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Technique ♦♦♦♦
Esthétique ♦♦♦♦
Emotion ♦♦♦♦
Intellect ♦♦♦♦
On a souvent fait du premier épisode de Star Wars l'antithèse à grand spectacle de 2001, l'Odyssée de l'espace. Ce serait trop simple : La Planète des singes, sorti la même année que le film de Kubrick, a dressé un troisième pilier, dessiné une troisième tendance du cinéma de SF, entre l'esthétisme philosophique kubrickienne et la fantaisie créatrice lucassienne : c'est la démocratisation du film de SF moralisateur à grand spectacle. Quelques mots, car je n'ai pas le temps, au sujet de ce grand classique revu hier soir à la téloche.
Charlton Heston et deux potes dans des tenues très limites quittent la Terre sur un joli petit vaisseau spatial. Croyant partir très loin dans l'espace, ils font en fait une sorte de boucle et se retrouvent sur Terre à nouveau, mais extrêmement loin dans le futur. Le plus drôle, c'est qu'ils l'ignorent, et quel n'est pas leur désarroi : ils rencontrent des êtres humains, mais ces derniers semblent agards, muets et vaguement préhistoriques, tandis que la civilisation la plus évoluée des environs est constituée de singes intelligents. Les potes de Heston meurent, lui il est capturé et blessé à la gorge, ce qui est bien pratique pour le scénariste. Il ne peut pas parler, et donc non plus convaincre ses geôliers qu'il est doué d'intellect. Pire, il semblerait que les singes songent (oh la belle allitération) sérieusement à se débarrasser de l'espèce humaine dans son entier, considérée comme un animal nuisible.
Grand classique disais-je : oui ! Adapté du roman éponyme du français Pierre Boulle,
La Planète des singes fut éclaté en trois épisodes dont voici le premier, ce qui en fait la première trilogie de SF de l'histoire du cinéma, du moins il me semble, quelques années avant
Star Wars. Par bien des aspects,
La Planète des singes est le légitime dépositaire de l'antériorité à
Star Wars. Pourquoi le film de Schaffner a-t-il si souvent été oublié dans l'archéologie du cinéma de SF par rapport à celui de Lucas ? Probablement parce qu'il est beaucoup, beaucoup moins bon ! En effet, si
La Planète des singes inaugure une intéressante lignée de la SF politique ligne qui aboutira à des
Soleil Vert,
Waterworld,
Mad Max et j'en passe, il fut incontestablement, et le revoir hier m'en a fermement convaincu, un assez mauvais film.
Ah oui, il y a une meuf sexy aussi, tellement endormie que Charlton Heston devait la réenclencher avant chaque scène.
Le montage pue les années 1960 et laisse pulluler des inserts catastrophiques. La construction des scènes est souvent très laborieuse, saturée de plans légèrement trop longs ou trop courts, ce qui est une véritable plaie pour le rythme et une caractéristique essentielle des films grand public de l'époque, type peplums. Du reste, la constitution et l'esthétique de La Planète des singes semblent considérablement influencées par le peplum, simplement parce qu'il représentait la précédente grande ère du film de divertissement. Au niveau du cadre, ça commençait plutôt bien avec la première course-poursuite, puis on tombe parfois dans du très mauvais goût (le plan "à l'envers" au-dessus duquel marche Heston sans prendre le temps d'enfiler un slip, c'est du grand art). Sinon, les décors sont en carton-pâte, et ça se voit vraiment beaucoup.
Pour autant, le propos est assez frondeur, et les dialogues se permettent d'être souvent grossiers et agressifs, ce qui fait passer un peu mieux le problème du jeu d'acteur, globalement mauvais, notamment lors de scènes de foules très mal dirigées. Également, mais cela est dû au roman, le retournement de principes moraux qu'implique l'histoire est assez bien vu : les singes sont intelligents et ont réduits les hommes en esclavage, certes, mais ils sont totalement subordonnés à une religion hermétique à l'application totalitaire. Tout cela, on s'en rend compte assez vite, concourt à défendre l'idée d'évolutionnisme contre le créationnisme crétin d'une religion poussiéreuse, ce qui est très sympa, et très drôle quand on se souvient quel réac fut Heston à la fin de sa vie (il est mort au fait ?). Bref, moralité, n'oublions pas ce film, mais lisons plutôt le roman. En tout cas, ne regardons surtout pas la version karchérisée par Tim Burton en 2001 il me semble, qui fut une véritable bouse.