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  • : " On a qu'à appeler ça Le Massacre alors. " Mickaël Zielinski, Nicolas Lozzi, mai 2009.
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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 17:06

http://www.moutons-electriques.fr/images/ouvrages/249.jpg

 

 

 

Technique ♦♦

Esthétique ♦♦♦

Emotion ♦♦

Intellect  

 

 

Et une nouvelle lecture chez les Moutons électriques. C'est toujours un plaisir. Bi-trimestriel en général, j'ai fait le calcul. Plaisir double d'ailleurs, et rare chez moi, puisqu'il s'agit d'une jeune auteur française (née en 1978, c'est à peine son second roman), Estelle Faye, et je ne lis pas si souvent que ça des jeunes auteurs français à part David Calvo. D'habitude je suis plutôt sur des vieux Anglais morts. Soulignons aussi gaiment la couverture absolument splendide de Amandine Labarre.

 

Il y a trois époques et autant de parties dans Porcelaine, mais les deux dernières sont beaucoup plus proches l'une de l'autre sur la ligne temporelle du récit. En effet, celui-ci démarre au IIIe siècle après le charpentier (époque dite "des trois Royaumes"), et l'exotisme sera également de mise au niveau géographique, puisque nous sommes en Chine. L'histoire ressemble à une vieille légende : Xiao Chen, fils de potier dans un bled paumé, subit une malédiction alors qu'il défend tout à la fois son village et le chef d'oeuvre paternel, un coeur en porcelaine. Il est transformé en tigre anthropoïde. Blessé à mort, il reçoit de son gentil papa le coeur en question, qui lui permet de vivre éternellement. Indésirable au village, il s'engage dans une troupe de théâtre itinérante. C'est le début de la grande aventure. Il tombe amoureux d'une fée, accompagne un pote pour découvrir le secret de l'immortalité, genre de choses qui arrivent lorsqu'on est un semi-tigre maudit. La deuxième époque nous fait faire un certain bond dans le temps puisqu'on se retrouve au XVIIIe siècle sous le règne des Quing. Xiao Chen est toujours là, mais la fée est partie, il commence à devenir de toute façon un peu amnésique sur son passé lointain, s'amourache d'une nouvelle gonzesse, une tisseuse nommée Li Mei qui devient notre personnage point-de-vue. La troisième et dernière époque se déroule quelques années plus tard, et c'est le dénouement tragique avec un combat contre la fée en points de vue alternés.

 

Bref, vous l'aurez compris : c'est une fantasy exotique qui s'amuse à exploiter le terreau de légendes d'un pays lointain pour le transformer en roman de facture classique. C'est fait très intelligemment. Si l'on me permet le procédé foireux qui consiste à comparer deux oeuvres de supports différents, en l'occurrence un bouquin et un film, je dirais que Estelle Faye utilise grosso modo le procédé de Ang Lee dans Tigres et dragons : la matériau de base est traditionnel chinois et laisse des traces apparentes mais le traitement est occidental voire peut être qualifié d'hollywoodien moderne, aussi bien pour le film que pour le livre. Par hollywoodien, je veux dire que l'histoire est structurée autour de temps forts emphatiques et sentimentaux, avec une dynamique fluide qui fait alterner séquences d'émotion et d'action. Dans un cas comme dans l'autre, le résultat me plaît beaucoup. Estelle Faye adopte un style direct, dans lequel les descriptions ne sont qu'un trait inaugural laissant place à des blocs narration/dialogue équilibrés. Les ellipses sont nettes, il y a peu de contemplations et de fioritures, ce qui n'exclut pas un certain esthétisme fugitif. Je vais doublonner mes rapprochements audacieux qui vont sans doute faire hurler et l'auteur et tout son entourage affectif : l'écrivain que ça m'a le plus directement évoqué est David Gemmell (et encore j'ai jamais lu Robin Hobb mais je suis sûr que ç'aurait été encore plus pertinent). Je parle bien sûr de modus operandi : vivacité des situations et des mises en situations, fluidité du récit. Il y a un côté considérablement plus subtil et aérien dans Porcelaine. Rien que le titre.

 

Je finis sur une petite réserve au niveau de la qualité d'écriture. Il y a incontestablement dans le style d'Estelle Faye une sûreté, une spontanéité, et – je ne trouve pas d'autre terme – une joliesse. C'est joli. Toutefois, c'est encore trop plein d'expressions toutes faites et de facilités qui, du coup et paradoxalement, nous rappellent à la fois au français et au roman de fantasy, nous sortent un peu de l'Asie. À part sur quelques motifs bien précis, ça manque encore de personnalité, de décisions tranchées. La manifestation la plus visible c'est le découpage : saut de ligne, saut de paragraphe, saut de chapitre, tout cela paraît par moment un peu aléatoire, comme scalpellisé a posteriori. M'enfin, je chipote. Une fois de plus, les ovins voltaïques ont fabriqué du bonheur.

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Published by Nico - dans Du papier
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Nico 21/03/2013 17:42

Non non, il faut pas trop écouter ce que je dis. C'est vraiment un beau roman qui ne s'arrête pas à la joliesse. Malgré les petits défauts ici et là, s'il y a une chose à retenir, c'est qu'on prend
vraiment du plaisir à la lecture. C'est bien l'essentiel.

Cachou 21/03/2013 07:29

J'ai lu le premier roman en jeunesse de cette auteur et tout imparfait qu'il soit, j'ai été emportée par son imaginaire, il a fait naître en moi des images incroyables, au point que je ne garde
qu'elles, ayant déjà en partie oublié l'histoire. Du coup, je me suis démenée pour m'acheter ce livre (en Belgique, les Moutons sont moins faciles à avoir) et je vais certainement le lire dans les
jours qui viennent. Ce que tu en dis est engageant mais j'avoue avoir une petite appréhension, le sujet ne me tentant pas des masses (j'ai peur de tomber sur un récit "très comme il faut", un conte
tout joli mais que joli, et ce que tu en dis ne me rassure pas de ce côté-là).