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Technique ♦♦♦♦
Esthétique ♦♦♦♦
Emotion ♦♦♦♦
Intellect ♦♦♦♦
La télévision, c'est bon pour la culture ! La preuve encore une fois avec la diffusion d'un petit Wes Craven un peu raté, qui fait suite au slasher le plus iconoclaste des années 90, créé par le scénariste John Williamson. Le bonhomme est encore là sur ce deuxième opus, que je n'avais jamais vu et qui parut à peine un an après le premier, et Wes Craven est toujours derrière la caméra. Une flopée d'acteurs de série également (Courteney Cox de Friends, Jerry O'Connel de Sliders, sans oublier Neve Campbell en tête d'affiche, etc.) pour appuyer un peu plus là où ça hurle.
Quelques mots simplement sur cette petite suite. Poursuivant le travail de sape orchestré dans
Scream, qui se faisait un devoir d'exploser les conventions du slasher (à savoir le meurtre en série d'adolescents, un genre né plutôt en Italie sous la férule de Mario Bava) en proposant une intrigue ultra-référencée et en établissant de nouveaux codes de mise en scène qui étaient notamment conçus à partir des éléments mobiliers et immobiliers des banlieues pavillonaires américaines. Même chose, donc, dans le 2, si ce n'est qu'il utilise une mise en abîme encore plus frappante : on est deux ans après les événements de
Scream, et lesdits événements viennent d'être mis en scène dans un film nommé
Stab (littéralement, "poignarder") qui sort sur les écrans ! Le petit groupe d'étudiants qui nous intéresse est en fac de cinéma (Neve Campbell, plus précisément, fait du théâtre, ce qui a son importance), et bien entendu, ça ne manque pas : à la première projection de
Stab, deux jeunes étudiants afro-américains sont assassinés au beau milieu du public. Tout recommence, au grand dam de Neve Campbell, qui aspirait à plus de tranquillité.
J'aurais pu discourir comme tout le monde sur la scène de crime téléphonique avec Sarah Michelle Gellar. Mais non.
Cette première scène, d'ailleurs, est excellente. On comprend tout de la situation par quelques indices en arrière-plan, incidemment disséminés, tandis que la caméra s'attarde sur ce couple de blacks qui se rendent au cinéma pour aller voir rien d'autre qu'un Scream distordu (mais dans Scream, ils y sont !). Astuce de mise en scène formidable : comme des déguisement du tueur de Stab (les mêmes que celui de Scream donc) sont distribués à l'entrée de la salle de projection, tous les petits cons de l'assistance s'affublent de la longue cape noire et du masque à la grimace distordue, et tous font semblant de se "stabber" avec des couteaux en plastique. C'est bien sûr de ce mouvement de foule déguisé que profite le tueur pour frapper ses deux premières victimes, comptant sur la catharsis générale pour marquer les esprits. Vraiment, brillante première scène, qui introduit d'emblée la mise en abîme qui constitue le corps de ce second film. Trop brillante, car aucune des scènes de crime suivantes ne parviendra à se mettre au diapason. Tout est ultra-référencé, jusqu'à la mise en scène qui regorge de clins d'oeil et de fausses pistes adressés au spectateur. D'ailleurs, qui n'a pas vu Scream premier du nom risque de franchement passer à côté de celui-ci. Dans les dialogues, on évoque avec insistance le fait que les suites de films ne valent jamais les premiers, ce qui est bien sûr une forme d'humour référentiel.
Trop référencer, ça pose évidemment un problème. Le film peine à exister pour ce qu'il est. Par ailleurs, l'intrigue est à peu près inintéressante, les passages narratifs étant tellement chiants et les personnages si mal dessinés que l'on attend qu'une seule chose : la prochaine scène de meurtre. Parce que là, l'efficacité est de mise, les trouvailles du scénariste et la mise en scène de Craven font merveille pour un film qui réussit l'exploit d'être parfois effrayant et surprenant, malgré son statut de décalage référentiel. L'utilisation d'une scène de théâtre, notamment, servira de prétexte à l'un des plus beaux passages, lorsque Neve Campbell tient le rôle principal d'une pièce où des "fantômes" doivent l'attaquer, et où elle confond leurs visages blêmes avec celui, attendu, traqué, de son assassin. Une belle caméra mouvante, une science des objets ou personnages légèrement décadrés, emballez, c'est pesé. Pour conclure, paraphrasons le grand Eddy Murphy qui faisait la blague suivante dans le chef d'oeuvrifique Professeur Foldingue : "On va manger une ice cream au Scream hiar hiar hiar."