue, ne devrait être faite que par des Anglais ; songeons seulement à Quatre mariages et un enterrement, que Les Petits Mouchoirs évoque vaguement sans en atteindre à quelque moment l'élégance, l'humour ni l'émotion.