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  • : " On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 20:55

http://cimg.partner.shopping.voila.fr/srv/FR/00000637ofr8uiio94xzyfjadfwzz7s/T/500x500/C/FFFFFF/url/LE-LIVRE-DES-ETRES-IMAGINAIRES-BORGES-JORGE-LUIS.jpg

 

 

 

Collection L'Imaginaire Gallimard (voilà la collection que je sauverais si ma bibliothèque prenait feu – je touche du bois), traduit de l'espagnol par François Rosset, Gonzalo Estrada et Yves Péneau), date de parution morcellée mais on va dire entre 1964 et 1969, édition française incluse.

 

 

Avant toute chose : aviez-vous remarqué que la première feuille d'un rouleau de sopalin est presque structurellement condamnée à être inutilisable, tranchée par les manipulations malpropres dues à un collage par essence pipé ? Je viens d'en faire l'expérience. Je tremble.

 

Ainsi donc une petite lecture de transition – mais rassurez-vous j'ai ce jour échangé mes chèques cadeau contre une pile de romans au doux fumet – amorcée en extirpant ce remarquable petit ouvrage de Borges, un de mes écrivains préférés, du rayon d'essais qui occupe l'étagère du bas de mon meuble de bureau. J'avoue n'avoir pas complètement découvert la chose, seulement feuilletée en des temps universitaires, ce qui en constitue l'usage adéquat de l'aveu-même de son auteur en préface : 

 

"Le Livre des êtres imaginaires n'a [pas] été conçu pour une lecture suivie. Nous aimerions que le lecteur curieux le fréquente comme celui qui joue avec les formes changeantes que révèle un kaléidoscope."

 

Oui ce type écrivait bien. C'est pourquoi je me suis permis, avec son aimable autorisation outre-mortem, d'enchaîner chaque entrée – car il s'agit d'un dictionnaire – dans un ordre martial. À commencer par la préface qui dit ceci, encore une fois bellement :

 

"Le titre de ce livre pourrait justifier l'inclusion du prince Hamlet, du point, de la ligne, de la surface, de l'hypercube, de tous les termes génériques et, peut-être, de chacun de nous et de la divinité. En somme, presque de l'univers. Nous nous en sommes tenus, cependant, à ce que, de façon immédiate, suggère l'expression "êtres imaginaires", nous avons compilé un manuel des étranges entités que la fantaisie des hommes a engendrées au fil du temps et à travers l'espace."

 

Est-il vraiment besoin d'ajouter quoi que ce soit ? J'en rajoute, quand même, un peu. "La zoologie des songes est plus pauvre que la zoologie de Dieu" (remplaçons Dieu par "nature" pour proner notre athéisme), écrit Borges, que j'adore citer, et en effet je ne peux que corroborer : non seulement ce bouquin ne remplirait qu'une infime fraction d'un précis zoologique, mais en plus les redondances – volontaires – y abondent. L'Argentin (secondé, il faut le préciser, par une certaine Margarita Guerrero dont on ignore la portion de travail) a pourtant fait l'effort d'étendre le concept à ses limites : là où on pouvait s'attendre à un bestiaire, Borges complète la zoologie de quelques plantes, humanoïdes, esprits voire même concepts.

 

Le truc fascinant de Borges éclate autant dans cet essai que l'on devine récréatif que dans ses plus grands chefs d'oeuvre, le recueil Fictions, Le Livre des sables, L'Aleph, etc. : j'appellerai ça le brouillage tonal. Par cette expression totalement factice et un peu pédante j'entends qu'il ne laisse jamais transparaître la tonalité réelle, la vraie posture, de son approche. Est-il sérieux ? Est-il crédule ? Exégète ? Catalogueur ? Amusé ? Méprisant ? On peut penser tout cela et avec insistance puisqu'il appuie tant sur l'invraisemblable (êtres imposibles : à 3000 yeux, coincés sous une montagne en rubis, soutenant le monde...) que les tonalités susdites peuvent émerger tour à tour ou simultanément.

 

Le matériau de construction de cet engin brinquebalant, c'est la référence. Borges nous parle moins des êtres imaginaires que de l'endroit où il est allé les chercher. L'animal des songes est bien souvent une recomposition (voir l'entrée : Chimères), donc forcément inspiré de la nature, mais c'est l'érudtion de l'auteur qui permet son surgissement en ces pages, et cette érudtion produit un enchantement, un peuplement du monde par la fiction. Cet enchantement est l'objet réel du bouquin ; le bestiaire en est seulement le sujet.

 

En faisant un peu le tri (vite fait) parmi le festin de références, on relève, dans l'ordre : une dominance des mythologies scandinave, égyptienne, grecque, et j'inclus aussi biblique et coranique ; puis des divagations flamboyantes d'alchimistes, talmudiste, hermétistes, ésotéristes ; ensuite des monuments littéraires : Les 1001 nuits, Dante, Shakespeare, Milton, Kafka – on aura noté que jusqu'ici on est très européen ; enfin quelques timides incursions dans le folklore sud-américain. Mais c'est rare.

 

Borges dit en préface (je vous l'ai déjà faite celle-là non ?) :

 

"Un livre de ce genre est nécessairement incomplet ; chaque nouvelle édition est le noyau d'éditions ultérieures, lesquelles peuvent se multiplier à l'infini."

 

Vous comprendez donc que je vous laisse pour ce soir afin d'attaquer ma définition de l'être imaginaire le plus sournois qui soit : le sopalin.

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Published by Nico - dans Du papier
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